Chaque printemps à Rennes, depuis 2011, se tient le festival Mythos, avec comme cœur le parc du Thabor. Ce lieu de verdure devient à cette occasion une ruche grouillante de festivaliers venus assister à des spectacles musicaux, théâtraux et à des festivités gastronomiques, dans un cadre arboré. Cette année le programme affichait Pete Doherty, Astereotype, Jay Jay Johanson, Sebastien Tellier, Bertrand Belin, Les Wampas et Didier Super, parmi tant d’autres. Autant dire qu’il y en avait vraiment pour toutes les oreilles. En cette veille de clôture du festival nous étions présents au Thabor, sous le chapiteau du cabaret sauvage, pour une soirée electro-pop et piano solo.

Louïse Papier – Rennes avril 2026
C’est Louïse Papier qui ouvre la soirée. Ce projet local de synth-pop minimaliste est mené par Blanche Leblond, qui est aussi bassiste au sein de deux autres formations, Clavicule et Championne. Le projet, présenté alternativement en trio et en quatuor, adopte ce soir la formule légère du trio. Blanche, derrière ses machines, disperse quelques mélodies aux saveurs d’enfance lointaine, dispense les rythmes, les samples et quelques effets. Elle est accompagnée d’un bassiste et d’un clavier dont la présence porte le set dans une dimension scénique parfaitement menée. Les chansons misent sur des mélodies pop sucrées-salées entêtantes. Le répertoire est soutenu par des rythmiques empruntant aux boîtes à rythmes lo-fi, tendues sur des sonorités d’orgues vintage et de synthétiseurs analogiques.

Louïse Papier – Rennes avril 2026
Louïse Papier évolue ainsi dans des atmosphères mélancoliques, oniriques et intimistes. Cette prestation lumineuse oscille entre chant en français et en anglais. Certains titres pourraient s’imposer comme la bande-son idéale d’un vieux super 8, l’accompagnement d’images pleines de spontanéité, de sincérité et de candeur, tournées à la hâte, lors d’un été plein d’insouciance, des souvenirs trop longtemps oubliés et soudain ressurgit du fond d’une armoire. Avec son charme délicieusement désuet, teinté de sonorités 60’s et 70’s, la formule évoque autant Electrelane, sans les tensions des guitares noisy, que le trio Blonde Redhead, une fois plongé sous l’emprise de tranquillisants. Après un premier Ep, qui lui a ouvert la porte de quelques belles salles pour des premières parties prestigieuses, c’est sur un album que travaille actuellement Blanche Leblond. Un projet sur lequel il sera donc opportun de garder un œil attentif.

Yann Tiersen – Rennes avril 2026
Comme à son habitude maintenant, c’est ensuite en solo que se présente Yann Tiersen. Sur un plateau encombré, casquette de baseball vissée sur la tête, il arbore un style parfaitement décontracté de teenager des 90’s. À gauche de la scène, un imposant praticable envahi par une série de claviers et de pupitres interconnectés par une nuée confuse de câbles, à droite un imposant piano à queue noir Steinway & Sons. En écho parfait à Rathlin From A Distance / The Liquid Hour, son dernier album, ou plutôt double album, ce concert se déroule en deux temps. Dans la version vinyle de l’album, ce sont effectivement deux disques qui présentent les deux facettes actuelles des aspirations musicales de cet artiste caméléon, aussi prolifique que parfois imprévisible et surprenant dans ses orientations. Pour une part du public, plus attachée aux mélodies au charme mélancolique de la fin des années 90 et du début 2000, Tiersen peut effectivement s’avérer décontenançant. L’entrée en matière s’avère ce soir rassurante, avant, comme il l’annonce tout de go, « de passer aux choses sérieuses ». Tiersen nous propose une ouverture au piano. Il distille allégrement une approche minimaliste du piano solo, offrant une sorte d’errance mélodique, entre flottements mélancoliques et envols enthousiastes, entre brumes et bourrasques. Ces dérives indolentes opèrent par flottements, par apaisements et emportements comme soumises aux aléas météorologiques.

Yann Tiersen – Rennes avril 2026
Après ces quelques titres intimistes, qui mettent le public dans une forme d’attitude de recueillement, le pianiste se métamorphose en maitre des machines. Quittant le tabouret, c’est derrière le grand praticable parsemé de machines que se déroule la plus grande partie du concert, tout en s’octroyant un bref passage au violon, pour un clin d’œil Sur le fil qui nous replonge à la fin des années 1990, et dans la période des BOF à succès. La suite donne lieu à un set très engagé et tout en crescendo qui débute avec des morceaux electro mid-tempo. Parsemés de voix et de samples ce sont autant de prises de partis très claires. Palestine est l’évocation d’une école dans laquelle le musicien avait été joué il y a une quinzaine d’années, lieu qui avait été bombardé un an après son passage. Un autre titre évoque Dolores Ibárruri, la pasionaria espagnole à qui l’on doit le slogan No pasaran. Un autre encore s’appuie sur les propos de scientifiques croisés lors d’un périple arctiques réalisé l’an passé par Tiersen et sa famille à bord de son voilier Ninnog. Progressivement le set se durcit, se radicalise, se cristallise, les tempos s’emportent et la soirée se métamorphose en une soirée dance-floor incendiaire.

Yann Tiersen – Rennes avril 2026
Tiersen en musicien libre nous aura ainsi fait voyager de la sobriété d’un répertoire classique contemporain à l’intransigeance d’une électro hypnotique. Il s’impose alors en multi-instrumentiste brillant qui, avec une aisance quasi désinvolte, expérimente afin d’explorer sans relâche un vaste registre de sonorités, qui vont du dépouillement de l’acoustique à la profusion des textures et tempos électroniques les plus tumultueux et radicaux. Mais toujours cette musique captive, dans une forme de puissance d’évocation océanique, naviguant avec aisance, entre rébellion et réflexion profonde sur l’état de la planète, dans des interrogations sensibles sur notre rapport au monde.
Lire aussi :
Miossec – Festival Mythos – avril 2025
Air – Warm Up Mythos – mars 2025

