Post-rock’s Not Dead (lui non plus) (épisode 3/3)
Hanry / What Came From Silence
[Pelagic Records]

8.5 Note de l'auteur
8.5

Hanry - What Came From SilenceIl existe probablement mille et une façon d’aborder un premier album ; bon, un peu moins sans doute en réalité. Il y a les groupes qui se précipitent au risque de se crasher et ceux qui attendront toute leur vie la meilleure opportunité. Les groupes au dents longues qui forcent toutes les portes et les intransigeants qui finiront par faire ce que bon leur semble en DIY. Les rennais d’Hanry ont choisi une voie médiane, quelque peu classique et assurée : de premiers pas intimes et réussis sur le désormais incontournable Bandcamp, des algorithmes qui fonctionnent bien et les amènent aux bons endroits, la radio de Seattle KEXP d’un côté pour une session enregistrée à la maison lors des Transmusicales 2023, l’influent et coté label allemand Pelagic de l’autre pour venir garnir une colonie française portée par les impressionnants BRUIT≤ ou Lost In Kyiv. Un second EP en 2025 et cette fameuse étape du premier album que le groupe franchit à présent avec What Came From Silence, livré comme il se doit selon les préceptes du label dans un emballage de toute beauté.

Est-ce que, comme nos ainés qui vont le dimanche après-midi s’éclater en dancing sur les sons java et yé-yé de leur jeunesse, nous irons nous aussi dans quelques années solliciter plus que raison nos prothèses en écoutant du rock indé, bruyant et/ou atmosphérique dans des thés dansants dédiés à la survie de nos souvenirs musicaux ? Toujours est-il que le post-rock semble ancré à vie dans un paysage musical qui n’a jamais été aussi diversifié et qu’un groupe comme Hanry perpétue cet héritage avec un véritable talent, à défaut peut-être d’un peu d’audace. C’est que What Came From Silence sonne un peu convenu, mais n’est-ce pas au fond, aussi, ce qu’on attendait de lui ? Bien sûr, les rennais explorent leur art, expérimentent des pistes, cherchant à se forger un son et à trouver leur propre identité, axant notamment leurs compositions sur un équilibre guitares / claviers qui n’a rien d’inédit mais rompt tout de même avec le tout électrique. Mais plus que l’innovation formelle, admettons-le, sacrée gageure à atteindre, c’est sur tout ce que ne dit pas cette musique strictement muette que se porte d’abord notre attention, cette capacité à dessiner une architecture complexe, à bâtir le monument en relevant des défis techniques et à l’ornementer de détails passionnants dans le but de nous emporter complétement.

Au début, il y a le silence, cette toile blanche du musicien et c’est en groupe qu’Hanry va l’affronter et la colorer, s’y mettant à trois avec le claviériste Marc Mifune, les guitaristes Jean-Anaël Lebaux et Anthony Leliard voire à quatre quand l’acolyte de ce dernier au sein des toulousains de Kid Wise, Augustin Charnet, vient leur prêter main forte sur le final Phantom Rush, complexe et grandiose tandis que le batteur du groupe Clément Champigny se démultiplie derrière la console. Car c’est sans doute ce qui caractérise le mieux les compositions du groupe depuis ses débuts, cette somme d’influences diverses, de parcours divergents, d’expériences non pas parallèles mais croisées au cours desquelles s’agrègent d’autres musiciens comme autant de pistes à explorer, comme quand avant de se retrouver sur le même label avec leurs groupes respectifs, Anthony Leliard fréquentait au sein de Kid Wise Clément Libes et Théophile Antolinos de BRUIT≤, eux que l’on retrouve dans les parages de M83, influence évidente de ce premier album notamment sur ce Dead Waves en tout point remarquable. Un vortex ouvert de musiciens qui, à l’image de la musique que propose Hanry, s’élève dans une belle densité de notes faites émotions, de sentiments traduits en mélodies complexes qui vont et viennent, montent et descendent, accélèrent puis se posent, tout en nappes aériennes et rythmes hybrides, un mur du son épais mais jamais agressif, plus volontiers chatoyant. Et comme souvent, What Came From Silence, exige deux niveaux de lecture, celui intime, au casque, qui va délivrer toutes ses subtilités et celui au grand air qui va le laisser exprimer toute sa puissance.

Alors on a beau être en terrain conquis d’avance, savoir a peu près où Hanry va nous emmener, on se laisser volontiers emporter par ce ressac sonore de toute beauté. Il est vrai qu’Aurora, titre avant coureur, si peu single en réalité, nous avait un peu surpris et envoyé sur une fausse piste où une rythmique lourde et mécanique semblait vouloir prendre le pouvoir aux limites de l’emo mais de belles envolées mélodiques parvenaient sans peine à alléger le morceau. C’est qu’il y a de la douceur chez Hanry, quand ils font étinceler Her Crown Her Empire de quelques arpèges d’une guitare classique qui vient souligner le feutre des rideaux de velours propre aux ambiances classieuses. Plus loin, Remains se verrait bien prendre des airs de cathédrale électronique mais le rock veille au grain et à l’équilibre absolu des compositions du groupe et d’ailleurs, c’est fiérement que Dustwake se pose en cousin breton d’un Mogwai habitué depuis ses débuts à fréquenter ces terres. Mais c’est sans aucun doute parce que Time’s Collapsing pourrait puiser ses racines dans le meilleur de The Album Leaf, du moins dans toute sa première partie, qu’on lui octroiera le titre honorifique de sommet du disque, mais c’est aussi et surtout parce que le morceau épique, pic émotionnel avec son motif de piano final condense tout ce qu’Hanry voulait montrer avec ce premier album.

Punk’s not dead ! Le rock qu’on n’arrête pas d’enterrer vivant non plus évidemment et tant que des groupes comme Hanry s’attèleront à le faire vivre, grandir, progresser au fond, celui d’après continuera dans toute sa variété à nous livrer de beaux ouvrages comme ce What Came From Silence. Si les rennais ne parviennent pas complétement à nous surprendre par le genre d’innovations et d’aspérités qui ont fait et font encore parfois le sel du genre, on appréciera sans la moindre peine les ambiances formellement parfaites du premier album d’un groupe encore jeune et dont le potentiel s’exprime pleinement tout au long de ces huit titres de haute tenue. Si on adore le silence, on sait aussi apprécier les efforts de celles et ceux qui le comblent de tout leur cœur et avec leurs meilleures idées pour habiller nos vies de ces univers sonores qui leur siéent à merveille.

Tracklist :
01. Noise Drowns Out
02. Aurora
03. Dustwake
04. Her Crown Her Empire
05. Remains
06. Time’s Collapsing
07. Dead Waves
08. Phantom Rush

Liens :
Le groupe sur Discogs
Le groupe sur Facebook
Le groupe sur Instagram
Le site du label

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Bossa Minière
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