Journée de la (jolie jeune) femme (Amber Arcades, Sunflower Bean, etc) : le rock indé est-il sexiste ?

Amber ArcadesOn voulait à l’origine saluer l’arrivée sur le marché de la jeune hollandaise Amber Arcades (Annelotte de Graaf de son vrai nom), dont le clip et le morceau Right Now, présentés ces jours-ci, sont envoûtants. Amber Arcades sort un premier album en juin dont on aura l’occasion de reparler vraisemblablement. Celui-ci est bien fichu avec des guitares très Smithiennes à l’entame (les jangly guitares sont définitivement à la mode et 2016 cette année pop qu’on annonçait en janvier), une voix évanescente, une mélodie élégante et un clip soigné. Mais ce qui nous a frappé avant tout, en cette Journée de la Femme particulièrement, c’est bien évidemment une fois encore la splendeur d’Annelotte de Graaf.

La question s’était posée hier alors qu’on encensait (ce sera pour plus tard) le premier album des Sunflower Bean et de leur chanteuse Julia Cumming. Elle s’était posée avec les filles de La Luz l’an dernier et encore pas plus tard qu’il y a trois jours avec Diane Sagnier des Camp Claude. Le rock indépendant est en train de devenir une réserve indienne pour les jolies filles, un vrai défilé de mode/mannequin aux jolis minois (souvent simple et jeune, poupin et jamais vulgaire) qui n’a rien à envier finalement aux univers du rock commercial, du RnB et autres chanteuses plastiquement exposées. Est-ce nouveau ou simplement une étrange coïncidence qui nous amène…. pauvres de nous…. à ne nous intéresser « sans le vouloir » qu’à des groupes où les chanteuses sont au moins aussi avenantes que la musique.

Vaste réflexion qu’on n’épuisera pas aujourd’hui mais qui pose une double question : le rock indépendant est-il supérieur aux autres genres devant la laideur ? Est-il plus tolérant, plus ouvert et donc moins sexiste, si ne pas l’être signifie autoriser à laisser apparaître sur le devant de la scène des femmes qui ne soient pas toutes attirantes ? Deuxième question : l’apparition d’une légion de jeunes filles séduisantes ne témoigne-t-elle pas tout simplement du vieillissement de la population écoutant du rock indépendant, à dominante masculine et donc plus sensible aux charmes des midinettes ? Les réponses sont dans les questions. Le rock indé file un mauvais coton. La concurrence est rude. la différenciation de mise comme ailleurs. Les labels tenus, en grande majorité, par des hommes. La scène souvent l’épreuve de vérité et il est probable (normal ?) qu’à l’applaudimètre (là comme ailleurs) les filles séduisantes aient une tête d’avance sur les autres… On ne fera pas l’injure à celles-ci de dire qu’il y a aussi quelques groupes de filles où toutes ne sont pas si jolies que ça mais il faut se rendre à l’évidence : le rock indépendant ne vaut pas mieux que les autres en ce domaine. Sexiste, facialiste, assoiffé de chair fraîche. On parlera présence scénique, sélection naturelle puisqu’il est « plus probable » qu’une beauté accepte de monter sur scène (en se disant… timide, bien sûr) qu’un trumeau ou un monstre des Carpates, épreuve du talent, etc. Mais la vérité ne trompe pas. Alors oui, on peut écouter Amber Arcades, Sunflower Bean, Charlotte Marionneau et quelques dizaines d’autres mais pas parce qu’elles sont femmes et pas parce qu’elles sont jolies. Ecoutons-les pour une fois parce qu’elles chantent bien, parce qu’elles écrivent de jolies mélodies et parce que leurs textes sont pertinents et sensibles. Cela nous changera un peu et ne fera de mal à personne.

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2 Comments

  • C’est aussi une fausse question à mon avis : la « laideur » féminine sera acceptée dans l’indie rock quand 50% du public sera féminin, c’est aussi simple que ça. Et la beauté masculine, du même coup, deviendra plus importante (hélas ?).

    Parce que oui, les hommes aiment les femmes jolies, et les filles les beaux mecs, ça changera pas ou peu, et le reste n’est que conséquence de ça.

    • 50% de femmes dans l’indie rock. Je voudrais vivre assez vieux pour voir cela. Mais tu as raison, c’est probablement notre regard qui peu à peu change les filles en canon. Le désir de voir de jolies filles qui s’incarne dans la sélection naturelle des chanteuses et autres bassistes sexy.

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