Ça n’est plus un secret, on a décidé cette année de suivre avec fidélité la série de ep que le label Too Good To Be True s’attèle à sortir chaque mois. Alors que l’été s’achève ce lundi, petite revue estivale en trois cartes postales.
Chevalier Avant-Garde – 5280
La première nous est arrivée de Montréal et était signée de l’épatant duo Chevalier Avant-Garde dont on avait adoré l’album Death Drive sorti lui aussi sur le label brestois il y a déjà trois ans. Synthwave, cold wave, appelez-ça comme vous voulez, l’essentiel est bien dans la capacité de Dimitri Giannoulakis et Filip Minuta de nous embarquer avec eux dans leur musique certes synthétique mais pas forcément si froide que ça ; après tout, on n’est pas obligé d’être complétement frileux. Si les cases sont faites pour être remplies, on peut aussi déborder à sa guise et voir dans leur musique autre chose que ce que les apparences portent à croire. 5280 est avant tout un ep qui entend livrer quelques clés de lecture de l’univers du duo en quatre titres qui explorent des univers quelques peu différents. Hide est une jolie chanson pop menée beat battant sur lesquels s’étirent lascivement claviers nappés et voix langoureuse. Ohh un intermède Muratien, timing parfait alors que l’on se rappelait non sans émotion au cœur du mois d’août le magnifique court-métrage musical Murat En Plein Air. Solutions, enlevé et ultra efficace, renvoie plus que jamais à l’influence sans doute majeure du Depeche Mode du début des années 1980. Quand à Haze, il nous entraine dans les limbes de la techno en rappelant notamment le fameux Can U Feel It de Mr Finger que l’on retrouvait sur la compilation Warp10+1 : influences qui entendait pour fêter les 10 ans du label, revenir sur les principaux morceaux électro, techno, house qui avait influencé la démarche des créateurs de la célèbre maison de disque fondée à Sheffield.
Hotel Artesia – Something To Sing About
Changement d’ambiance avec la seconde carte postale qui nous arrive d’une petite station balnéaire anglaise comme il en existe beaucoup sur les côtes de la Mer du Nord ou de La Manche. Plage de galets, vols de goélands et soleil qui ébloui à travers les nuages: Something To Sing About d’Hotel Artesia a tout du prolongement direct de son album Everywhere Alone ressorti au printemps sur le label brestois ; à l’écoute du petit CD, ça ne fait plus l’ombre d’un doute. Même lubie pour les titres de chansons en un mot commençant par S, même pop intemporelle, ouvragée à peu de moyens, même voix détachée du type qui a pas mal bourlingué, fréquenté les musiciens et labels parmi les plus connus, influents et pointus sans pouvoir toucher du doigt un succès dont il s’est tenu à l’écart. Sur la très cool Summertime, impossible de ne pas imaginer Kevin Wright sur un tabouret aux côtés de Peter Astor, donnant l’un de ces intimistes concerts en appartement comme certains activistes parisiens aiment organiser et fréquenter. Les titres s’étirent avec une certaine majesté, bande-son idéale d’une ballade romantique en bord de mer, fin de saison, plus grand monde, la jetée à soi et nous voilà déjà glissant tout doucement vers la fin de l’été, plein de mélancolie mais régénéré.
David Christian avec Jérôme Copentipy – Blankets & Pillows
D’ailleurs, ça n’a peut-être rien d’un hasard, la dernière carte postale de cet été en CD 3 pouces vient tout juste de nous arriver d’un Lacanau déserté de ses estivants et rendus à ses quelques habitants à l’année, amoureux des rideaux tirés et des volets fermés, de ce sentiments si intime d’avoir en garde pour le reste de l’année l’un des villages les plus touristiques du pays. C’est ici, dans l’une de ces jolies villas aux volets colorés et aux jardins iodés que David Christian a posé ses valises depuis quelques années. On ne va pas se le cacher, voilà belle lurette que nous n’avions pas suivi les aventures abondantes du leader de Comet Gain, pourtant auteur dans les années 1990 de deux classiques de la pop anglaise influencée par les mods, le bien nommé Casino Classics et le formidable Magnetic Poetry. Sans doute aussi parce qu’on avait encore plus aimé Velocette fondé à l’époque par 4 des membres du groupe l’ayant quitté, laissant David Christian seul maitre à bord d’un projet depuis jamais abandonné. Bref, de l’eau a coulé sous les ponts et bien des vagues se sont écrasées sur la côte de la cité balnéaire girondine. C’est donc là que l’anglais a enregistré les 6 chansons intimistes ce Blankets & Pillows EP en compagnie du musicien français Jérôme Copentipy que l’on avait perdu de vue depuis sa participation à l’excellent Contemporary Is Temporary de Beat Mark. 6 chansons de l’intime présentées dans leur plus simple appareil, sans artifice, sans souci de perfection technique qui viendrait parasiter cette émotion de l’immédiateté. Celui qui se nomme lui-même «the singer» s’avère ici particulièrement touchant, comme quand il évoque par exemple ses difficultés d’adaption à sa nouvelle vie, lui pour toujours le «weird rosbeef», sauf peut-être au yeux de son facteur tout aussi rêveur et fou de musique (Ballad Of The French Postman). L’automne arrivera bien vite avec ses premières tempêtes océaniques qui viendront de nouveau fragiliser la côte de Lacanau et il sera bien temps de se blottir devant le poêle, sous les couvertures adossé à un bon oreiller.
Restera alors à Too Good To Be True 3 dernières étapes à franchir pour réussir son pari. La prochaine est connue et, c’est peu de le dire, attendue. Indice, elle nous ramènera bien loin, sur les rives du détroit de Mallaca. Rendez-vous d’ici quelques semaines.
02. Ohh
03. Solutions
04. Haze
02. Summertime
03. Saint
04. Soundwaves
05. Suburbia
06. Swansong
02. I’m Sorry I Accidentally Broke Your Heart
03. The Names And The Places
04. Ballad Of The French Postman
05. Perfect Blue
06. Cold Blankets

