Akira Kosemura / Diary 2016-2019
[Schole Records]

7.7 Note de l'auteur
7.7

Akira Kosemura - Diary 2016-2019Après un magnifique EP intitulé Romance en septembre, le pianiste hyperactif japonais et fondateur du label Schole Records, Akira Kosemura, revient avec un disque compilation en forme de journal de bord qui s’impose comme une synthèse miraculeuse de son immense talent.

Il ne faut pas y aller par quatre chemins : Diary 2016-2019 a beau être un disque compilatoire qui rassemble, sans idée de manœuvre, dix-sept pièces composées par Kosemura ces trois-quatre dernières années pour des séries, des films et d’autres travaux de commande, le résultat est tout bonnement stupéfiant et d’une incroyable magie pour l’auditeur. La musique de Kosemura est faite pour notre époque : c’est une musique classique inspirée de Reich, de Glass et de quelques autres qu’on peut assimiler sans trop de difficulté au courant minimaliste mais dans une version encore modernisée, allégée, simplifiée et surtout plus aérienne et sentimentale. Kosemura, c’est la passion instantanée, le piano allègre et les cordes tendres, c’est de l’émotion en bonbons, des envolées lyriques qui nous ramènent au temps des élégies médiévales, des chansonnettes vigoureuses et délicatement zen qui nous font sentir bien et bien mieux et agissent sur nous comme des cataplasmes sur nos plaies et nos tourments. La musique de Kosemura a les vertus d’une eau gazeuse ou d’un bain massant. Elle décongestionne, elle rend mélancolique mais élève l’âme aussi, ce qui en fait un instrument de sagesse, de découverte de soi et de sa capacité à s’auto-émouvoir qui n’a pas d’équivalent dans la musique contemporaine.

Le disque démarre par la reprise de la bande son d’un court métrage (qu’on n’a pas vu) illustré par Kosemura et qui s’appelle Konatsu & Hiyori. Les deux premiers morceaux sont mélancoliques et lents mais aussi vifs et subtils que du Debussy.  Distance Between est splendide de retenue et de délicatesse mais il est surpassé par l’incroyable réussite que constitue Two of Us, une plage de moins de deux minutes d’une justesse et d’une beauté remarquables. Pour une fois chez Kosemura, ce sont les cordes qui commandent. Le morceau phare ouvre sur les deux petites pépites au piano que sont Things Change et surtout I’m (not) here, pièce typique du style économe et émotionnel de Kosemura. On pourra passer le morceau suivant, But You’re Mad, composé pour un film français d’Audrey Diwan, Mais Vous êtes Fou (qu’on n’a pas vu non plus). La séquence est atypique, rythmique essentiellement et casse un peu la dynamique du disque.

Heureusement pour nous, on repart immédiatement après en terrain de connaissance avec des pièces composées pour des séries comme Chugakusei Nikki ou Love Is (série américaine). Kosemura s’y organise au piano avec une précision et une courtoisie impressionnantes. Chaque note est empreinte d’une délicatesse et d’un impact qui font penser à la violence sourde d’une goutte d’eau qui tombe sur un lac. On peut trouver la série In Moonlight (et notamment opus 2) un poil trop académique mais impossible de négliger Trace qui suit, l’audace électro acoustique d’A Song From The Past ou même la composante onirique de Someday, sur laquelle le Japonais enrôle au chant le barde Devendra Banhart dans un excellent jour. La dernière partie du disque présente un Kosemura presque pop qui s’anime à la new-yorkaise sur Joy, une belle pièce de cinq minutes, enlevée et bien construite, ou le rêveur You. Le final est plus attendu et moins surprenant entre la progression habile de Late Night Tales, l’ambiance crépusculaire de Out of The Solitary Mind et l’efficacité rétro de Red Diary.

Disque-bilan et en même temps fourre-tout magistral, Diary 2016-2019 est une nouvelle occasion de se payer une belle découverte pour ceux qui n’ont jamais croisé le chemin de cette poésie néo-classique. Pour les autres, c’est un voyage de plus hors du temps et de l’époque, une bulle atemporelle et éphémère qui apaise et guérit. Paix et bonheur, à défaut d’autre chose.

Tracklist
01. Main Theme (from Konatsu and Hiyori)
02.Distance Between (from Konatsu and Hiyori)
03. Two of us (from Konatsu and Hiyori)
04. Things Change (from Konatsu and Hiyori)
05. I’m (Not) Here (from Konatsu and Hiyori)
06. But You’re Mad (from Mais vous êtes fous)
07. Minerva
08. In Moonlight, op. 1
09. In Moonlight, op 2.
10. Trace
11. A Song from the Past
12. Someday Reworked (feat D. Barnhart)
13. Joy (2017 alt. Version)
14. You
15. Out of The Solitary Mind
16. Red Diary
17. Late Night Tales
Liens
Ecrits aussi par Benjamin Berton

Hell is Round The Corner : la vie de Tricky n’est pas commune…

Écrite dans une phase de reconstruction qui le voyait, flanqué d’un nouveau...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *