Herdís Stefánsdóttir / Knock At The Cabin
(Original Motion Picture Soundtrack)
[Back Lot Music]

7.3 Note de l'auteur
7.3

Herdis Steffansdottir - Knock At The CabinOn s’en voulait de ne pas avoir encore croisé en critique l’un des nombreux travaux de l’Islandaise Herdís Stefánsdóttir. La jeune femme a signé un disque avec son groupe East of My Youth qui ne mérite pas qu’on s’y attarde plus que ça mais s’est surtout signalée pour ses compositions artistiques (galerie, musées), de nature électroniques et orchestrales, et premiers travaux pour le cinéma et la télévision. Après une BO (The Sun Is Also A Star) et l’illustration d’une série (We’re Here), la jeune femme a été choisie par Universal (et le réalisateur Night M. Shyamalan) pour ambiancer son formidable thriller apocalyptique, Knock At The Cabin.

Le film avec Dave Bautista, Rupert Grint et les très chouettes Ben Aldrige et Jonathan Groff, est une belle réussite dans le registre à la fois inspiré, original et en même temps presque caricatural qui définit le travail du réalisateur désormais. Knock At The Cabin est une adaptation, plutôt plus fidèle que ne l’était celle de Old, d’un roman horrifique qui confronte un couple homo et leur fille adoptive… aux quatre « défenseurs » de l’Apocalypse. On ne va rien dévoiler ici mais le film fonctionne dans un huis-clos tendu et convaincant, en reprenant certains dispositifs qui marchaient déjà à merveille dans l’excellent Signes porté par Mel Gibson et Joaquin Phoenix. Shyamalan y abusait déjà des flash-backs, des images de JT projetées à la télé et d’une forme de tension sacrée qui bascule ici entre allégorie religieuse et vraie foi profane. Les acteurs étant excellents, Knock At The Cabin est un remarquable divertissement qui ravira ceux qui sont prêts à avaler n’importe quel « contrat de fiction » à partir du moment où il leur apporte émotion et plaisir.

La BO de Herdís Stefánsdóttir est à l’image du film, assez conforme à ce qu’on souhaiterait qu’elle soit mais suffisamment imaginative aussi pour qu’on éprouve pas cette frustration d’être face à un divertissement qui contrôle parfaitement tous ses effets. S’agissant d’une jeune compositrice entrant dans l’univers d’un réalisateur qui ne laisse pas place à l’improvisation, Knock At The Cabin s’impose comme une BO d’illustration et d’accompagnement dont la vocation première est de suivre scrupuleusement l’intrigue pour laquelle elle a été créée.

Il est en effet assez rare qu’une BO soit aussi fidèle au film qu’elle sert. C’est assez étrange de l’écrire de cette manière mais on a déjà dit bien des fois qu’illustrer un film par de la musique ne voulait pas dire le paraphraser ou le suivre pas à pas. C’est pourtant ce que fait Herdís Stefánsdóttir ici, démarche que trahit assez bien le baptême des plages du disque qui se contente de reprendre les têtes de chapitre du storyboard et d’annoncer la couleur. Prologue illustre le prologue. Knock At The Cabin s’écoute quand Léonard et ses trois comparses tapent à la porte du chalet. Redmond Dies (mini-spoiler) résonne quand l’ancien Ron Weasley baisse pavillon et ainsi de suite.

Du point de vue musical, la BO de Herdís Stefánsdóttir est donc essentiellement illustrative et anti spectaculaire. Elle est sombre, volontairement angoissante et généreuse en basses, tout en restant à sa place et en se faisant au mieux la chambre d’écho de ce qu’on voit à l’écran. Ainsi du Prologue qui va se contenter de rebondir sur le physique impressionnant d’un Léonard découpé sur le décor ombragé d’une forêt grasse et peu hospitalière. La BO est construite en totale opposition à l’unique chanson qui cohabite avec elle et qu’on entend deux fois (au début et à la fin du film), le fameux Boogie Shoes de KC & The Sunshine Band.

Il faut ainsi aimer les choses discrètes et bien conçues pour apprécier le travail de précision et d’artisanat mené par la compositrice islandaise, tant il y a de retenue dans ses développements. Mais il y a du talent et des idées dans de petites pièces comme First The Cities Will Drown par exemple qui réussit à créer de la tension, à renvoyer un sentiment d’incertitude et d’inévitable dans un trait de cordes, un grondement ou une suspension. L’approche de Stefánsdóttir est ultra-classique, bâtie sur des embryons de thèmes presque banals au premier abord mais qui persistent et opèrent au fond des choses, déposant au creux de l’oreille, et sans qu’on s’en aperçoive, une trace ou une suggestion. Il y a une violence extrême (mais sourde) qui s’exprime à la Bernard Hermann sur Redmond Dies, et une vraie délicatesse d’intention dans le non moins radical Adrienne’s Sacrifice.

Comme la caméra du cinéaste, Stefánsdóttir tient tout au long de cette BO une ligne attentive à l’autre, presque attentionnée et qui porte un regard bienveillant sur les choses. C’est d’autant plus appréciable que la compositrice opère aussi au cœur d’un référent musical qui est celui des vieux films d’horreur old school. Les moments de tension sont épatants à l’image d’un Grab The Gun solide, héroïque mais économe en décibels. On pourrait, si l’on ne voulait pas se voir accuser de sexisme à l’envers, considérer que l’approche sonique du matériau horrifique est ici très féminine comparée aux approches virilistes et bruyantes, dont on rend compte d’habitude.

On terminera en soulignant la belle luminosité d’un final exemplaire qui entre Sacrifice and Departure, Diner et Epilogue livre les 5 ou 6 minutes les plus brillantes d’une bande-son admirable et qui vous aidera, à merveille, à ré-éprouver les sensations du film. Cela ne fait pas pour autant une grande œuvre mais au contraire, une petite et parfaite pour donner du plaisir.

Après la belle BO de Old signée Trevor Gureckis, Shyamalan a aussi ce talent de bien s’entourer.

Tracklist
01. Prologue
02. Knock At The Cabin
03. Breaking In
04. Four Horsemen
05. First The Cities Will Drown
06. Redmond Dies
07. Truly Sorry
08. First Harbinger
09. But You Will
10. Wen Tries To Escape
11. Adrienne’s Sacrifice
12. Second Harbinger
13. Grab The Gun
14. Get Into The Bathroom
15. Excuse Me
16. Leonard’s Last Part
17. Revelations
18. Sacrifice and Departure
19. Diner
20. Epilogue
Écouter Herdís Stefánsdóttir - Knock At The Cabin

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