Les rapides du cœur arrivent par Courrier Sud

Courrier Sud - Rapids of LoveOn ne pensait pas en parler aussi rapidement. Et surtout pas sous cette forme. Pour rappel, notre actualité de fin d’année a été marquée par une playlist tonitruante consacrée à l’italo disco. Celle-ci mettait comme point d’honneur à ne proposer que des pépites oubliées d’époques (soit, des années 1980), à l’exception d’une reprise de Libertine, sortie en 2024 et chantée par Corine. Et alors qu’on avait quelques réticences de prime abord avec la reprise d’un tel monument de la pop française, le morceau, plutôt électronique, s’était surpris à tourner dans nos oreillettes, étant très fidèle à l’original tout en le réinventant… et sans l’abîmer. Dès lors, un mystère s’imposait : d’où provient ce Courrier Sud cosignant cette reprise, assez superbe d’efficacité ? La réponse n’a tardé : il est paraphé par un certain Rayane Marchand, producteur, instrumentiste et chanteur ayant quelques morceaux à son actif depuis ses débuts en 2018, d’après nos indics, notamment un EP d’indie pop-rock nommé Garçon Voyage (2023), entre Connan Mockasin et Metronomy. De quoi brouiller les pistes. Nos informations s’arrêtent ici.

Rapids of Love nous arrive donc avant cet article-playlist sorti il y a quelques jours, mais débuté dans sa rédaction bien avant le 19 décembre. Cela ne peut être qu’un signe de la Providence (on ne croit pas aux algorithmes). Face à Courrier Sud, on a cette même sensation que devant plein de jeunes artistes français qui débutent et qu’on aperçoit en nos pages : des artistes gorgés d’énergie mais dont les quelques productions égrainées au fil de l’eau et du temps (on devine parfois un emploi à côté, une activité musicale comme loisir de WE, etc.) peuvent donner l’impression de se chercher, frustrant celui qui les découvre mais augurant de belles promesses. Courrier Sud a cette même fraicheur qu’Alma Real dans la bedroom pop, que les Casablanca Drivers dans l’électro pop ou que les débuts de Ponta Preta dans le surf rock. Ce n’est pas tant les artistes cités qui compte (on aurait pu en désigner d’autres), mais leur stade en germination, les ouverts possibles s’offrant à eux ; cette attente qui précède le plongeon du premier album scellant quelque chose. Mais avec Courrier Sud, la frustration laisse place à l’étonnement : celui de productions naviguant, tâtonnant entre les genres, comme on l’évoquait en introduction. On ne sait jamais où ça ira, mais la qualité d’exécution sera au rendez-vous.

En même pas trois minutes, Rapids of Love s’installe dans notre tête, d’une efficacité en diable. On pense à Kid Francescoli le temps de quelques accords de guitare cristallins, tout autant qu’au Laisse tomber les filles de France Gall, à l’entente d’un “Baby can you lie?“. Mais aussi à la mélancolie des amours de vacances, quand la fin s’approche, la solitude faisant face aux paysages méridionaux. On ne peut s’empêcher de penser à cet extrait de l’auteur aventurier Howard McCord, dans En marchant vers l’extrême : “Comme par une fleur, comme par un long nuage lourd au bord du ciel ou par le regard tendu d’une femme, j’ai eu le cœur bouleversé par un croissant de terre au sud de Hofsjokull […].” Les paysages changent, mais non l’émotion. Sans doute est-ce parce que Rapids of Love s’appuie non pas sur le Wicked Games de Chris Isaak, auquel on pense d’instinct, mais l’inoubliable O Pamela de The Wake ? Pour autant – et nous nous faisions la réflexion à la vision du dernier Avatar – peut-on encore inventer de nouveaux motifs sans s’arcbouter à d’autres préexistants ? C’est la fameuse question des samplings dans l’électro, des reprises dans la pop, des remakes et suites pour le cinéma, etc. Vaste problématique qui exigerait plusieurs copies-doubles. Et bien que citant ouvertement The Wake à celui qui le reconnaîtra, il faut bien avouer que ce Rapids of Love est si bon qu’il mène sa barque de manière indépendante.

Nous souhaitons entendre plus de ce Courrier Sud, tant le talent est là ; nous aimerions voir poindre un album. Notre demande recevra-t-elle réponse ?

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