Inédit de Sparklehorse : Mark Linkous, génie (pas tout à fait) oublié de l’indie rock US

Sparklehorse - It Will Never Stop

Douze ans après le suicide de Mark Linkous (le 6 mars 2010), c’est la première fois qu’apparaît un inédit de Sparklehorse, le groupe avec lequel il aura livré cinq albums merveilleux entre 1995 et 2006. It Will Never Stop a été mis sur orbite par le label Anti-Records et on ne sait pas pour le moment s’il préfigure (on l’espère) la sortie tardive d’un disques d’enregistrements inédits ou de raretés dont les fans rêvent depuis des années.

Compositeur, chanteur (et producteur) incroyable, Linkous aura marqué discrètement la deuxième partie des années 90 et le début des années 2000 avec son mélange de rock indé sonique et de poésie Do It Yourself. Incarnation vivante du rock indé US déglingué et génial, il s’était créé à lui tout seul une sorte de niche lo-punk, maladroite et magique, emplie de grâce et de titres terriblement émouvants à l’image de son sublime Homecoming Queen. Associé à Danger Mouse, il réussissait surtout à faire évoluer sa formule dépouillée et électrique des débuts vers une sophistication qui ne remettait jamais en cause la sincérité et la fragilité de ses approches.

Sujet à de fréquentes dépressions, exposé très tôt aux drogues et à l’alcoolisme, l’histoire de Mark Linkous est pleine de déceptions (discographiques, il se heurta plusieurs fois à des rejets des maisons de disques) et de défaites. Sa fin hautement tragique le conduit à se tirer un coup de fusil dans la poitrine devant la maison d’un ami. On n’en sut jamais beaucoup plus sur les ressorts de cette disparition mais elle figura pour nous une sorte de réplique presque anonyme et de second mort du rock alternatif US, une quinzaine d’années après celle de Kurt Cobain. A des années de distance, les deux hommes partageaient en effet des tas de points de commun, même si les carrières de leurs groupes respectifs n’eurent à peu près rien à voir. Le travail de Sparklehorse s’écoute plus de dix ans plus tard comme l’une des oeuvres les plus puissantes et abouties qui soit.

Toujours est-il que ce It Will Never Stop est un excellent morceau et un très joli cadeau de Noël pour les fans. On y retrouve tout le sens mélodique et la qualité d’engagement d’un Linkous, écartelé entre pop et grunge. S’il y a d’autres morceaux de cette qualité dans les archives, on a hâte que les labels fassent leur boulot et nous proposent tout ça.

close
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

More from Benjamin Berton
Chanson Culte #63 (on déconne) – Free Annie Cordy : Cho Ka Ka O et le devoir de mémoire (1985)
Toujours revenir au texte original pour apprécier la portée de la polémique...
Lire la suite
Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *