On a gardé pour Interpol une sympathie et une tendresse que ne méritaient sans doute plus leurs derniers albums (The Other Side of Make Believe par exemple). Et cet attachement n’est pas encore prêt de se dissiper. Pour une raison qu’on ignore encore (la voix de Paul Banks ou ce qu’il en reste, les breaks de guitare de Daniel Kessler ?, cette idée d’un nouveau rock new-yorkais qui sonnerait comme l’ancien ?), on éprouve toujours un brin d’excitation lorsque les membres du groupe communiquent qui s’accompagne malheureusement, et de plus en plus souvent, d’une petite déception lorsqu’arrive le moment de passer à l’écoute du disque. Et puis on a jamais aimé les Strokes.
Cette fois-ci, et encore plus que les fois précédentes, on frétille d’impatience à l’idée d’écouter fin août le nouvel album d’Interpol, This Mirror Weighs A Ton, parce que la pochette est réussie et intrigante et surtout parce que les deux singles qui ont été diffusés pour en annoncer la sortie sont excellents. This Mirror Weighs A Ton, la chanson éponyme, est une chanson assez intéressante, expérimentale presque, qui met en avant la face ralentie/chill out du groupe, autour d’un long thème répétitif et de paroles murmurées. La pièce qui dépasse les cinq minutes prend son temps et fait penser (avec un peu d’imagination) à un morceau de Talk Talk, période finale. Banks y partage le chant avec sa compagne, la designer Juliet Seger. Les textes sont comme toujours assez obscurs mais l’impression générale est apaisante, à peine remuée sur la seconde moitié par une sorte de crescendo qui mène à un demi-refrain. La chanson fuit et se perd dans la contemplation du miroir, trou et reflet, l’occasion d’une mise en abîme vertigineuse, toujours un peu toc avec Interpol mais qui fonctionne parfaitement ici.
Les puristes (disons ceux qui aiment Antics par exemple) iront plutôt écouter le deuxième extrait, See Out Loud, qui exprime le canal historique du groupe dans un registre clairement post punk, riche en rythmique et sur un tempo plus relevé. L’originalité du morceau est cette fois qu’on y entend Daniel Kessler, le guitariste, souvent réduit à quelques chœurs d’ordinaire. Le duo des deux hommes tourne autour de la culpabilité, de l’amitié, de s’affirmer pour ce qu’on est. Là encore, c’est assez hermétique mais le titre fonctionne parfaitement et reprend les marqueurs des meilleures pièces du groupe.
5 AM, teeth-marked skin
I can see out loud, and I know
I start to feel pixelated
As we get buried in the sound
Dive right in, a kiss glistens
In a neon cloud, and I know
I’m not here to contain you
I’m just here to let you out
Cet Interpol là nous plaît toujours autant. On espère qu’on en dira tout autant après avoir écouté l’album entier. Celui-ci comprendra 12 morceaux et sortira sur le label Partisan Records. La production est assurée comme sur le précédent par l’Américain Andrew Wyatt, l’un des producteurs US incontournables du moment.
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