Marc Dufaud / David Bowie Ashes To Ashes
[Le Boulon / seveninches]

7.6 Note de l'auteur
7.6

Marc Dufaud - David Bowie Ashes To AshesPassés d’une situation de « presque rien » à une vraie profusion de propositions éditoriales, on en viendrait presque à limiter nos lectures de documents rock au fil des mois, histoire de ne pas sombrer dans la routine. Ce serait tout à fait injuste et une vraie erreur tant ce qui nous arrive désormais chez les éditeurs français a de la tenue et de l’intérêt.

Dans la collection seveninches du Boulon, dont on interviewait il y a peu le patron, l’écrivain réalisateur rock Marc Dufaud (qui a écrit sur Daniel Darc, Presley, Springsteen et quelques autres) revient sur Ashes to Ashes, single de 1980 et titre phare du quatorzième album studio de David Bowie, Scary Monsters. On a parlé beaucoup de David Bowie depuis sa mort. On l’a pas mal réécouté. Chacun a désormais son opinion sur ses qualités, son importance globale et ce qu’il faut penser de sa musique. Certains l’ont érigé en Dieu (la mort favorise ce type de traitement) tandis que d’autres font toujours la fine bouche en cantonnant l’artiste à ses bonnes/meilleures années (celles des années 70 pour faire simple). A cette aune, l’analyse proposée par Dufaud de Ashes to Ashes est particulièrement intéressante. On se situe en 1980 à un moment charnière de la carrière de Bowie. C’est à la fois un instant de relance (Bowie va y retrouver une forme de succès), un instant de transformation (annonciateur de la relativement sinistre mutation des années 80, dansante et plus mainstream), mais aussi un instant de transition (qui ne s’oppose pas tout à fait au Bowie des débuts). Comme le rappelle Dufaud, Ashes to Ashes est non seulement un tube, un titre dansant, mais aussi un morceau ambitieux, et accessoirement une vraie fausse suite de Space Oddity, puisque la chanson met en scène le retour du Major Tom, après une sale période marquée par l’addiction à la drogue.

Cela ne veut pas dire grand chose dit ainsi mais l’auteur réussit en une grosse centaines de pages à resituer merveilleusement bien le single et l’album dont il fait partie dans la carrière perpétuellement en mouvement de Bowie. Il passe un long et bon moment à décortiquer le fonctionnement du morceau, ses inspirations et son texte. Symbolique de la poussière, rapport à la mort et à l’au-delà, rapprochement biographique bien sûr avec ce que vit David Bowie, étude (plus rapide) de ce qui se trame à ce moment dans l’industrie du disque (les liens avec RCA, la promotion) et ce qu’on pourrait appeler, faute de mieux, le recentrage stratégique de l’artiste. L’approche est détaillée, globale, pertinente et ouvre une à une toutes les portes d’entrées possibles. Dufaud passe un assez long moment à connecter le morceau symboliquement aux balises et étapes qui conduiront ensuite à la mort de Bowie. On est moins fans de ces lignes anachroniques, comme on est moins intéressés (encore que…), même si le livre est sur ce plan très riche en informations, par le décryptage des images et du clip qui accompagne le morceau.

Ce qui frappe encore une fois, c’est tout ce qu’on peut dire de passionnant et d’intéressant autour d’un simple morceau. L’œuvre de Bowie se prête évidemment parfaitement à ça, par sa complexité, sa richesse référentielle et ce qu’elle représente pour la culture pop. Ashes To Ashes est un voyage remarquable au cœur d’une chanson qui porte sur lui non pas les contradictions de son auteur mais ses « ambivalences » et sa capacité exceptionnelle à jouer avec les faux-semblants. Bowie bouge, il avance et recule à la fois, il synthétise et se réplique tout en étudiant lui-même les mécanismes de dégradation/réplication/amélioration des reflets qu’il se paie. Sa rencontre qui date de cette époque avec le business (la promotion, les clips à gros budgets) diluera par la suite sa musique, mais sans qu’on perde jamais de vue la profondeur de ce qu’il avait à dire. Ceux qui veulent aller plus loin iront voir aussi du côté de la bio signée Dylan Jones.

Il y a des tas de bonnes raisons de lire ce livre.

Le site du Boulon

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