Public Image Limited / End Of World
[PIL Official]

6.4 Note de l'auteur
6.4

Public Image Limited / End Of WorldEnregistré durant une période plutôt difficile pour John Lydon, tandis qu’il faisait face à la maladie de son épouse Nora Forster (décédée en avril) et à un nouvel épisode contentieux face à ses anciens collègues des Pistols consécutif à la sortie de la série sur Disney+, End Of The World avait été annoncé en fanfare par deux morceaux convaincants : Hawai (qui s’est finalement classé 4ème des sélections irlandaises pour l’Eurovision) et Penge.

Ces deux morceaux de Public Image Limited (dont le guitariste de la grande époque Keith Levene est mort l’an dernier) font partie des meilleures pièces d’un disque qui, s’il ne surprend pas tant que ça, confirme les excellentes dispositions affichées par le groupe sur What The World Needs Now, leur précédent album de 2015. Comme sur ce disque, on est frappé, encore et à jamais, par les qualités vocales d’un Lydon qui survole les débats sur la plupart des titres et sublime des pièces de rock plutôt balourdes (mais bien exécutées) comme Car Chase et Being Stupid Again. C’est Lydon qui donne corps à la musique de PIL, lui seul qui est capable sur une intonation, un cri d’installer une ambiance hypnotique, glauque et angoissante. Car Chase est un miracle. Les musiciens déroulent une matière mainstream au possible, répétitive et passe-partout que le chanteur embarque dans un lointain écho thématique avec son Poptones inégalable.

Go run around in the forest
In the fields, I keep strong on me heel
I like the lights in the car park
Like the way they spread them apart

Car chase
I don’t need to know what anything’s for

Car chase
I don’t get bothered
I don’t get bored
I get ignored

Il manque un petit quelque chose pour que la chanson soit sublime (une variation, une chute) mais cela reste impressionnant. « ils me laissent sortir le weekend », murmure le monstre vers la fin, « si je suis seul, il y a bien une raison. » Avec ce disque, PIL renoue avec la tension extrême, l’angoisse (industrielle) qui a toujours caractérisé le meilleur de sa musique. Le groupe emmené par les guitares de Lu Edmonds et la batterie de Bruce Smith, ne fait pas d’étincelles et fournit à Lydon un tapis varié mais sans fantaisie qui lui permet de décoller et de poser ses vocaux. On musarde avec légèreté dans un Walls, jazzy, un peu trop long où Lydon dénonce les murs qui entravent notre liberté et notre imagination. Le texte est gentillet et l’ensemble un peu trop pop pour être honnête.

Comme sur le disque précédent, cela mouline quelque peu vers le milieu de l’album. Pretty Awful ressemble à un mélange (douteux) des Sleaford Mods et de… Joe Cocker. Le résultat est atroce. Strange ne fonctionne pas beaucoup mieux. Lydon surjoue l’inquiétude mais ne semble pas y croire. Le groupe n’a strictement rien à proposer sur ce morceau si bien que les trois minutes trente passent très très lentement. On peut trouver un peu  de mieux sur Down On The Clown au texte intéressant mais ces morceaux vaguement atmosphériques visent plus à installer une ambiance qu’à marquer l’esprit. Elles s’oublient aussi vite qu’on les a écoutées et semblent interchangeables, terminées souvent par une conclusion ronflante et archétypale à la guitare. L’expérimentation sur Dirty, Murky Delight est louable mais pas forcément convaincante. On traverse ainsi un tunnel de quatre ou cinq titres médiocres dont on ne sort qu’à partir de The Do That.

Comme Walls, c’est un morceau enlevé, joueur et qui repose sur les allitérations et le chant de Lydon. PIL a toujours eu le souci de rendre sa musique accessible… sans jamais y parvenir tout à fait. La chanson est amusante, singulière et mélange des techniques de scat et des jeux de mots (moyens) à la Lewis Caroll. Le morceau lance un dernier tiers plutôt bien négocié avec l’excellent LFCF (Liars, Fakes, Cheats and Frauds). Le morceau est une charge comique envoyée dans la face d’un Jones vendu à Disney. C’est sinistre, glaçant mais brillant sur la manière.

Mimicry and Disney
Well I like it, oh, how you hate me
Love it, when you slate me, ah-ha-ha-haa
But you cannot fake me
You’re all liars, fakes, cheats and frauds
You’re all liars, fakes, cheats and frauds
You’re all liars, fakes, cheats and frauds
Liar-liar, faker-faker, cheats and frauds
Liars, fakes, cheats and frauds
Liars, fakes, cheats and frauds
Liar-liar

Lydon règle ses comptes avec un bel aplomb, laissant éclater son rire bas comme une menace. End of World se termine en beauté avec Hawai, dont on a déjà parlé, et un North West Passage, presque aussi marquant. « Could It be the end of my life ? », interroge Lydon sur ce morceau splendide et dangereux. Le morceau est crépusculaire et même s’il est un peu rigide et musicalement sans direction franche, constitue une transition impeccable vers un Hawaï qui, au fil des écoutes, continue d’émouvoir jusqu’aux larmes.

Falling in our hearts
Here again, Hawaii
We’re here, you and me
Aloha (aloha), well, hello there
Aloha, Hawaii (Hawaii)
Aloha, well, hello there
Hawaii
All journeys end
Some begin again
And we’re here, you and me
Hawaii (Hawaii), remember me
I remember you, Hawaii (Hawaii)
Hawaii (Hawaii), remember me
I remember you, Hawaii
Don’t fly too soon
No need to cry, in pain
You are loved
Again, again
Hawaii
You and me
All those good times
Aloha (aloha)
Well, hello there
Aloha, Hawaii (Hawaii)
You are loved
Hawaii
Remember me, I remember you
Hawaii, Hawaii
Remember me, I remember you
Aloha (aloha)
Hawaii

Il y a une telle sincérité qui s’exprime ici que ce message d’amour tragique et sublime à la fois vient donner une couleur tendre et profondément humaine à un disque aux qualités quelque peu mécaniques. End of World est un disque sans véritable thème ni fil conducteur, une divagation sur l’étrangeté et les forces qui détraquent le monde, en même temps que l’expression d’une forme d’amour pour les traditions et un passé mythifié. C’est un disque inégal mais qui est tout sauf indigne et largement racheté par la qualité supérieure d’une petite moitié des morceaux.

Tracklist
01. Penge
02. End of The World
03. Car Chase
04. Being Stupid Again
05. Walls
06. Pretty Awful
07. Strange
08. Down On The Clown
09. Dirty Murky Delight
10. The Do That
11. LFCF
12. North West Passage
13. Hawai
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