
Ce jeudi 20 mars, en guise de Warm up du festival Mythos, le groupe Air, pour la reprise de sa tournée Moon safari, à propulsé le public Rennais de la salle du Liberté au cœur d’une pluie de corps célestes étincelants, pour un spectacle psychédélique et caressant !
Remettre les pieds dans cette enceinte a toujours un parfum de madeleine. Salle marquante du paysage Rennais, elle a accueilli certaines des plus grandes heures des Transmusicales au milieu des années 1990. Son architecture audacieuse, signée de l’architecte Louis Aretche, est un marqueur du centre de la ville. Caractéristique des années 1960, véritable prouesse pour l’époque, ses deux arches tout en rondeur, son côté rétrofuturiste, étaient un écrin tout indiqué pour accueillir cette odyssée spatiale. Avec ses quelque 5000 places, cette salle modulable s’est avérée parfaitement à la mesure de ce spectacle, la prestation de Air a su y trouver toute sa place. Étonnement, la soirée n’a pas fait salle comble. Les absents peuvent dorénavant s’en mordre les doigts.
C’est dans une scénographie en cinémascope que l’on découvre les musiciens, tout de blanc vêtus. Enfermés dans un cadre au panoramique englobant, la mise en scène repose sur un castelet géant, une structure rectangulaire immaculée qui permet alternativement de jouer sur des contre-jours, qui dessinent la silhouette des musiciens et leurs instruments, à la manière des figurines d’un théâtre d’ombres chinoises, ou accueillent les images d’un set vidéo délicieusement hypnotique.
Les tableaux successifs nous amènent tour à tour dans des espaces aseptisés, dans des chaudrons fumants et bouillonnants, dans des courses folles aux voisinages des différentes planètes du système solaire, dans une pluie psychédélique étincelante et caressante de corps célestes, ou encore au milieu de visualisations algorithmiques rêveuses. Ces dernières ne seraient-elles d’ailleurs pas un clin d’œil appuyé au graphique permettant la visualisation des pulsations successives du premier pulsar découvert (CP 1919). Ce graphique maintenant incontournable, emprunté à une encyclopédie par le designer Peter Saville pour orner la mythique pochette de l’album Unknown Pleasure de Joy Division.
Le trio est tout d’abord appliqué à restituer l’album Moon Safari et nous livre une première partie de set, certes sans surprise, mais néanmoins éclatante. À tel point que cette ouverture de concert, laisse l’auditeur incrédule, surpris qu’elle s’achève si vite, sans même que l’on ait eu vraiment le temps de réaliser que déjà les 10 plages de cet album imparable sont déjà écoulées. Fort heureusement, la soirée n’en reste pas là. Après un bref interlude, place à un florilège issu des albums 10 000 Hz Legend, Talkie Walkie et de la BO du film de Sofia Coppola Virgin suicide. Ainsi reviennent les nappes indolentes du Fender Rhodes, du Moog et autres orgues Hammond principalement portées par JB Dunckel, agrémentées des lignes de basses langoureuses de Nicolas Godin. Cette alchimie évoque inévitablement les meilleures plages du Pink Floyd de la toute fin des années 1960 et du début des années 1970. Mais leurs voix vocodées, portées par les rythmiques downtempo, adroitement tenues par le batteur Louis Delorme, apportent cette touche si singulière et caractéristique du duo.
Ce spectacle, très écrit, peut-être un peu figé de ce fait, est magistralement mis en scène. Il s’avère aussi graphiquement éblouissant que musicalement virtuose. Le spectaculaire est ici au service de l’excellence. Cette soirée laisse le gout d’un concert doudou, tout en apesanteur, aux vertus aussi enchanteresses qu’apaisantes et réconfortantes. La poésie de Air nous rappelle ainsi que, pauvres terriens que nous sommes, nous partageons un grand voyage à travers l’immensité de l’univers, à bord d’un véhicule commun, dont la condition, aussi dérisoire que fragile, charge nos existences d’une magie unique.
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