BT93 / BT2033
[Dragon Accel / Modulor]

5.2 Note de l'auteur
5.2

BT93 - BT203Le précédent album de BT93, Bronx Generation, était sorti en 2020, plus de vingt-cinq ans après son écriture. Celui est contemporain mais relève toujours d’un genre synth pop qui n’a pas laissé que de bons souvenirs aux amateurs de musiques actuelles. BT93 abordait sur le précédent disque quasi exclusivement le monde du travail et les rapports sociaux. C’est ce qui faisait le sel et l’originalité de son approche, plus stimulante au final pour ce qu’elle avait à dire que pour la façon de l’énoncer.

Ce cru 2023, titré BT2033, est particulièrement soigné. On n’a jamais donné dans le rétro-fétichisme mais on imagine que nombre de synthés vintage ont été ressortis des placards ou des brocantes geek pour redonner vie à des sonorités qu’on avait oubliées. Le résultat est très abouti, ultra efficace et parfois d’une vraie grâce protoélectronique (le final instrumental de Festival, par exemple). Impossible de ne pas penser à l’écoute de ce disque au concert de louanges qui a accueilli hier le retour de Lawrence avec Mozart Estate. On se dit qu’il en reste bien un peu pour BT93 qui évolue le plus souvent dans un univers musical similaire, pop, rétro et un brin décalé. On mesure néanmoins l’écart qu’il peut y avoir entre le britannique et le français à la force des refrains et à l’évidence des mélodies qui sont proposées chez le premier et qu’on trouve tout de même un peu chiches chez l’autre.

Pour le reste, le compositeur s’aventure bien plus loin ici qu’il n’était allé la première fois, proposant une critique finalement assez consensuelle de tout ce qu’on peut socialement détester (l’oppression capitaliste, la violence), en même temps qu’il proclame son amour pour ce qu’il est convenu d’apprécier (le cinéma, les bons sentiments, etc). Cela donne un disque bizarre et clairement moins subversif que le précédent, assez agréable à l’écoute mais qui accuse quelques faiblesses. François I Miss You (hommage à la Nouvelle Vague) est snob et met en évidence la relative fragilité d’un chant emprunté et maladroit. Ventimiglia Despair ne fonctionne pas vraiment mais on peut se laisser faire par le romantisme tristoune d’un Les Doigts de la Main. On a quand même un peu l’impression que le disque et le projet tout entier tournent à vide, l’ensemble ressemblant à une version social-consciente de Début de Soirée. Si l’intro BT 93 est excellente et prometteuse, elle n’ouvre pas sur un disque fort et actuel mais sur un album de chanson française dont le propos même est désuet.

C’est tout le paradoxe de ce BT2033, disque de 2023, qui réussit à sonner plus vieux et rétro que son prédécesseur composé au début des années 90. Sentiment Vague est banal et plutôt médiocre tandis que CNC sonne comme une rédaction un peu forcée contre les complexités administratives. Le propos est pointu mais n’est susceptible d’intéresser que le petit milieu autorisé qui s’intéresse à la gestion de notre exception culturelle. Difficile dès lors de sortir d’un entre-soi certes anti-capitaliste mais bourgeois qui pratique, dans un monde clos et marqué sociologiquement, une forme d’ironie plutôt gratuite envers ceux qui sont susceptibles de l’écouter (Le pas anodin le Boulet de l’Art et d’Essai, chanson franchement désagréable et qui ravira les gros producteurs). Sur ce dernier titre, BT93 fait aussi bien/mal qu’un Renaud qui chante les Bobos. A qui s’adresse tout ça ?

On est dans l’ensemble déçus par le disque mais pas au point de ne pas se laisser charmer par le final splendide, Tu m’as aimé, qui laisse penser qu’on trouvera peut-être ce disque meilleur qu’il n’est dans 20 ans.

Tracklist
01. BT 93
02. Les altruistes
03. Sentiment Vague
04. Festival
05. François I Miss You
06. Mauvais Rêve
07. Ventimiglia DEspair
08. Les Doigts de la Main
09. CNC
10. Le Boulet de l’art et essai
11. Tu m’as aimé (feat. Sainte Victoire)
Écouter BT93 - BT2033

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