Chansons d’hiver (pour paumé solitaire) : la playlist de fêtes de Stick

Stick - Chansons d'hiver (pour paumé solitaire)On arrive à ma saison préférée pour écouter du son. J’ai concocté une playlist spéciale pour celles et ceux qui écoutent de la musique au casque, de préférence quand la nuit est déjà tombée depuis un petit moment, que les gens sont pressés de rentrer chez eux, et que les lampadaires et autres néons se reflètent sur le béton mouillé. C’est dans ces moments-là que je préfère le son : quand je marche dans la rue, dans les transports avec la tronche contre la vitre du bus ou dans la voiture, côté passager avec la ville qui défile.” Stick, auteur de Stick & Swed, Doom- Bap et ici en interview

 

Living Legends– Never Fallin’ 

Ça fait 20 ans que je me dis que si un jour je fais un film il s’ouvrira avec ce morceau. Je sais pas pourquoi ces quelques notes me téléportent directement dans une ambiance particulière, plus qu’aucun autre son. Je suis pourtant pas un grand fan de l’album d’où est tiré ce track qui est sans hésitation le meilleur morceau du projet, ni un fervent connaisseur des Living Legends mais ce son-là fait partie de mes favoris. Du coup, à défaut d’avoir réussi à faire un film, il ouvrira au moins cette playlist spéciale hiver pour vous mettre dans l’ambiance.

French Montana Salam Alaykum

Avec cet extrait de son double album sobrement intitulé MONTANA paru en 2019, le plus français des rappeurs cainris m’avait mis une grosse claque. Loin des gros hits que l’on peut retrouver dans ce projet (le fameux No Stylist en feat. avec Drake ou encore Writing On The Wall avec Post Malone et Cardi B), ce morceau proche du cloud rap t’embarque directement au dessus des buildings New-yorkais, en pleine montée de molly. En vrai un featuring PNL aurait pu fonctionner à merveille sur ce son quand j’y pense !  La première fois que je l’ai entendu j’étais en bagnole avec Goune quand on était en pleine élaboration de l’album dAMEbLANCHE, et c’était l’hiver. C’est assez pour rentrer dans cette playlist. Pour les oreilles curieuses l’album entier est plutôt bien foutu, on passe du gros banger calibré pour les clubs aux sons (vraiment) old school en passant par quelques prods d’ Harry Fraud dont je reparle dans quelques titres.

Marilyn MansonLamb of God

Extrait de HOLY WOOD, qui est pour moi le meilleur album de l’ancien gendre de Chantal Lauby (on oublie trop souvent de le rappeler), ce morceau est sûrement mon préféré du Roi des ténèbres (qui fait que je ne suis que Prince).

Instrumentalement parlant on est très loin des Cake and Sodomy et autres Rock is Dead qui ont aussi fait sa renommée, ici on est presque sur une prod hip-hop avec ce beat qui aurait pu être tapé sur une MPC (c’est peut-être le cas d’ailleurs, j’ai pas enquété). En vrai j’aurais pu aussi bien mettre un Coma Black ou The Nobodies du même album, mais pour rester dans la thématique de l’hiver ce Lamb of God est juste parfait.

Ce projet est un énorme classique à mes yeux, que je lie intimement au Slim Shady LP d’Eminem (dont je parlerai plus bas) et que je me ré-écoute régulièrement. Je pense que sans ces 2 albums je ne ferais pas du tout la musique que je fais et que je serais VRAIMENT qu’ un MC de plus (ce que je ne suis pas, évidemment, sinon SBO ne m’accorderait pas une playlist de l’hiver bande de gueux !).

Pour en revenir au son, il suffit d’écouter les premières secondes pour être de suite plongé dans l’ambiance. Avec sa plus belle voix des enfers Manson nous bombarde d’images (“There was Christ in a metal chain…”) et vient nous rappeler que même les agneaux de Dieu ne changeront pas le monde. Amen.

Lloyd BanksDeath by design 

Lloyd Banks c’est le rescapé de l’ère G-UNIT, le crew qu’il formait avec 50 Cent et Tony Yayo. Au milieu des années 2000 ils avaient vraiment imposé une espèce de suprématie dans le HIP-HOP US, t’avais pas un magazine rap qui ne parlait pas d’eux, pas une seule journée voire une seule heure sans 1 son estampillé G-UNIT à la radio ou à la TV. Y’avait même des sapes, un partenariat avec Reebok (j’avais moi-même 2 paires de pompe de leur collec’, très largement inspirée de la Air Force One de Nike…mais 2 fois moins cher !) et j’en passe. Avec la “chute” rapologique de Fifty à la fin de cette décennie, le crew est lui aussi tombé un peu en désuétude, malgré quelques apparitions intéressantes et une compilation The Kanan Tape sortie en 2016 qui contenait quelques tueries comme Too Rich For The Bitch ou I’m the man et sa prod devenue un classique.

Mais de son côté, une fois la fame passée, le Banks à continuer de faire ce qu’il savait le mieux faire : kicker ! Un des projets que j’ai le plus saigné ces dernières années c’est une mixtape gratuite qu’il avait envoyé sur YouTube : AON/LIU est qui est une véritable tuerie. Cette année il a balancé l’album The Course of inevitable et j’ai trouvé ce titre incroyable. Ça pue New-York, y’a un côté crasseux et la voix rocailleuse de LLOYD t’emmène direct vers un sombre corner du Queens. Beaucoup de gens de ma génération ont lâché le rap US pensant qu’il n’y a plus que de la trap ou des hits pop à la DJ Khaled, mais y’a énormément de gros sons dans ce genre qui continuent de se faire et l’album d’où est tiré ce titre en est la preuve.

Droogz Brigade feat. Little Vic Sonatine d’Hiver

Impossible de ne pas mettre CE morceau dans une playlist qui porte un nom pareil ! Évidemment, ça peut paraître pas super objectif puisque c’est un son de mes frérots de la Droogz Brigade, mais pour ma défense sachez que je saignais ce son AVANT de les connaître. Enfin, j’avais déjà croisé Al’Tarba plusieurs fois mais je ne savais pas qu’il faisait des prods, pour moi c’était juste Jules, le pote d’un pote d’un pote… A mes yeux ce titre est un énorme classique, dans mon TOP 10 rap français tous genres confondus et je ne comprend pas pourquoi il n’est pas reconnu en tant que tel… Dedans on retrouve toute l’essence de ce qui fait la Droogz en quelques phases : l’entrée écorchée d’ Al’Tarba entre rage et nostalgie (“J’avais des rêves ouais des rêves et de l’espoir à l’époque, maintenant déréglé on dérive mais j’sais qu’il restera les potes”), la puissance technique de Sad Vicious avec la phase qui illustre la traduction de son blaze opposant le côté triste au côté vicieux (“On s’laisse aspirer dans un trou noir cela m’attriste , ils sont mal huilés donc j’pars pisser sur les rouages de la matrice“) la poésie perchée de Rhama Le Singe qui en 3 secondes est capable de nous parler d’apocalypse, d’espoirs vains et nous ramener en enfance avec une simple phrase (“J’ai peur qu’le ciel me tombe dessus j’écris des lettres à Dieu, nos capuches sont en carton, ça m’rappelle que je balançait des cartouches d’encre au plafond“) et l’émotion qui se cache derrière la grosse voix de STAFF L’Instable (“Le passé est en moi, ces racines sont bien ancrées , ma mère à cousu la mémoire avec le fil de mes pensés“). Sans oublier l’ incroyable phase choc d’Herken  : “Des fois j’aimerais bien que Dieu existe pour pouvoir le traiter d’gros con!“. Tout y est ! Même la fameux “Dac! Dac !” en réponse au “Right ! Right !” de Little Vic, rappeur New-Yorkais invité en feat sur ce titre. Et puis cette prod, tout simplement magnifique. Quoi ? J’suis toujours pas objectif ? Beh écoute…

Eminem If I Had

J’ai longtemps hésité entre ce titre et Rock Bottom pour cette playlist mais au final c’est ce If I Had qui l’a emporté, déjà parce que c’est rare d’entendre Em’ sur ce genre de beat, ensuite parce qu’il colle bien aux errances nocturnes hivernales et aussi parce que c’est un morceau qui m’a énormément inspiré (j’ai d’ailleurs pompé le concept du son dans un vieux morceau que je vous laisse le plaisir de chercher dans les limbes de mon YouTube). Cet album est l’un de mes préférés d’Eminem, à qui les prods des frères Jeff et Marc Bass collaient à la peau peut-être plus que celles de DRE himself. Comme pour le HOLY WOOD de Manson, ce disque fait partie de mes classiques, de ceux que je suis obligé d’écouter au moins une fois par an. Le morceau en question parle de lui-même et nous donne l’occasion d’entendre un Eminem encore pauvre (c’est le dernier album où il le sera) rapper avec la faim au ventre. Si vous ne connaissez pas cet album (ou peu, puisque vous avez forcément entendu My Name Is) je ne peux que vous conseiller de vous replonger dedans, comme dans la cuve du clip de Role Model.

Benny The Butcher Survivor’s Remorse feat Rick Hyde

Benny The Butcher est l’une des figures de proue du groupe/label Griselda avec Conway The Machine et Westside Gunn (même s’il roule aussi pour son propre collectif, Black Soprano Family, qu’on assimile largement au “son” Griselda). Pour résumer très rapidement c’est un peu ce qui se fait de mieux en hip-hop américain depuis ces dernières années. Comme je disais ci-dessus, pour les gens de ma génération qui ont lâché le rap US, si vous êtes nostalgiques des ambiances sales à la Wu Tang, des gros samples de soul et du gros kickage en règle précipitez-vous sur l’équipe Griselda sans hésiter ! Leur catalogue est impressionnant, y’a des mixtapes dans tout les sens, des albums, et des featurings de partout… Personnellement j’ai mis du temps à me les prendre -je suis toujours en décalage par rapport aux nouvelles tendances- mais mes collègues Goune et Bazoo étaient déjà à fond de ça quand on faisait l’album de Salfrom alors que moi j’en étais à peine à apprécier la trap. Sad Vicious de le Droogz Brigade est lui aussi un gros féru de toute cette équipe et de leur entourage respectifs. Ce morceau de Benny The Butcher est sorti cette année sur le projet The Plug I met II entièrement produit par Hary Fraud, un des beatmakers ricains les plus chauds de ces dernières années. Le titre parle de lui-même et met en exergue le “syndrôme du survivant” que ressentent Benny et Rck Hyde envers leur potes écroués. Une grosse claque.

Cardi B Thru The Phone

Pour l’auditeur de rap indé lambda, Cardi B c’est un peu l’antéchrist, l’opposé total d’une Keny Arkana. En France on la voit plus souvent dans les rubriques people à 2 balles dans Quotidien que dans des reportages sur TRACKS ou invité dans TARATATA, et à la radio on a matraqué ses gros hits assez souvent pour saouler l’auditeur (vous me direz c’est un peu le cas de tout les rappeurs US en France. Vous aviez déjà vu un reportage consacré à Travis Scott sur la TNT ? Je veux dire, pour parler d’un album, pas des morts du festival Astroworld ? C’est bien ce que je pensais, continuons). C’est donc avec beaucoup de facilité qu’on pourrait la résumer à une pétasse/ rappeuse/millionnaire/ excentrique qui twerke. Okay. Mais écoutez les feats qu’elle a pu faire avec G-Easy ou comment elle a plié son mec (Offset) sur son propre album à lui et oubliez la meuf au gros cul. Ça kick ou pas ? Oui, indéniablement. Et maintenant écoutez ce Thru Your Phone en continuant votre promenade dans la nuit glacée. On y est. Extrait de son album Invasion Of Privacy, ce morceau est le plus intimiste du projet et nous ramène directement aux côté d’une jeune Cardi, encore loin de la vie de star qu’elle mène aujourd’hui.

Jedi Mind Tricks feat. Planetary I Against I

Classique parmi les classiques, ce titre est sûrement le morceau le plus emblématique d’un de mes groupes référence : Jedi Mind Tricks. La prod de Stoupe est juste magique et nous plonge dans les rues de Phily dès la 1ère mesure. L’album Violent By Design dont il est extrait est une pure merveille, un chef-d’œuvre du rap US indépendant dont on ne parle jamais sur les gros médias rap en France (si ça existe réellement). Mélancolique à souhait, c’est dans ce registre-là que je préfère JMT même si j’ai évidemment kiffé les sons plus “guerriers” qu’ils ont pu faire tout au long de leur discographie, mais dont je me suis lassé avec le temps, alors que je pourrais continuer d’écouter des I Against I I indéfiniment. Si vous ne connaissez pas du tout ce groupe je vous conseille principalement cet album, Legacy of Blood qui contient aussi de belles pépites et Servants in Heaven, Kings in Hell. Puis après vous pourrez enchainer sur les albums de Non-Phixion, Ill Bill ou autre CunninLynguists dans le même registre.

Nick Cave and the Bad Seeds O’Children

Je suis pas un grand spécialiste de Nick Cave et certains lecteurs de Sun Burns Out seront sûrement plus experts que moi en la matière. Je l’ai découvert comme beaucoup de gens sur la B.O de Scream premier du nom avec son morceau le plus connu, celui qui sert maintenant de générique à Peak Blinders, sans pour autant me pencher d’avantage sur la discographie du bonhomme. Quand à ce titre O’Children je l’ai découvert en regardant… Harry Potter ! Car ouais, il fait partie de la B.O de la 1ère partie des Reliques de la mort, le dernier film de la saga, dont je suis un grand fan. J’ai jamais vraiment compris de quoi parle cette chanson mais y’a des phases mortelles dedans (le “pass me this lovely little gun my dear” est incroyable) et l’émotion qu’elle me procure en l’écoutant m’ont suffi à la classer parmi mes chansons préférées tous genres confondus. Et l’hiver elle est encore mieux. Bonne dégustation les enfants.

Snak The Ripper – Forgotten

 Dans le genre white trash rapper, voici le king du Canada côté anglophone. Pour caricaturer, Snak The Ripper c’est Eminem qui n’aurait pas été une popstar internationale. On y retrouve les mêmes ingrédients, la même folie, les mêmes émotions parfois, sans le côté ultra-pop ou stadium music dans lequel Eminem est tombé avec Recovery. Donc pour tout les fans déçus du blondinet qui ne sauraient pas quoi se mettre sous la dent depuis RELAPSE, vous pouvez écouter SNAK les yeux fermés! Flow nasillards, grosses punchlines, belles mélodies et lyrics soignées, le mec est très chaud et n’est pas juste une pale copie du rappeur de Détroit. En général ces albums sont très bons et contiennent toujours 2 ou 3 pépites que je peux m’écouter en boucle, mais j’ai choisi ce Forgotten parce que c’est le 1er morceau de lui que j’ai découvert et qui m’avait mis une vraie baffe avec cette prod adaptée à la saison des arbres morts.

BEN PLG Cœur Propre et Mains Sales 

Ce jeune Boug talentueux fait parler de lui en ce moment avec la sortie de son album Parcours accidenté qui est une vraie réussite. Pour ma part je l’ai découvert l’an dernier au moment de la sortie de ce morceau dont le piano me hante encore. Ben PLG pour moi c’est un peu SCH qui aurait remplacé le côté mafieux par le prolétariat : la même écriture dense et (très) riche, beaucoup de phrases imagées et des techniques vocales irréprochable, aussi bien quand il kicke que quand il s’essaye aux refrains plus mélodieux. Intro de son projet Dans Nos Yeux, ce titre commence très fort avec cette simple phrase : “J’veux plus sentir l’odeur du beurre demi-sel sur des coquillettes, cœur froid comme les larmes d’une mère sur paupière“. Bang. En une phase le mec m’a mis dans sa poche, j’suis dans une cuisine étroite de Dunkerque à décoller l’emballage vert et or d’une plaquette de beurre de Carrefour pendant qu’une daronne en chemise de nuit fume une clope en regardant la télé sans vraiment la regarder. Le rap de Ben PLG c’est le scénario d’un film de Ken Loach  qui serait réalisé par Zack Snyder. Dedans il y a tout ce que les vieux puristes aiment : rap, grosse plume et vraies thématiques. Mais dedans il y a aussi tout ce que les vieux puristes détestent : trap, autotune, parfois un peu de zumba. Le coeur propre et les mains sales. Tout ce qui faut pour me plaire.

Meek Mill 1942 Flows

A titre personnel, ce track est pour moi LE chef-d’œuvre de Meek Mill, extrait de son très bon album Win & Losses. La puissance du morceau prend tout son sens en visionnant le clip qui montre Mill dans son ancienne vie au milieu de ce qui s’apparente à une crackhouse, dans sa nouvelle vie de millionnaire et des images d’archives qui relatent le parcours judiciaire chaotique du rappeur. En liberté conditionnelle depuis 10 ans le bonhomme, il est dans le collimateur d’une juge qui lui collera 4 ans dont 2 fermes… pour une levette en bécane! Revenant sur son incarcération injuste la vidéo  montre l’immense soutien que le Dream Chaser a reçu de ses fans (le #FREEMEEKMILL n’a échapé à aucune hip-hop heads en cette période), de quelques figures emblématique du Hip-Hop et de sa ville Philadelphie. D’ailleurs à l’image du personnage de fiction le plus emblématique de cette ville, Rocky Balboa, le rap de Meek Mill est un must de la motivation music, comprenez le son qu’on écoute dans les vestiaires avant les grands matchs ou dans les salles de sport, prônant le dépassement de soi et décrivant le combat perpétuel qu’est la vie. Si beaucoup de morceaux du MC sont de cet acabit, ce 1942 Flows tend plus sur la corde sensible que le reste de son œuvre, avec ces cuivres et ces petites notes de pianos hivernales qui contrastent avec ce beat de compétiteur qui colle à l’enfant de Phily.

City Morgue – Peeling Scabs

Dernier morceau de leur album City Morgue Vol. 2: As Good As Dead, ce très bon PeelingScabs montre le côté plus “sensible” des deux déjantés Sosmula et ZillaKami, qui sont d’habitude beaucoup plus énervés. Ces gars-là font clairement le genre de son auquel je me buterais si j’étais un ado en 2021, maintenant qu’on a le droit d’aimer ET le rap ET le rock (ce qui n’était pas trop  le cas à mon époque, mes aïeux). Beaucoup de bonnes choses à écouter dans cette génération de rappeurs qui s’affranchissent des codes et ont créé une vraie école à part entière : en vrac on notera Suicideboys, Ghostemane, SCXRLXRD, ou encore le défunt Lil Peep qui avait un registre plus pop. En France on reste comme d’hab’ timide dans ce genre (niveau grand public bien entendu) même si quelques groupes émergent ci et là et commencent à se créer une petite fanbase, comme Train Fantôme ou encore Deathskor. Et pour promouvoir un peu les copains, chez CMF le frérot Shaoz du groupe les Autres est très très bon dans ce registre. Et ça tombe bien, le prochain son est de lui (corporate).

SHAOZ  (les Autres)Freestyle Poubelle #21

Bon là aussi j’suis pas super objectif, Shaoz c’est le poto et son groupe les autres qu’il forme avec Chriki et Misiek c’est la dernière signature de mon label CMF-Records. Le premier à m’avoir parlé d’eux c’est DeZordre (autre membre du label) et j’ai pris une vraie claque en découvrant leur Freestyles Poubelle dont est extrait ce morceau. Chaque semaine, ils ont balancé un nouveau clip (pendant 30 semaines d’affilés!) avec à chaque fois une mise en scène différente, une idée nouvelle tout en gardant le fil rouge du coffre (la fameuse poubelle) contenant des textes qu’on vient piocher de temps à autre. On suit les aventures de ces 3 types à travers ces freestyles qui se regardent comme une série, comprenant petit à petit les caractères de chacun à travers leur musique  qui pose les bases d’un univers à part entière. Truffé d’humour méta, on ira jusqu’à se rendre compte que le coffre en question peut penser par lui-même et est limite omnipotent… Pour moi c’était du jamais-vu dans le rap français et au même titre que Sonatine d’hiver des Droogz je ne comprends pas comment un concept pareil avec des sons aussi qualitatif n’a pas fait plus de bruit. Ok, j’me suis dit ces mecs-là sont bien barrés et ils sont dans ma ville, il faut qu’on essaie de les faire échouer comme nous ! J’ai choisi ce 21ème freestyle parce que la prod colle au thème et qu’il n’y a quasiment pas de mise en scène : Shaoz est arraché pour de vrai et déambule dans ces rues où j’ai déambulé aussi arraché. Le morceau est entre nostalgie, provocation et violence gratuite mais il s’en dégage une immense mélancolie. De celle que l’on trouve dans les fonds de bouteille et dans les rues de ma ville, quand les lumières de la nuit se reflètent sur le sol mouillé.

The Isley Brothers Ohio / Machine Gun 

Pour conclure cette balade hivernale, j’ai choisi cet incroyable mash-up avant l’heure des morceaux Ohio de Neil Youg et Machine Gun de Jimi Hendrix Hendrix par les Isley Brothers. Le titre de Neil Young, écrit en réaction à une fusillade ayant eu lieu en 1970 à la Kent State University dans l’état éponyme, vient s’opposer à celui du guitariste sous LSD le plus célèbre de tout les temps, qui lui est un pamphlet anti-guerre du Vietnam. Au final pas si opposées, les deux chansons originales se mélangent en un seul et unique son de près de 10 minutes, entre la rage du rock psyché de ces années-là, la caisse claire qui vient nous mitrailler comme la “machine gun” dont il est question et la beauté intemporelle de la soul. C’est Meda, l’homme de l’ombre de CMF (qui réalise la plupart de mes pochettes) qui m’a fait découvrir ce son et son histoire, il y’a une quinzaine d’années. C’est d’ailleurs lui qui m’a fait découvrir la plupart des morceaux soul et autre Motowneries que je connais. Il essaye aussi de me convaincre que le jazz ça tue mais je suis encore bien trop friand de musique débile pour apprécier ça, je crois.

En attendant cette playlist touche à sa fin, la froide promenade est terminée et vous voilà arrivé chez vous. Restez bien au chaud si vous le pouvez, dehors l’hiver reprend ses droits en déployant le manteau de déprime qui va avec. Et si jamais vous arrivez en soirée, ne mettez surtout pas cette playlist. Même si parfois les chansons tristes sont moins déprimantes que leur chants de Noël.

Illustration : SBO Noël d’après logo original

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