Haunted : lorsque Shane MacGowan et Sinéad O’Connor chantaient encore…

Shane MacGowan & Sinéad O'Connor - HauntedOn a coutume de considérer que les fantômes renvoient à un état dont le préalable est d’être mort. Ce n’est pas toujours le cas. Alors que l’on pleurait la semaine dernière la disparition de Sinéad O’Connor, survenue le 26 juillet à 56 ans à son domicile, on apprenait dans une publication Instagram que Shane MacGowan, hospitalisé début juin et passé récemment par la case des soins intensifs, allait de nouveau échapper à la mort. Son épouse, toujours tout sourire et affreusement pimpante, produisait alors une sinistre photo de l’ancien chanteur des Pogues sur son lit de quasi-mort, livide et néanmoins souriant pour remercier les fans pour leur soutien et prétendre que, pour cette fois, les dés étaient retombés du bon côté.

Contrairement à Sinéad O’Connor dont les dernières années auront été artistiquement bien remplies (avec de très beaux et émouvants concerts donnés un peu partout), MacGowan n’est plus présent dans les médias depuis longtemps qu’à travers ces bulletins réguliers de (mauvaise) santé. Toutes les rédactions du monde ont depuis bien longtemps préparé son billet d’adieu comme s’il s’agissait d’un pape octogénaire alors que l’Irlandais n’a que 65 ans. C’est dire si l’on croit à sa longévité.

La nouvelle simultanée du « rétablissement »/survie de MacGowan et de la disparition d’O’Connor, une fois (deux fois, trois fois) réécoutée Nothing Compares To You (dont on reparlera bientôt dans nos chansons culte), nous a ramené naturellement à ce qui reste l’un des plus beaux duos homme/femme de l’ère moderne : la reprise du Haunted de The Pogues par les deux moribonds/trépassés.

La version originale du morceau date de 1986. Elle est coincée dans la chronologie des singles de The Pogues entre Dirty Town et The Irish Rover, ce qui en dit long sur le niveau auquel évoluent alors MacGowan et son groupe. C’est une chanson estivale parfaite, chantée à deux voix par MacGowan et la sublime Cait O’Riordan, bassiste des débuts du groupe et voix de complément sur les deux premiers albums qui finira peu après mariée à Elvis Costello qu’elle rencontre en 1985. La version de 1986 est beaucoup moins subtile et repose beaucoup plus sur la puissance vocale d’O’Riordan (dont ce n’est pas, selon nous, la meilleure performance) que celle qui sera enregistrée près de dix ans plus tard (en 1995) avec Sinead O’Connor.

La version O’Riordan se trouve également intégrée à la BO du film Sid and Nancy (pour laquelle elle a été écrite), dans lequel Gary Oldman incarne de manière très inspirée la tragique destinée de Sid Vicious, le vilain petit canard junky des Sex Pistols. O’Connor choisit d’interpréter Haunted en douceur. L’accompagnement est beaucoup plus mainstream et FM que sur la première version mais les deux vocalistes sont à leur meilleur. MacGowan maîtrise à la perfection chaque craquement de sa voix, chaque intonation, singeant d’assez près le rôle mi-séducteur mi-déglingué qu’il tenait sur Fairtytale of New York. O’Connor qui a signé l’année précédente avec Universal Mother, son quatrième album, sur lequel figure le tube Fire On Babylon, est au zénith de sa carrière de chanteuse. Ses contributions à divers projets (la BO d’Au Nom du Père entre Gavin Friday et Bono, notamment) sont sublimes au point qu’ils réussissent, MacGowan et elle, à rendre écoutable cet inoubliable The Wild Rover servi par les plaisantins de Soldat Louis.

Haunted est d’une autre dimension. Le texte est fabuleux et l’interprétation indépassable. Le principal ressort de la chanson est d’hésiter entre la tristesse et l’allégresse, entre le réalisme et le fantomatique. C’est dans ce double jeu de tensions et de dispersion que se noue la séduction du titre, universel et bizarrement indéchiffrable.

Do you remember that sunny day?
Somewhere in London
In the middle of nowhere
Didn’t have nothing to do that day
Didn’t wanna do nothing anyway
You got a way of walking
You got a way of talking
And there’s something about you
And now I know I never ever
Want to be without you
I want to be haunted by the ghost
I want to be haunted by the ghost
I want to be haunted by the ghost
I want to be haunted by the ghost
Of your precious love
Of your precious love
The first time I saw you
Standing in the street
You were so cool
You could have put out Vietnam
My girlfriends ask me, what’s he like
I say, he’s kind of shy,
But that’s the kind of girl I am
He’s my kind of guy
I want to be haunted by the ghost
I want to be haunted by the ghost
I want to be haunted by the ghost
I want to be haunted by the ghost
Of your precious love
Of your precious love
I’ll build my world around you
I’ll bless the day that I found you
I’ll stand beside you, I’ll never leave
Or tell you all those lies
That you’d never believe

Cette interview promotionnelle qui réunissait MacGowan et O’Connor à la télévision irlandaise est une merveille, notamment autour de la 3ème minute, lorsque les deux héros irlandais devisent sur leur rapport à la mort et évoquent leurs angoisses. Le fantôme passe derrière eux deux en se fendant la pêche. Près de 30 ans après, les positions ont changé : la beauté et la jeunesse ont foutu le camp mais on ne sait toujours pas qui est vivant et qui est mort. On sourit lorsque MacGowan se compare à Morrissey (6’58) et on verse une petite larme de voir qu’O’Connor est aussi peu sollicitée par le journaliste et juste interrogée sur les immenses qualités de son partenaire. Histoire d’une vie…R.I.P.

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