Akira Kosemura / Seasons
[Decca / UMG]

7.8 Note de l'auteur
7.8

kira Kosemura - SeasonsPour sa première réalisation sur une « grande » maison de disques, Decca Records, le pianiste japonais Akira Kosemura  choisit de se présenter dans son plus simple appareil : seul et au piano, dans un cycle ultra convenu qui prend pour thème les… saisons. Seasons se déploie ainsi dans l’ombre protectrice du programme de Vivaldi autour de 4 mouvements de 3 chansons chacune qui évoquent successivement le printemps, l’été, l’automne et l’hiver, dans cet ordre. Par delà, la construction archétypale du cycle, ce disque repose sur un double mouvement d’affirmation de l’identité japonaise de l’artiste (qui commande à une forme de minimaliste poétique quasi traditionnelle), en hommage à l’Ile où il est né et vit depuis 37 ans à Tokyo, et, parallèlement, à une forme d’ascèse éco-centrée qui prend pour objet l’environnement proche, la nature et les manifestations terrestres comme la lumière ou la succession des jours. Ce second thème (les éléments disons) est évidemment caractéristique de l’approche du pianiste et le ressort principal d’un travail qui compte, dans un style similaire, des réalisations majeures telles que Grassland ou In the Dark Woods.

L’intention n’a ainsi pas grand chose d’original mais c’est l’exécution qui compte ici, son raffinement, sa légèreté, sa justesse. Le printemps de Kosemura n’est ni bouillant, ni incandescent, ni encore moins fougueux : il scintille, il pointe le bout du nez avec la timidité et la discrétion de la vie qui renaît après avoir été mise en sommeil pendant quelques mois. Where Life Comes From And Returns sonne comme un frémissement presque imperceptible du vivant, comme la pointe d’un perce-neige ou d’une primevère qui dépasserait d’une couche de brouillard sous l’action d’un soleil revenu (Dear Sunshine). Les séquences sont brèves (rarement plus de 3 ou 4 minutes) mais très expressives. Le printemps est dominé par un Fallen Flowers qui fait le deuil des floraisons passées, comme si la renaissance ne pouvait se concevoir (ce qui est très japonais) que sur le dos des fantômes passés. L’été est bienveillant, paisible et sans excès de chaleur excessive. On perçoit sur Vega cette idée d’une lumière blanche ou jaune, chaude, qui baignerait le jour. Guère plus. Seasons est à l’image des travaux passés du Japonais, impressionniste, minimaliste jusqu’à l’abstraction, jouant du peu de notes, du peu de variations pour suggérer la fluidité du passage du temps, du climat, des saisons. La musique suggère une forme de déterminisme quasi pointilliste, fragile, délicat mais inarrêtable. Gentle Voice rend à la perfection cette idée d’une nature qui court et avance comme l’eau, sans véritable contrariété, ni aucune forme de violence. C’est cette douceur qui passe ici et fait frissonner mais qui dessert aussi paradoxalement le propos. Seasons est tellement paisible qu’elle peut être reçue comme une simple caresse, laisser une sensation agréable mais fugitive et fugueuse. L’automne est gentiment triste, tendrement désolé à l’image du superbe Left Behind mais contrairement à ce qu’on espère parfois de ce genre de musique, aucun thème marquant n’émerge.

Seasons se termine étrangement sans secousses ni volonté véritable de marquer la dramaturgie saisonnière. Il se situe ainsi en totale opposition avec les 4 Saisons de Vivaldi, étalon-or du genre, qui marquait évidemment beaucoup plus par les tempos et la vivacité de l’instrumentation le passage du temps. Kosemura épouse ici la conception japonaise du « cours des choses ». L’observateur musicien se situe au delà du temps, du regard même pour contempler la grande continuité manifeste des éléments. D’aucuns trouveront cela ennuyeux, voire morne. On peut au contraire trouver cela infiniment sage et apaisant. Il y a une forme de beauté qui se dégage du tout, une grâce consolatrice et qui véhicule sur sa sérénité-même un optimisme dans la pérennité du naturel. En cela, l’œuvre est aussi utile qu’elle est déraisonnable.

Tracklist
01. Where Life Comes From and Returns
02. Dear Sunshine
03. Fallen Flowers
04. Niji No Kanata
05. Faraway
06. Vega
07. Gentle Voice
08. Zoetrope
09. Left Behind
10. Passage of Light
11. Towards the Dawn
12. Hereafter
Liens

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