Chloe Slater veut qu’on l’aime ? D’accord…

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Chloe Slater - Love Me PleaseIl y a à peine un an, nous faisions de l’anglaise Chloe Slater une coqueluche à suivre, sacrée jeune femme à la personnalité bien affirmée et parfaitement calibrée pour tracer son chemin dans le monde du rock (plus ou moins) indépendant outre-Manche d’un XXIe siècle qui attaque son deuxième quart-temps. Un premier EP canon, You Can’t Put A Price On Fun dont nous extrayions un de nos tubes de l’été 2024, puis un second Love Me Please EP lancé par le tout aussi irrésistible Tiny Screens qui la mettait sur les bons rails de la notoriété, une connivence générationnelle avec son public qui la porte sans retenue de salles en salles, exacerbée par un usage immodéré des réseaux où stories et autres reels imposent la néo-mancunienne dans un univers fait de tiks et de toks ; c’est ainsi que cela se passe dorénavant. Tout comme du point de vue du marketing musical, on sort une poignée de singles numériques que l’on regroupe sur des EP qui le restent tout autant avant de finir, comme un passage obligé pour assurer sa crédibilité auprès de la critique rock et contenter la Gen Z qui découvre le vinyl, sur les deux faces d’une jolie compilation noire marquant si tout se passe bien la dernière étape avant celle, toujours aussi cruciale quelle qu’en soit la forme et la promotion, de l’album.

Autant dire que jusqu’ici, tout va bien. Évidemment, c’est ancré dans nos gènes de vieux de la vieille qui en ont vu passer des vertes et des pas mûres, dès que ça vient de Grande-Bretagne, on reste prudents sur le développement d’une jeune artiste dont le potentiel commercial a vite été repéré, ce qui tombe bien puisque bien plus qu’ailleurs, elle vit dans un pays où le rêve de vivre de sa musique, de son rock indie pour être précis, se touche du doigt facilement pour finir par s’agripper à pleine main. Alors qu’ici on préférera souvent passer le concours d’instit’ et faire du rock un aimable passe-temps plutôt cool, les anglais eux n’hésitent pas à tout plaquer pour s’y lancer corps et âmes, sûrs de leur force et de leur public et tant pis si la chute les renvoie dans un entrepôt ou derrière une caisse. On souhaite à Chloe Slater d’avoir la tête sur les épaule et d’être suffisamment bien entourée pour passer haut la main tous ces obstacles.

Parce que pour le reste, le plus important, sa musique, il n’y a finalement rien d’étonnant au succès naissant qui accompagne cette première année de chansons, de EP et donc maintenant de cette première compilation que sort le label AWAL (une filiale de Sony, on se rapproche de l’épicentre) sobrement intitulée You Can’t Put A Price On Fun / Love Me Please. La compilation de ces 10 titres tous connus depuis quelques mois présente surtout l’intérêt pour l’artiste comme pour les fans de proposer une carte de visite crédibilisante (un beau vinyl, ça a de la gueule) mais elle permet aussi de mettre en lumière le talent d’écriture de la jeune femme qui ne laisse pas apparaitre beaucoup de faiblesse. Outre l’impeccable et tourbillonnant Tiny Screens que l’on évoquait à l’automne dernier, le reste de ce second EP Love Me Please n’apporte que des confirmations. Sur la capacité de Chloe Slater à écrire des mélodies d’apparence parfois un peu basique mais jamais dénuées d’une pointe de complexité, de ruptures et de doubles tiroirs qu’elle emballe avec un dynamisme à toute épreuve (Fig Tree, redoutable), entourée d’une toute aussi jeune équipe qui ne doute de rien. Sur ses textes fouillés, générationnels et engagées qui font mouches auprès de son public cible quand il est question de patriarcat, de sexualité féminine, des assignations faites aux (jeunes) femmes (Sucker) et de tout ce qui touche finalement à la vie d’anglais voire d’occidentaux de 22 ans, femme artiste, public conquis et autres. Sur son interprétation enfin, chanteuse au timbre déjà affirmé, passant sans peine d’un chanté-parlé rageur à des refrains emballés avec assurance, capable d’adoucir son accent du sud sur un Imposter plus sensible et irrésistible.

Bien sûr, pour ne pas passer pour le vieux fan en pâmoison tel un Robert Smith duétant avec Olivia Rodrigo, on pourra toujours chercher chez Chloe Slater, du moins dans son début de discographie quelques défauts comme une certaine tendance à structurer ses chansons toujours un peu de la même façon mais ça serait oublier qu’il ne s’agit ici que d’une compilation de EP compilant eux-mêmes des singles bâtis pour se faire un nom et non d’un album conçu tel quel. Gageons plutôt que la jeune femme saura quelque peu disparaitre pour préparer loin des réseaux ce véritable premier album et qu’elle saura y mettre toute l’expérience accumulée en une année et quelque un peu folle. C’est comme souvent à l’aune de celui-ci que l’on se fera une idée plus précise : la crainte d’être au final déçu trottera toujours dans un coin de la tête, c’est le lot de tous les artistes qui débutent sur les chapeaux de roue, mais rien ne viendra troubler l’attente et l’excitation que l’écoute intensive de ce disque/double EP contribuera à nourrir.

Pour les sudistes et les vacanciers, Chloe Slater jouera le 20 juillet à Hyères (83) sur le magnifique site archéologique d’Olbia dans le cadre du MIDI festival.

Tracklist
Side A: You Can’t Put A Price On Fun EP
01. 24 Hours
02. Nothing Shines On This Island
03. Price On Fun
04. Death Trap
05. Thomas Street
Side B: Love Me Please EP
06. Tiny Screens
07. Sucker
08. Fig Tree
09. We’re Not The Same
10. Imposter
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