Porridge Radio, ou l’art magistral de s’effacer avec éclat. C’est avec un set entre tourments et éblouissements que le quatuor de Dana Margolin est récemment venu se produire à l’Antipode. Cette date prenait d’ailleurs une saveur toute particulière pour la salle rennaise, puisque Porridge Radio était de retour dans les lieux quatre ans après avoir eu l’honneur d’inaugurer le club, ce qui nous ramène en novembre 2021. Le groupe ayant récemment annoncé sa volonté de couper court à l’aventure, avec une dissolution qui interviendra une fois leurs engagements acquittés, fin 2025, il ne pouvait donc y avoir plus belle manière de venir saluer une dernière fois le public rennais que de revenir jouer à l’Antipode, cette fois en tête d’affiche et dans la grande salle.

Our Girl – Antipode (Rennes, 2025)
Pour ouvrir la soirée, l’Antipode nous proposait tout d’abord un double plateau, composé de Our Girl et Friedberg. En guise de Our girl c’est finalement sa chanteuse et guitariste, Soph Nathan, en solo voix-guitare, qui était présente, puisque les deux autres membres du trio étaient malheureusement absents. C’est donc à une prestation dépouillée qu’il nous a été donné d’apprécier. Une ouverture aussi plaisante qu’agréable, quoique sans véritable surprise ni frisson. Par vagues d’étalements vaporeux et de débordements énergisants nous parviennent les échos lointains de certaines productions pop, agrémentées de shoegaze. Ce bref set n’est pas sans évoquer certains échos des meilleures artistes féminines de l’écurie 4AD du milieu des années 1990. Autant dire que le potentiel a de quoi interpeller. Cette poignée de titre, s’avère une mise en bouche tout à fait recommandable, bien que l’on reste un peu frustré de n’avoir pu gouter ces titres dans leur forme la plus aboutie.

Friedberg – Antipode (Rennes, 2025)
Une frustration que les quatre filles de Friedberg se sont ensuite chargées de dissiper en électrisant joyeusement la soirée. Ce quatuor, hyper vitaminé et haut en couleur, semble monté sur des ressorts. Anna Wappel, et ses trois comparses nous assènent leurs petits brulots. À coup de guitares, tenues par Emily Linden, la formation joue alternativement sur l’abrasif et le sautillant, toujours portée par des rythmiques imparables, produisant de potentiels hymnes electro-pop. La formule est aussi sensuelle que délicieusement provocatrice. Les quatre filles cultivent avec une certaine délectation un gout de la fusion des genres. L’usage des apparats aux couleurs fluo et acidulés, le cuir rutilant, les motifs fourrure de grands fauves, le strass et les paillettes, tout comme celui du costard cravate surdimensionné semblent ici s’imposer comme une évidence, en écho aux rythmes, mariant pop-rock aux timbres exotiques, portés par des percussions aux timbres variés. Cowbells et autres percussions festives parcourent les morceaux comme un marqueur ouvertement revendiqué. Cette musique s’impose comme l’affirmation d’un « empowerment » féminin qui passe par bien plus que l’apparence vestimentaire et la culture physique superficielle. Autant de traits qu’elles s’appliquent d’ailleurs à tourner en dérision dans le clip du titre Hardcore workout queen. Avec de telles prestations, les quatre musiciennes de Friedberg pourraient bien être aux prochaines années ce que furent les B-52’s aux années 1980, ou Le Tigre et The Go! Team au début des années 2000, c’est-à-dire à la fois le carburant et le comburant parfait pour tout dance-floor qui se respecte.

Porridge Radio – Antipode (Rennes, 2025)
En tête d’affiche, la formation portée par Dana Margolin confirme tout le bien que nous avions pu penser d’elle à l’occasion de son passage à La Route du Rock en aout 2022. Sur le fond, pas de changement, sur la forme, par contre, c’est le grand renouvellement, avec un line-up entièrement renouvelé. De la formation présente il y a deux ans sur la scène du Fort Saint-Père, seule subsiste Dana Margolin, ce qui permet de dissiper toute forme de doute et d’apporter la preuve, s’il en fallait une, que Porridge radio est bien le projet de Dana Margolin. Elle seule mène ce quatuor mixte, armée de sa voie et de sa guitare, mue par une énergie communicative et portée par un magnétisme heureux.
Sa voix joue de registres lancinants et susurrés évoluant vers des états de tensions viscérales et libératoires. Puis, portée par un phrasé martial et incantatoire, elle retombe dans des implorations habitées par une légère fêlure, comme un trémolo cabossé à la limite du chevrotement. Le propos est au dévoilement, à la déchirure, toujours d’une honnêteté à la limite de l’impudeur. Épaulée par des cœurs aux échos lointains, les éclats tempétueux, les envols caracolant ou les explosions soudaines et parfaitement mesurées, s’appuient sur des lignes de claviers entêtantes, parfois presque enfantines, aux sonorités cristallines malmenées.
La performance scénique est accompagnée d’un film d’animation minimaliste, projeté en fond de scène. Réalisés à partir de grattages, les motifs blancs sur fond noir oscillent entre abstractions et figurations naïves. Leurs traits virevoltants se déploient dans l’arrière-plan et semblent parfois donner des ailes aux musiciens. La formation actuelle de Porridge Radio joue d’une très belle dynamique, notamment grâce à la présence de Dan Hutchins. Avec sa basse Hofner et, détail non négligeable, son tee-shirt à l’effigie de l’acteur Bengt Ekerot, dans son incarnation de la figure de la mort dans le film le Septième sceau, chef-d’œuvre de Ingmar Bergman, ce garçon affiche ainsi des goûts très surs appuyés par une belle présence scénique.
À travers les 16 titres interprétés, qui puisent dans la discographie récente du groupe, avec notamment la quasi-totalité du contenu de l’album Clouds in the sky they will always be there for me et une bonne part du récent Ep The Machine starts to sing. Dana Margolin est parvenue à conquérir la salle de l’Antipode et à confirmer, avec cette brève carrière aux commandes de Porridge radio, qu’elle possède l’étoffe de certaines grandes figures tutélaires, ce qui nous amène évidemment à regretter de la voir quitter si vite la scène.
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