Single du mois : If This Is Life de Meryl Streek, aussi fort que Whipping Boy

Meryl Streek - If this is life

Il aura fallu la force de leur single If This Is Life (et l’aide de notre rédac’chef) pour qu’on tombe sur les traces de Meryl Streek, et sur son album incroyable 796, sorti en fin d’année 2022. Meryl Streek est un producteur, chanteur, compositeur de Dublin qui propose une sorte de punk garage, ultra politique et à mi chemin entre le chant et le spoken word. Le titre du disque fait référence au nombre d’enfants retrouvés morts et enterrés à l’arrière de l’orphelinat de Galway il y a 7 ou 8 ans, suite à des négligences et à l’aide supposée donnée à leurs mères enceintes par l’Église catholique. Cette colère contre l’institution, l’Église, les traditions en général, est à l’origine d’un disque qui agit en profondeur pour dénoncer les maux d’une société malade. Meryl Streek parle des puissants, des propriétaires mais aussi des tares de la classe ouvrière (l’alcool).

 If This Is Life ne figure même pas sur l’album, le premier et unique du groupe, mais est un single sorti à part au printemps. Si on s’est intéressé à ce single par delà ses qualités, c’est parce qu’il évoque clairement par sa puissance, son romantisme haineux, colérique et désespéré, l’immense morceau du plus grand groupe irlandais (oublié) de tous les temps : Whipping Boy et son We Dont Need Nobody Else. Il faut mettre les voix, celle de Meryl Streek et celle de Fearghal Mc Kee côte à côte, et entendre les mots tomber, entendre l’envie d’en découdre et de prendre sa revanche. A près de trente ans de distance, les deux chansons se font écho, se regardent dans les yeux et foutent une même frousse rassurante, comme si elles tiraient un trait d’union entre les deux jeunesses irlandaises. En est-on toujours au même point ? Est-ce que tout est voué à recommencer ?

L’ouverture du morceau fait une référence quasi explicite au titre de leurs aînés qui avait la résidence de vacances de Bono dans le viseur.

I wanna own a gaf by the sea and I wanna see if dreams can be made,I wanna grow kale and count snails out the back.Loud mouthed stains stabbing my back.I wanna draw pictures and make a living and I wanna see what real life is about

Aujourd’hui, pour :

In the morning I am a recluse, lost in memoriesIdeal situations and convulsionsI’m never in and I can’t rememberThey built portholes for Bono, so he could gazeOut across the bay and sing about mountainsMaybe. You are what you own in this landYou can be King and it all depends on the view and what you can seeAnd around here nobody tells me what to do anymore

Hier. Le rapprochement est stupéfiant. La chanson de Meryl Streek est ample, ambitieuse et aussi puissante que l’autre, moderne dans son approche sonique, plus brutale et rude. Avec ce morceau, Meryl Streek dépasse tout ce qu’il a pu faire sur 796 et s’ouvre un espace de colère et d’énergie inédit et immense qu’on explorera avec délice en sa compagnie.

Crédit photo : capture d’écran du clip (YouTube)

Lire aussi :
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