Les Modern English bon pied, bonne dent

Modern English - 1234Dans le genre jeu de mots foireux, on aurait pu écrire aussi que les Modern English ont (enfin) les dents longues mais cela aurait été particulièrement injuste de leur prêter une ambition que le groupe de Colchester n’aura eu que très fugitivement lorsque leur single I Melt With You leur donna l’occasion de faire carrière aux Etats-Unis et de s’implanter un temps à New York. Passés définitivement de chez 4AD à Sire, les Modern English tirèrent leur référence en 1986 après deux albums américains qui ne leur permirent pas d’attraper le wagon du succès mainstream. Ils revinrent ensuite à plusieurs reprises entre 1989 et 1991, puis en 1996, entre 1998 et 2002, avant une reformation durable à partir de 2010 qui s’incarna à travers deux nouveaux albums (et quelques changements de line-up), dont le beau Take Me To The Trees, dont on a dit le plus grand bien à sa sortie.

Il aura fallu plus de sept années au groupe de Robbie Grey, Gary Mc Dowell et Michael Conroy, pour composer la suite de ce disque. 1 2 3 4 sortira en 2024 (en janvier sans doute – les pré-commandes sont ouvertes sur le site du groupe) et est précédé d’un premier single, Long In The Tooth, qui ne décevra pas les amateurs du groupe. Avec leur pop rock enlevée et intelligente, les Modern English, qui ont tout de même démarré en 1979 (!!), continuent leur odyssée en s’en tenant aux fondamentaux : des guitares élégantes, une section rythmique efficace et qui joue à toute allure, un chant racé et toujours caractérisé par son aisance et sa fluidité. Le texte de Long In The Tooth, expression mi-tendre mi-ironique qui renvoie à quelqu’un qui n’est plus tout jeune, est un joli développement sur l’âge qui vient et la pseudo-sagesse qu’il procure :

« I don’t have any answers/  To all of the questions/  It’s taken a lifetime/  I’m long in the tooth / It’s taken a lifetime/  it’s taken a lifetime / it’s taken a lifetime/  I’m long in the tooth/  And now everything is aching / And occasionally breaking/  I can’t see out my window I’m long in the tooth »

Je n’ai toujours pas les réponses aux questions. Cela m’a pris une vie entière pour être vieux. Et maintenant j’ai mal partout et ça craque parfois…. mais il est possible, chante Grey, que je sache un petit quelque chose que tu ne sais pas.

Belle chanson sur l’âge et ses incertitudes, ce single de rentrée est parfait pour accompagner la réforme des retraites et sonne finalement assez moderne et prometteur pour un groupe dont le chanteur a fêté ses 66 ans il y a peu. L’album est produit par Mario J. Mc Nulty, producteur américain crédité sur Reality et The Next Day de David Bowie. On retrouvera, parmi les illustrations du disque, le travail de feu Vaughn Oliver, designer historique de 4AD décédé il y a quatre ans. On ne sait pas si c’est lui qui a signé la magnifique pochette du disque mais si ce n’est pas le cas, celle-ci est un évident clin d’œil et un bel hommage à son travail.

Lire aussi :
1 2 3 4 Modern English : haro sur les leaders de pacotille !

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