A vrai dire, on n’a jamais trop compris pourquoi les bilans musicaux avaient tendance à paraitre dès la fin du mois de novembre, comme si décembre n’était qu’un mois « bonus » essentiellement consacré au garnissage de la hotte, y compris de bon disques, c’est vrai. Alors comme janvier est le mois des vœux jusqu’au 31, on en fait aussi le mois du bilan 2025 ; bilan que l’on a décidé de partager cette année avec quelques acteurs/actrice du milieu. C’est que si la musique a beau se consommer de plus en plus en circuit court, directement du producteur au consommateur, il n’en demeure pas moins qu’elle reste un écosystème complet et complexe où de nombreux rôles intermédiaires trouvent encore toute leur place au service des artistes et de celles et ceux qui les écoutent. Retour sur 2025 (et plus parfois) avec quelques uns de ces maillons encore indispensables qui feront aussi 2026.
Dans l’ordre : Fandor (chanteur) | Tom Picton (label Howlin Banana Records) | Emmanuel Foricher (label Too Good To Be True) | Anoussa Chea (attachée de presse) | Christophe Mevel (Bad Seeds Recordshop à Brest)

Laurent Barnaud plus connus sous le nom de Fandor depuis 30 ans est sans doute le bordelais le plus souple des bords de Garonne, faisant immuablement le grand écart d’un bout à l’autre de la chaine. Inlassable musicien qui ne cesse d’écrire et de publier ses propres disques, il a sorti cet année OVNI, un très joli album d’amour avec sa compagne Cath et chante sur le nouvel album de Cecil Dijoux, son fidèle guitariste qui vient de sortir ses Chansons Du Monde Englouti sous le nom de Supernormal. Mais il est aussi un fan invétéré de musique et de disques garnissant ses étagères bien remplies, entre valeurs sûres et soif de découvertes, particulièrement lorsqu’il s’agit de l’intarissable vivier bordelais.
5 disques bordelais de tous les temps
Gamine – Voilà Les Anges
Dans les 90’s sur Bordeaux, il y avait la team rock et la team pop… J’étais clairement de la team pop avec ce coup de poing incroyable pour ce premier disque aux guitares carillonnantes qui sonnait comme du Echo And The Bunnymen !!!
Kid Pharaon – Hands
Un disque aux mélodies pop accrocheuses bercé par une classe ultime.
Kim – Our Dolly Lady Lane In Mk Land
Ce n’est pas parce que ce garçon a joué dans Fandor que je l’ai choisi… mais ce disque est juste un manifeste d’indie pop bricolée et tubesque !
Pull – The Prawn Clown
Un grand disque aux petites chansons slaker. Un disque que Pavement aurait pu écrire. Écoutez le titre Symetric ballons Une indie pop song qui reste dans votre tête à jamais ! Là aussi on est dans le copinage…
Opinion – Horrible
Un surdoué qui s’appelle Hugo nous sort un disque enregistré en 2 temps 3 mouvements. Un album qui dépasse la noisy pop et le shoegaze, avec bien entendu des mélodies imparables. A écouter très fort pour faire trembler les murs de votre maison : Le Loveless bordelais, ni plus ni moins ! Le titre Hyperglam est aussi énorme qu’un certain tube de Nirvana !
5 disques pour 2025
The Divine Comedy – Rainy Sunday Afternoon
J’entretiens un lien quasi fraternel avec cet artiste. Sa musique me berce et me rassure, en plus, ses albums s’apprécient sur le long terme.
Pulp – More
La pop anglaise avec ce don d’écriture si drôle et mélancolique à la fois.
The Cords – The Cords
Des pop songs légèrement pop garages et sixties au charme immédiat et désarmant.
Paul Félix – Going To Limoges
Que dire de ce garçon avec qui j’ai eu la chance de partager une scène cette année ? Un talent fou pour les mélodies et une voix intacte.
La Reine Garçon – Tout Renaitra Différente
Un couple que je connais un peu dans la vraie vie. Une vraie leçon de vie à prendre en exemple et des chansons belles à pleurer.
Tom Picton a été de longues années programmateur de feu-L’International, l’excellente salle parisienne tombée au front sous les assauts des normes et autres réglementations indispensables mais difficile à assumer pour un petit établissement indépendant. C’est à présent au Chinois à Montreuil qu’il a rebondi, temps qu’il partage avec son infatigable activité de manager de l’un des plus actifs et intéressants label de l’héxagone, Howlin’ Banana. Spoiler : ça n’est pas en 2026 que ça va s’arrêter.
5 plus belles découvertes live à l’International et maintenant au Chinois
Geese
Les groupe venait tout juste de sortir Projector quand on les a fait jouer à l’inter, en novembre 2021. Je me souviens d’avoir été frappé par le charisme de Cameron Winter sur scène, qui contrastait complètement avec la timidité du groupe à leur arrivée dans la salle. Super concert et l’un de mes premiers souvenirs marquants à l’inter.
Model/Actriz
Peut-être ma plus grosse claque à l’inter. J’aimais déjà beaucoup le premier album, dont le mélange de post-punk et indus fonctionne à merveille, mais en live c’est encore autre chose, très puissant et prenant.
Syndrome 81
C’est un groupe qui mettait tout le monde d’accord dans l’équipe à l’inter. J’ai un excellent souvenir de ce concert et de l’ambiance dans la salle, le public était à fond.
Wednesday
J’ai découvert le groupe quand on me l’a proposé pour l’inter, et je suis immédiatement devenu fan, même chose pour le projet solo du guitariste MJ Lenderman. Donc très heureux d’avoir eu la chance de les faire jouer et de les découvrir sur scène dans un cadre intimiste.
Snuggle
Mon concert préféré de ces quelques premiers mois au Chinois. Un duo de bedroom pop danois, leur album Goodbyehouse est vraiment excellent et sur scène c’est encore mieux, dans une formule trio avec un batteur qui apporte un peu plus de pêche aux morceaux.
5 groupes à suivre pour 2026
Damaghead
Un jeune groupe garage de Strasbourg, j’ai eu l’occasion d’écouter des démos d’un premier album à paraître l’an prochain et c’est super prometteur !
Prostitute
On les a accueillis au Chinois pour leur toute première date en Europe, et la salle était blindée ! Ils viennent de signer chez Mute qui va rééditer leur premier album.
Dewey
Je triche un peu puisque c’est un groupe signé sur mon label. Je sors leur premier album en février, c’est super disque, entre shoegaze et indie rock, dans la veine de la nouvelle scène indie américaine, des groupes comme Wishy, Slow Pulp ou Momma, tout ce que j’aime.
Laventure
Ingrid vient de Strasbourg, avec son projet Laventure elle a sorti quelques EPs et singles très chouettes de bedroom pop DIY. J’ai eu la chance de travailler avec elle sur la promo de quelques-uns de ces projets, c’est une super personne, j’aime beaucoup sa vision de la musique. Elle prépare un premier album autoproduit.
Death Crash
Un groupe londonien qu’on fait jouer au Chinois au printemps. Ils préparent la sortie de leur premier album, j’ai eu l’occasion d’écouter quelques titres et c’est vraiment excellent, un groupe à suivre pour les amateurs de slowcore.
Emmanuel Foricher, après des débuts en duo, est désormais seul aux commandes du label Too Good To Be True qui vient d’achever une années 2025 stakhanoviste avec une grosse vingtaine de sorties dont cette incroyable séries de 12 EP (1 par mois) qui a demandé rigueur et inventivité et qui se prépare à vivre une année 2026 qui n’est pas partie pour être de tout repos non plus. On se demande bien d’ailleur quand il se repose puisqu’il est également ce que l’excellent Philippe Dumez décrivait dans son blog qu’il leurs consacrait comme un « écumeur », ces mordus de concerts qui enchainent parfois plusieurs soirs par semaine les salles, en l’occurence parisiennes, brestoises et même d’ailleurs.
5 concerts pour 2025
The Gentle Spring – Paris, 18/05/2025
Une méchante grippe m’a privé de quelques concerts de The Gentle Spring en début d’année, mais j’ai tout de même pu voir le groupe cinq fois sur scène en 2025 et ce fut à chaque fois un plaisir. Difficile de retenir qu’un seul concert, mais je vais choisir celui joué en appartement à Paris au cours duquel trois nouveaux morceaux ont été dévoilés, laissant présager d’un superbe deuxième album.
Miossec – Théâtre de Cornouaille, Quimper, 26/07/2025
J’ai eu l’occasion de voir Miossec en concert à de nombreuses reprises régulièrement tout au long de sa carrière et la formation qui l’accompagne pour cette tournée est, à mon avis, une des meilleures avec lesquelles il a joué sur scène. La relecture dépouillée, mais pas dénuée de tension, de son répertoire fonctionne parfaitement et ce concert à Quimper a été une très bonne surprise ; les deux concerts brestois de fin d’année étaient aussi très bien, mais je savais alors à quoi m’attendre.
Would-Be-Goods – Paris Popfest, Le Hasard Ludique, Paris, 19/09/2025
Le groupe devait jouer en duo au Paris Popfest de 2024, mais le COVID en avait décidé autrement. C’est le groupe complet qui était finalement présent cette année et c’était superbe. De grandes chansons pop interprétées merveilleusement.
Paris Banlieue – Paris Popfest, Le Hasard Ludique, Paris, 20/09/2025
Même si je connaissais quelques morceaux du groupe, je ne savais pas trop à quoi m’attendre sur scène. Tout le concert a été bancal, mais c’est cet équilibre instable qui a rendu le concert passionnant. Je m’attendais à voir la majorité des gens filer vers le bar après deux ou trois morceaux, mais non, la salle était encore pleine à la fin du concert. Je n’avais visiblement pas été le seul à avoir été séduit.
Natasha Penot & Mark Tranmer play the songs of The Montgolfier Brothers – Session à Contre-Jour #9, Fontenay-aux-Roses, 30/11/2025
Les albums de The Montgolfier Brothers font partie des disques préférés et je me demandais vraiment ce que cela pouvait donner avec Natasha à la place de Roger Quigley. Avant le concert, les (petites) craintes qui pouvaient exister avaient immédiatement disparu en regardant la vidéo d’un morceau joué lors d’un des deux concerts précédents. Ce concert, joué dans le salon d’une maison, était magnifique et les larmes n’étaient pas loin de couler à plusieurs occasions. Et cette version de Une Chanson Du Crépuscule, oubliée de la setlist et jouée sans amplification trente minutes après la fin du concert, fantastique.
Pas loin du top 5 :
- The Gentle Spring – Oast Community Centre, 17/01/2025 + Brunswick, Brighton, 18/01/2025 + Betsey Trotwood, Londres, 19/01/2025 + Supersonic, Paris 16/07/2025
- Alain Chamfort – Centre Culturel Les Arcs, 28/02/2025
- Dominique A – Roudour, Saint-Martin-des-Champs, 07/03/2025
- Luke Haines – Life is a Minestrone, Asnière-sur-Seine, 25/04/2025 + Life is a Minestrone, Paris, 26/04/2025
- Róisín Murphy – Days Off, Cité de la Musique, 28/06/2025
- Sparks – Salle Pleyel, 30/06/2025
- Pulp – Route du Rock, Fort de Saint-Père, 15/08/2025
- Maybe Margate – Session à Contre-Jour, Fontenay-aux-Roses, 07/09/2025
- Comet Gain – Paris Popfest, Le Hasard Ludique, 19/09/2025
Infatigable écumeur on vous disait…
Et pour compléter le tout, on vous livre notre petite sélection des 5 (sur 20) meilleures sorties Too Good To Be True pour 2025
Motifs – If This House Was Bigger
Inutile de revenir en long et en large sur la caresse dreampop de l’année, ce magnifique EP enregistré en Islande par des singapouriens inspirés. On vous invite plutôt à jeter un œil sur ce making-of des plus intéressants qui nous plonge dans le processus créatif et sensible du groupe en immersion.
The Lion Constellation – New Moon Rising
Album sorti en fin d’année, on a bien l’intention de vous en dire un peu plus dans les jours à venir ! Restez connectés et profitez en attendant de ce petit teaser.
Blood Knows – Ivy’s Trip
Beach Vacation – Let Go EP
Chevalier Avant-Garde – 5280

Anoussa Chea est attachée de presse, c’est à dire qu’elle a en charge, parfois des semaines avant sa sortie, la promotion d’une oeuvre, cherchant à s’assurer que radios, presse écrite ou webzines auront à cœur de relayer la production, espérant ainsi toucher les lecteurs/auditeurs pour assurer vente ou streaming du EP ou de l’album. Voilà sans doute l’une des professions les plus ingrates du milieu lorsqu’ils s’agit de lancer des centaines de bouteilles à la mer pour ne recevoir généralement en retour qu’un silence pesant. Et puis, parfois, la magie opère et débarque au détour d’un anodin mail promotionnel la bonne surprise voire la découverte de l’année. C’est à elle que l’on doit d’avoir fait entrer dans ces pages la douceur délicate de Morgane Imbeaud ou le rock sensible de Lola Sauvageot ; deux sacrées passes décisives, en attendant les suivantes.
Ses 5 albums 2025
Natalie Bergman – My Home Is Not In This World
C’est en tombant sur la sélection des albums du mois de FIP que j’ai vu qu’elle avait sorti un nouvel album cet été. Il y a toujours ce côté sixties dans sa voix et dans les arrangements que j’aime beaucoup. Je suis allée la voir à La Maroquinerie en septembre, c’était une belle messe collective et apaisante.
Crayon – Home Safe
Un premier album hyper éclectique : du jazz, de l’electro et de nombreuses collaborations (Rhye, Arthur Teboul, Lossapardo…). Chaque titre possède son univers particulier, un peu comme chaque pièce d’une maison au final. Mention spéciale pour Midnight Blues et Kill Your Idols.
Rio Kosta – Unicorn
La découverte de cette année : un mix de Khruangbin, Parcels et Jungle. Un premier album à la fois soul, funk et groovy. J’ai adoré Save My Soul que j’ai écouté en boucle.
Alma Este – Welcoming The Maze
Album découvert un peu par hasard. Ici, pas besoin d’en faire des tonnes dans la production ou dans la voix pour faire passer les émotions. On se retrouve très vite happé dans un cocon de mélancolie et de douceur ; la ritournelle Summer Heartbreak en est un très bon exemple.
Durand Jones & The Indications – Flowers
Une voix de velours (et un énorme groove en live !). Je recommande particulièrement le titre Rust & Steel pour la belle dramaturgie des chœurs.
5 artistes qu’elle défendra toujours
Damon Albarn
Pour moi, c’est le génie ultime. De Blur à Gorillaz en passant par Africa Express ou The Bad The Good & The Queen ou encore son projet solo, c’est vraiment un artiste qui a su réellement se réinventer tout au long de sa carrière.
Oasis
Avec leur reformation de cette année, je n’ai pas pu m’empêcher de me replonger dans leur discographie. Et après une longue période sans les avoir écoutés, force est de constater que les paroles sont impossibles à oublier et qu’elles reviennent automatiquement, comme un hymne finalement.
Warhaus
Seul artiste devant lequel je finis, a minima, avec les larmes aux yeux à la fin de chaque concert. Il y a un énorme travail d’arrangement au niveau du live ce qui permet de se rendre compte du talent de ses 4 musiciens (dont 2 membres de Balthazar et le producteur Jasper Maekelberg) qui, pour certains, alternent tout au long du concert les percus, la guitare, le clavier, le violon et le trombone. Je recommande son album Ha Ha Heartbreak sorti en 2022, et plus particulièrement les titres Open Window et Shadow Play.
The Marias
Je suis passée complètement à côté de ce groupe ! Je l’ai découvert via la lecture aléatoire sur Spotify avec le titre No One Noticed et j’ai été littéralement captivée par la voix de la chanteuse.
Suzy 2
Elle n’a sorti que 3 titres pour l’instant (Empty & Cold est ma préférée). Je crois beaucoup dans ce projet. Sa voix naïve presque enfantine et les instrus rock et grunge matchent à merveille, c’est comme un petit bonbon doux et acidulé en même temps ! Un projet à suivre de très près.

Christophe Mevel, activiste et musicien brestois de longue date (Tank, Dale Cooper Quartet), est désormais derrière le comptoir du disquaire Bad Seeds dont les 10 ans ont été célébrés en 2025 ; un anniversaire fêté à l’image du magasin et de ce que tous les associés ont voulu créer depuis 2015, non pas en grandes pompes mais de façon modeste, durable et pointue. C’est ainsi que la structure associative a traversé la crise sanitaire et surnage encore dans celle qui secoue l’industrie musicale matérialisée, mue par une éthique solide, une ambition sans faille et un engagement de tous les instants pour créer, s’adapter, imaginer, consolider ce qui existe. Thurston Moore, Michel Cloup, Ken Vandermark ou Calvin Johnson en sont repartis le tote bag rempli de chouettes disques. On avait prévu de faire en fin d’année un petit tour au shop pour échanger avec le taulier sur son bilan 2025 et ses bons tuyaux 2026. Las, le timing de notre séjour brestois en a voulu autrement ; pas grave : rendez-vous en 2035 pour les 20 ans de Bad Seeds. Voici donc en échange notre top 5 des recommandations du disquaire et des bons disques qu’on a mis sous notre bras cette année. Ça tombe bien, pour la plupart, on n’avait pas vraiment eu le temps d’en parler ici.
BRUIT ≤ – The Age Of Ephemerality
Inutile de nouveau de revenir sur la grande découverte de l’année, seulement coiffée sur le poteau du titre honorifique d’« Album de l’année » par un Bobby Wratten en pleine forme.
Maria Somerville – Luster
C’est l’indispensable Reno, co-fondateur de Bad Seeds mais aussi des labels Too Good To Be True, Music From The Masses, Beko Disques, Beko DSL et Diesel Combustible Recordings, excusez du peu, qui nous a soufflé en premier le nom de l’irlandaise Maria Somervile ; c’est l’avantage de se connaitre depuis un bail : le disquaire sait de suite ce qui va faire mouche. Inutile de dire qu’ici, il a visé dans le mille tant Luster que le mythique label 4AD est une petite merveille qui pioche dans plusieurs univers oniriques, un peu folk, un peu pop, un peu shoegaze, un peu drone pour créer un espèce de cocon cotonneux duquel émerge une voix éthérée qui vous hypnotise, littéralement, le tout parfaitement en accord avec sa pochette quasiment immaculée. A l’image de Réalt, l’intro sur fond de chants d’oiseaux et de harpe celtique, tout ici respire le calme, la volupté, la douceur d’une musicienne au talent brut. Même quand sur Projections les pieds s’ancrent solidement dans le sol d’un slowcore lourd, la tête reste haut perchée dans une atmosphère céleste et légère. Si on adore la basse vrombissante et les guitares toutes Smithiennes (Robert) de Garden, on se délecte tout autant de l’ambiant sous delay de Halo qui n’aurait pas dépareillé sur le très bon album d’Hydroplane ou une face B du Slowdive période Souvlaki. Ainsi va Luster, album habité et aérien d’une musicienne qui restera ici comme l’un des belles découvertes de l’année. Rendez-vous est assurément pris pour son troisième album.
Caroline – 2
Voilà bien la raison n°1 pour laquelle il est indispensable de continuer à fréquenter les disquaires : entrer dans le magasin, saluer le taulier qui s’affaire derrière son comptoir, tendre l’oreille et s’exclamer : « Mince ! Mais c’est quoi ça ?? c’est génial ! ». Voilà à peu près l’effet que procure 2, second album des londoniens de Caroline, véritable OMNI relativement inclassable. Pensez donc : un octet, ça n’est déjà pas courant mais quand il mélange avec beaucoup de malice et d’inventivité cordes et cuivres sur fond d’une pop à l’air faussement lo-fi, renvoyant par moment aux cousins de Leeds, The Pale Saints d’un côté, Hood de l’autre, ça vous situe d’emblée le niveau d’un groupe passé relativement inaperçu malgré sa signature sur le tout aussi mythique Rough Trade. Dès l’entrée sur Total Euphoria, on est embarqué par ce tourbillon de guitare moyennement accordée et de batterie martelée qui laisse petit à petit apparaitre une mélodie solide conduite par le reste de la bande : cuivre en sourdine, violons qui crissent, voix multiples qui se répondent. L’ambiance est lourde mais s’annonce passionnante pour qui aime sortir de temps en temps des sentiers battus, quitter le balisage et s’aventurer dans des endroits qui réclament une attention de tous les instants. Les trésors se cachent souvent là où pas grand monde ne va, parce qu’on n’a pas l’habitude, parce que c’est dur, parce que ça pique.
Ivy – Traces Of You
Dans les années 80, les disquaires collaient des gros autocollants « import » sur les disques qu’ils vendaient alors qu’ils ne disposaient pas de pressage français. Un temps mis à mal par la vente par correspondance, les disquaires se démarquent de nouveau avec la hausse des frais de port et des droits douaniers qui rendent quasiment rédhibitoire l’achat de disque à l’unité de l’autre côté de l’Atlantique ou de la Manche. C’est donc grâce à Bad Seeds que l’on a pu célébrer à peu de frais le retour gagnant d’un groupe que l’on attendait plus, Ivy, surtout après le décès du Covid d’un tiers de sa raison d’être, le regretté Adam Schlesinger. Le temps du deuil passé, le couple Adam Chase et Dominique Durand qui cultive toujours autant son accent so frenchy malgré des années de vie à New York s’est remis à poursuivre l’œuvre entamée avant la pandémie, faisant vivre tout au long du disque les traces du souvenir de leur ami disparu. Traces Of You, disque que l’on attendait pas, est un condensé de pop songs lumineuses, ritournelles bourrées de gimmicks addictifs qui entrent en tête à la seconde où on les entend. Pourtant, malgré cette immédiateté, il se dégage de l’album une profondeur mélancolique et inspirée que le groupe n’avait jamais vraiment touché du doigt, portant une émotion toute particulière qui le rend véritablement attachant. Un sacré retour gagnant.
Far Caspian – Autofiction
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne s’était pas quitté en trop bons termes la dernière fois avec Far Caspian, auteur d’un second album un peu fainéant, copie pas tout à fait conforme car moins réussie de l’inaugural et excellent Ways To Get Out. Une des jolies révélations de la fin des années 2010 peinait donc à confirmer et c’est avec impatience mais fébrilité que l’on attendait Autofiction, un troisième album lui aussi impossible à se procurer directement sans vendre un rein, à moins de bénéficier du concours salvateur du disquaire aux bons plans. L’irlandais Joel Johnston à présent installé à Leeds a trouvé un son, ça, c’est sûr. Son problème à présent est d’arriver à le faire évoluer par touche pour éviter les répétitions, de celles qui font tourner les artistes en boucle. De ce point de vue, Autofiction reste conforme à ce qu’il a produit sur ces deux premiers albums mais se démarque du précédent par des compositions plus racées et travaillées là où la copie carbone était de mise sur The Last Remaining Light. Garçon ultra sensible et attachant, sujet à des soucis de santé dont il ne se cache pas tant ils façonnent sa vie et donc son œuvre, Joel Johnston livre un troisième album qui peut parfois manquer un peu d’ambition sur la forme, une instrumentation garantie sans surprise, mais ravive aussi la flamme avec ses morceaux touchants et bien écrits.
Crédit photo :Fandor par Philippe Roure et Anoussa Chea par Manon Sage et devanture Bad Seeds Recordshop par Bad Seeds.

