[Musique de l’intime et algorithmes #2] – Aujourd’hui, Lurve

Lurve
Quand à nos heures perdues on a fini par allait trainer sur un site de musique à consommer en streaming, notre nostalgie nous a poussé à taper dans la barre de recherche le nom de quelques héros de jeunesse pour vérifier s’ils étaient recensés dans le Nouveau Monde du tout numérique. Mais en recherchant les groupes qui ont fait les belles heures de labels défricheurs dans les 90’s comme Slumberland Records ou Teenbeat, les algorithmes ne sortent pas grand-chose comme filiations contemporaines pertinentes.

Pourtant, on vient enfin de trouver la digne descendance des deux indépassables albums de The Ropers (All The Time – 1995 et The World Is Fire – 1997). Si bien évidemment on n’oubliera pas d’accréditer la parenté entre l’une de nos marottes de jeunesse et Beach Fossils, DIIV ou Craft Spells, la belle découverte du moment n’est pas à chercher Outre-Atlantique mais du côté de cette Terra Inconita qui se développe à l’Est.

Lurve, qui a connu une première incarnation sous le nom de Gaarden, est un groupe fondé par des jeunes gens entre la Russie et l’Estonie. En remontant le temps, on peut découvrir sur leur même page Soundcloud l’ensemble des morceaux publiés par la formation. Toutes guitares dehors, les deux pieds sur les pédales d’effets, avec une batterie syncopée et une ligne de basse bourdonnante, Be Bent And Don’t Ascend révèle indéniablement la dévotion que le groupe porte au Ride de la première heure. On pointe aussi au détour d’une ligne de guitare jangly que les gamins ont du se plonger dans les classiques post-punk et la pop cotonneuse britannique, ce qui donne une sorte d’hybridation entre Felt, Orange Juice, Boyracer et les premiers Hood (le bâtard My Only Weakness laisse entendre tout ça à la fois). Le son est vraiment brouillon, souffrant d’une production approximative, mais des mélodies lumineuses se dégagent de ce maelstrom comme sur Orange Flowers pour distiller une mélancolie qui se bagarre avec l’entêtement d’une vindicte juvénile.

Tout ça était suffisamment prometteur pour qu’un label de passionnés à l’autre bout de la planète se penche sur le cas de ces garçons basés à Novosibirsk. C’est donc via Sidney et le micro-label de bedroom pop Library Group Records, seize références au catalogue, que le groupe nouvellement rebaptisé Lurve (à prononcer comme « Love, typically in humorous reference to romantic infatuation » aiment-il à dire) vient de réaliser son premier album – uniquement disponible à l’heure actuelle au format numérique. Servi par une production éclaircie, c’est la métamorphose. Il est possible de considérer que 4 ou 5 morceaux sur les 9 peuvent faire office de singles ! Mélodies enjouées et chaloupées ponctuent des compositions qui aiment bien laisser une large place aux parties instrumentales. Comme chez Rolling Blackouts Coastal Fever, il n’y a rien strictement rien à l’œuvre de novateur là-dedans mais cela n’empêche pas le trio de convertir son album artisanal en mini chef d’œuvre d’indie pop grâce à une bonne dose d’émotion, de spontanéité et de malice. Le dialogue entre la lead-guitar aux sonorités aigrelettes ou carillonnantes et le chant, tour à tour vaporeux et frondeur, est irrésistible. Vous y ajouter des chœurs punky et une section rythmique qui fait sauter la mélodie à la corde à sauter et on tient le genre de disques qu’on peut écouter pour combattre l’ennui du quotidien ou laisser libre cours au vague à l’âme sans sombrer dans la dépression. D’ailleurs, n’est-ce pas le programme annoncé d’Even If I’m Happy I’m In Pain ? Quand débarque l’entêtant et entêté Small Talk, le pont-levis est baissé et on chante à l’unisson en chialant, les yeux fermés vers le ciel et un grand sourire en travers du visage. Mais les chenapans ont vite fait de nous botter le train comme des Hamsters (I Dont Care If Both Of Us Die) puis de s’épancher sur notre épaule pour des confidences qu’on partage à la première personne avant de sauter à pieds joints sur la disto : I Wish I Was Drunk (pt1 & Pt2).

Après cette rasade de nostalgie, on se prend presque à rêver que les plateformes de streaming puisse soutenir l’éclosion de cette International Pop 2.0 et qu’on puise s’exalter pour ce genre de projets promis à devenir cultes – pour les rares personnes qui auront eu la chance de tomber dessus. Merci de contribuer à faire décoller la fréquentation de leur compte Soundcloud !

Lire aussi :
[Musique de l’intime et algorithmes #1] – Aujourd’hui, Closed Tear

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