Pet Shop Boys / Lost
[X2 Recordings]

8 Note de l'auteur
8

Pet Shop Boys - LostC’est avec la minutie d’un horloger suisse que les Pet Shop Boys nous gâtent d’un petit EP, soit cinq titres prouvant que le duo n’est pas prêt de se retirer du circuit prisé de la pop anglaise. Les PSB réalisent leur livrée de 45 tours comme à l’époque, et cela avant la sortie prochaine de la compilation Smash – The Singles 1985-2020 et en attendant un énième album qu’on prie de mains fermes et jointes. On tend de moins en moins à vouloir écrire sur les petits formats, tant les projets et albums bouchonnent à la sortie, mais quand on est face à un parfait petit jeu d’équilibre comme ce Lost, à une époque où une majeure minorité de groupes ne sait plus comment construire et doser un album, on se dit qu’il faut sortir les trompettes.

Boys’R Us

On défierait presque de dater cet EP dans l’entière discographie des Pet Shop Boys. À l’écoute de The Lost Room, on a l’étrange impression d’avoir un de leurs meilleurs morceaux devant les oreilles. Difficile de dire si on a entendu ce titre à travers leurs anciens, mais il sonne lui-même, unique à soi, intemporel à soi. Ce morceau aurait pu sortir à leur grande époque, tant il parait planer autour d’eux. Lost percute, se détache de tous leurs succès passés, comblant une place logique qu’il restait à prendre. Il s’avère que ces quatre morceaux furent à l’origine produits pour l’album Super, mais finalement écartés car ne collant pas suffisamment à l’identité du disque. Les PSB font du PSB, et leur fidélité à eux-même est peu croyable, tant The Lost Room est superbe. Habillé d’un montage très pasolinien, avec des images de l’adaptation des Désarrois de l’élève Tör par Völker Schlöndorff, The Lost Room a cette langueur glaciale et clinique faisant la signature de leur broderie électronique.

On sent toujours dans la voix de Neil Tennant cette étonnante ambiguïté faite de sincère critique de la discipline (« In the lost room / A boy could see / How survival of the fittest / Meant destruction of the weak« ), et, plus difficile à débusquer car interprétative, d’une inconsciente complaisance dans le malheur arrivé (« In the lost room / Our hideaway / We would play the strangest games / That any boy might like to play« ); son attirance charnelle pour lui. Sa voix, criarde, presque androgyne, disons même délicieusement machinale dans ses refrains, est un délice. Complètement différent, I Will Fall explore une autre frange des Pet Shop Boys, plus connue et house (tout réside dans le piano), renouveau house / techno qu’ils n’ont cessé d’accompagner plusieurs fois durant les décennies. C’est également le revers exact de ce qui était énoncé plus tôt : ici, la naïveté. On pourra en dire autant de Skeletons in the Closet raconté comme une fable pour enfants, dont il s’agirait de tirer les conséquences pour éviter toute redite. La musique est presque formellement (et volontairement, c’est leur marque de fabrique) enfantin sans être infantile, tout comme le chant. Là encore, on retrouve ce décalage entre la gravité des propos, tous sombres qu’ils sont, et le ton enjoué sur lequel ils sont entonnés.

Le duo a cette capacité à fabriquer des chansons frappantes à l’envi. Le martial Kaputnik est tubesque en diable. Là encore, on retrouve cette étrange sensation mêlée d’extase et de répulsion, une technophobie quand la technique est observée par le prisme des mauvais hommes (« They’ll crush all your flowers / With radios blaring / And computers sharing / Violence and porn« ), mêlée à la technophilie inhérente à leur usage amoureux des machines synthétiques. C’est à croire que la guerre en Ukraine les a ramené à l’époque pré-chute du mur de Berlin. Celle-ci a d’ailleurs motivé le duo à sortir ces titres du placard. Les paroles brassent géopolitique, virilité indésirable, guerres cybernétiques et nouvel ordre mondial. Tout en célérité, le morceau pourrait être d’Underworld ou de The Chemical Brothers, mais nous savons ici qui sont les tôliers.

Comme nous l’évoquions, il suffit aux PSB de cinq titres pour retomber sur leurs pattes. Les deux versions de Living in the Past sont en soi exquise, Neil entonnant cette chanson avec une voix proche du Renaud désabusé, Neil semblant revenu de tout. La puissance émotionnelle est belle. Certes, ils pourraient faire autre chose, un son nouvellement plus précurseur que celui qu’ils perpétuent depuis quarante ans, dans lesquels ils gîtent. Mais quel artiste peut, aujourd’hui, se prévaloir d’avoir créer un son à soi et continuer à fidèlement le tisser ? La réponse est : peu.

Tracklist
01. The Lost Room
02. I Will Fall
03. Skeletons in the Closet
04. Kaputnik
05. Living in the Past
Écouter Pet Shop Boys - Lost

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