Sugar For The Pill / Wanderlust
[Make Me Happy Records / Shelflife]

7.2 Note de l'Auteur
7.2

Sugar For The Pill - Wanderlust Un lecteur averti en vaut deux. Si vous faites partie de celle et ceux que le simple terme de shoegaze irrite au plus haut point ou qu’en tout cas vous vous contrefichez de savoir qui est, 30 ans après le successeur de The Charlottes que vous considériez déjà à l’époque comme une resucée pitoyable du My Bloody Valentine d’Isn’t Anything (on ne vous en veut pas, mais quel aveuglement !), un seul mot d’ordre : passez votre chemin, vite, et surtout ne cliquez pas sur le lien vidéo ci-dessus qui risquerait fort de vous bousculer dans vos certitudes. On s’échine à vous le répéter ici : non, la noisy pop n’est pas décédée en 1992 et à l’instar de tous les grands mouvements musicaux, elle continue de s’exprimer dans des niches plus ou moins remplies d’auditeurs fanatiques tout acquis à la cause, à travers des talents sans cesse renouvelés qui retrouvent en elle l’expression intacte à la fois de la puissance sonique, presque bestiale, de l’électricité rock mais aussi de toute une gamme de sentiments plus nuancés et subtils, de la mélancolie à la rêverie, du romantisme à la sensualité qui se traduisent par une approche mélodique pop, plutôt évidente et surtout chatoyante. Parmi tous ces jeunes groupes se réclamant d’une façon ou d’une autre de ces origines, il y a les plus novateurs qui tentent de faire évoluer le genre et les autres à l’approche nettement plus classique.

Parmi eux, les grecs de Sugar For The Pill filent un sacré coup de vieux. Non pas que le groupe soit particulièrement juvénile, ni spécialement vieux d’ailleurs, mais aller piocher son nom dans le dernier album de Slowdive en 2017 montre à la fois que l’influence du mouvement ne s’est pas arrêtée au début des années 1990 tout en rappelant pour qui a vécu ses débuts la longueur du chemin parcouru depuis. Wanderlust, son premier album qui sort sur le label athénien Make Me Happy (déjà salué ici pour l’impeccable single de Youth Valley l’an passé) en co-production avec les américains de Shelflife, toujours sur les bons coups, est une jolie collection de titres assez académiques mais qui explorent une facette plutôt sombre du genre. Né sur les cendres d’un premier groupe, Skinner Box, auteur d’un album auto-produit un peu anonyme en 2017, le groupe se pare d’atours qui renvoient plus au Cure de Wish, album lui-même fortement influencé par la vague noisy pop de l’époque ou à des influences post-punk particulièrement nettes sur la section rythmique et la basse en particulier. Il ne faut donc pas se fier au nom du groupe ni au titre d’ouverture, Quicksand, un des deux seuls morceaux un tant soit peu éthérés d’un disque où la voix de la chanteuse Vana Rose apparait comme un marqueur puissant. Puissante, cette voix particulièrement affirmée qui la place d’emblée dans la lignée des adeptes et adoratrices de la grande Siouxie Sioux. Le décor est planté : Wanderlust est un disque incisif et dynamique ; ne comptez pas sur lui pour bercer vos douces pensées rêveuses.

Dans sa livrée vinyle rouge sang, superbe, le disque se pare également d’une étonnante pochette lenticulaire, pas forcément très belle, mais qui donne l’illusion d’une animation particulièrement réussie mais si l’album se démarque visuellement, il peine à le faire musicalement sur la longueur. On était prévenu, il ne fallait rien attendre de bien neuf et c’est le cas. A l’écoute, la tendance au namedropping ne s’écarte que péniblement et si on vous épargnera l’ensemble des références qui passent en tête, il faut reconnaitre que leur présence demeure sacrément encombrante. C’est bien ici que ressurgit alors l’éternel débat entre l’originalité et le savoir-faire : Sugar For The Pill sacrifie clairement le premier pour privilégier le second et à défaut d’être cérébral, Wanderlust s’avère, c’est déjà ça, sacrément physique. Le disque s’écoute fort autant qu’il se joue à un rythme soutenu. Le souffle généreux, il en garde sous le pied pour accélérer et augmenter la cadence. Ça cogne dur et ça joue fort mais dans des proportions toujours acceptables, entrainant l’auditeur en terrain aussi connu que conquis. S’il existe encore des clubs alternatifs où l’on danse sur ce type de musique, nul doute que les grecs y trouveront une place de choix tant, par exemple, un morceau comme Soul Can Wait qui commence comme du Bloc Party et se termine en Killers est aussi entrainant qu’efficace.

Album homogène, sans doute un peu trop, il ne déçoit jamais pas plus qu’il ne fait réellement frissonner. Aucun des titres, tous plutôt réussis et bien troussés ne parvient à décoller complétement et à imposer une adhésion indiscutable. Au mieux, quelques moments viennent attirer l’attention un peu plus que d’autres : les scansions manifestantes de Drink Conium, le refrain XXL de More Than A Lover, la cavalcade acérée de Diamonds, le tourbillon métronomique en fin d’I Wish I Was The Fire ou encore la schizophrénie de Shiver qui commence avec un inédit piano pour s’enfoncer très vite dans la folie. Finalement, bien que de facture relativement convenue, la conclusion Stardust, en faisant retomber la tension par son atmosphère plus cotonneuse et son tempo apaisé parvient à attirer l’attention dans un retour au calme de toute beauté aux accents Frazeriens, comme souvent gage de sensibilité.

Si Wanderlust n’est sans doute pas le premier album que l’on recommanderait pour qui voudrait soudainement découvrir le genre, c’est qu’il s’adresse avant tout aux inconditionnels qui se retrouveront d’emblée en terrain conquis d’avance. Entre noisy pop et post punk énervé, les grecs revisitent leurs classiques avec beaucoup et sans doute un peu trop de révérence et livrent, bien dans leurs petits chaussons, un album finalement assez casanier ; sleepergaze. Si cela n’enlève rien à la qualité de compositions plutôt efficaces et réussies, il y a juste à craindre que la trace qu’elles laisseront s’évanouira assez rapidement avec le temps. A eux, pour la suite, de satisfaire véritablement leur Wanderlust, leur envie de voyager. En se montrant plus aventureux, nul doute qu’ils parviendront aussi à satisfaire la nôtre.

Tracklist
01. Quicksand
02. Drink Conium
03. Falling Back To You
04. Soul Can Wait
05. More Than A Lover
06. Moan Of The Thunder
07. Diamonds
08. I Wish I Was The Fire
09. Shiver
10. Stardust
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