Yann Liotard / The Pogues Fairytale Of New York
[Le Boulon / seveninches]

5.8 Note de l'auteur
5.8

Yann Liotard - The Pogues Fairytale Of New YorkLes livres sur les Pogues en français ne sont pas légion. Et Yann Liotard semble en avoir le quasi monopole depuis son appréciable Rum, Sodomy & The Lash, paru l’an dernier aux éditions Densité. Ce premier travail, d’un format sensiblement égal, se concentrait, suivant le cahier des charges de l’éditeur, sur un album du groupe, en l’occurrence le deuxième, considéré avec ses tubes tels que Dirty Old Town, The Old Main Drag, A Pair of Brown Eyes ou Sally McLennane, comme le sommet de la discographie du groupe de Shane MacGowan. Liotard y revenait déjà dans les grandes lignes sur la biographie du groupe, son histoire et sur son originalité.  Ce deuxième ouvrage, selon le… cahier des charges de la collection seveninches du Boulon cette fois, évoque peu à peu la même chose… le même groupe… le même chanteur… la même histoire mais en prenant comme centre la chanson de Noël, Fairtytale of New York, sortie en 1988 sur l’album suivant, If I Should Fall From Grace With God.

Comparée aux autres livres de la collection, la copie de Liotard s’accomode un peu moins bien de la commande : l’ouvrage démarre par 42 pages (ce qui est beaucoup pour un livre qui en compte 124) qui forment une biographie complète et synthétique du groupe. Cela se lit bien, c’est complet et juste mais ceux qui sont familiers du groupe n’y trouveront pas nécessairement grand chose à manger. Liotard expédie en quelques lignes la discographie, consacrant 6 ou 7 lignes aux albums tardifs (Hells Ditch), ramenés à la mention de leurs deux ou trois titres marquants. A compter de la page 97 face B (mais pourquoi ne pas avoir parlé du sublime instrumental de Terry Woods, The Battle March Medley, morceau clé de l’identité du groupe, live favorite ET face B de Fairytale….) , l’auteur va s’intéresser de manière quelque peu générique, et sans véritable ordre de manœuvre, aux chansons de Noël , séquence bien sûr reliée directement à son sujet principal mais dont le traitement va s’apparenter à constituer une (belle) playlist commentée. La quatrième de couverture annonce bien le développement (« puis de visiter d’autres Christmas Songs plus ou moins subversives« ) mais on était clairement pas venu pour ça.

Au milieu, tout de même, c’est-à-dire entre la page 42 et la page 97, on trouve le tant attendu développement consacré à Fairtytale of New York. C’est évidemment une chanson que les amateurs connaissent par cœur et sur laquelle pas mal de « secrets » d’enregistrements, de « tournages » (du clip) ont été éventés ou racontés à travers des dizaines et des dizaines d’articles. En choisissant ce morceau, Liotard prenait le risque du syndrome Wikipedia (des faits, des faits, des faits, du plus petit au plus grand, et dans tous les sens), et s’en tire avec les honneurs grâce à une écriture enlevée, aérée et à une construction gentiment bordélique. Son développement est complet, précis, très bien documenté, et se déploie à travers des paragraphes courts, qui semblent agencés au petit bonheur la chance mais forment au final un joli kaléidoscope qui couvre l’ensemble des dimensions du sujet. L’auteur balaie sur une cinquantaine de pages la genèse du morceau, ses différentes versions, la vie de Costello et Cait O’Riordan, le rôle de Kirsty MacColl, de son père, de Steve Lillywhite, l’histoire de l’immigration irlandaise à New York, etc, etc. Il évoque justement la portée symbolique du titre, son lien à l’esprit de Noël ainsi que la manière dont elle provoque l’émotion, entre crudité des mots et romantisme de la misère. Liotard rappelle également l’histoire récente du morceau, classée « meilleure chanson de Noël de tous les temps » et ses démêlés avec la censure outre-atlantique et avec la BBC. Une belle synthèse, vivante et qui rend parfaitement compte du caractère collectif et collaboratif de ce miracle de Noël. On regrettera juste que Liotard n’ait pas consacré vingt ou trente pages supplémentaires à son sujet pour développer un peu plus savamment certains points comme le rapport des Pogues (et des Irlandais) à l’Amérique, l’histoire de la pauvreté ou encore les rapports de classe dans le travail du compositeur MacGowan.

The Pogues Fairtytale Of NewYork est tout sauf un grand livre, mais c’est néanmoins une lecture appréciable qui dit l’essentiel sur l’une des chansons les plus importantes du canon des Pogues. Rien que pour ça, on ne peut que le conseiller.

Le site du Boulon

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