Akira Kosemura / Love Is
[Schole Records]

8.4 Note de l'auteur
8.4

Akira Kosemura - Love IsOn réalise les qualités d’un compositeur quel qu’il soit à sa capacité à fournir des œuvres mineures susceptibles de se hisser à la hauteur de ses meilleurs travaux. C’est ce qui saute aux oreilles à l’écoute de ce Love Is d’Akira Kosemura qui compile 39 pièces instrumentales composées pour illustrer la série américaine (inconnue ici, me semble-t-il) Love Is diffusée sur OWN, la chaîne de télévision de l’animatrice Oprah Winfrey : la musique est sublime, touchante, cristalline. Contrairement à nos habitudes en la matière, on n’a pas regardé une seule seconde du matériau originel (la série donc) à l’exception de deux trailers qui présentent un univers sentimental et adolescent, moderne et vaguement sensuel. Difficile ainsi de situer les compositions du Japonais dans leur contexte ou d’apprécier si, oui ou non, il a réussi à faire le boulot d’illustration sonore pour lequel il a (espérons-le) été rémunéré grassement.

Le CD nous laisse toutefois avec la sensation immédiate qu’il se passe quelque chose sur chaque note de piano, que Kosemura, non content d’illustrer ou faire des gammes, dépose sur chaque pression du doigt sur l’ivoire, une émotion, en offrande pour l’auditeur. Les pièces sont brèves (rarement plus d’une minute) mais limpides, alignées comme les petits cailloux d’un jardin zen, les gouttes d’eau qui ruissèlent le long d’une vitre ou les pétales en corolle d’une fleur des prés. Kosemura sculpte au piano depuis des matériaux bruts et naturels : le bois, le vent, l’eau, plus rarement le feu. Le ton est mélancolique, triste, bucolique ou étrangement solaire. L’ensemble est guidé par des montées émotionnelles, un rougissement des joues (plage 2), l’arrivée d’une chaleur au bout du nez ou des doigts. On peut s’amuser sur chaque plage à ressentir la situation, à inventer ce à quoi elle correspond et sentir, comme par magie, l’effet qu’elle produit sur notre corps. Les compositions de Kosemura sont souvent légères, divertissantes, cristallines. Elles ne portent sur elles aucune violence, aucun changement brutal de gamme ou de tempo. Tout est progression et harmonie, épure et ascèse. Cela ne veut pas dire qu’on s’ennuie ou qu’on vit sur une autre planète : le panel de ce que cette musique provoque sur nous en termes d’émotions est vaste. On voyage (plage 4), on rit, on pleure, on s’enchante, on tremble.

On pourrait écrire longtemps sur ce disque et poursuivre ainsi la description des suggestions qu’il nous souffle au creux de l’oreille. C’est un disque qui appelle des résolutions, un changement de nos habitudes, une attention prononcée aux sons mais aussi aux êtres humains ; un disque qui est à la fois un disque de musique mais, comme à chaque fois ou presque avec Kosemura, un disque de haute philosophie, un disque qui en remontre à la vie et véhicule des questionnements existentiels, une invitation tacite à se délester et à respirer à pleins poumons. Écouter ce disque dans les circonstances actuelles est quasiment une œuvre de salut public, un moyen de réconfort d’une efficacité redoutable. Il ne faut pas s’en priver.

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