[Musique de l’intime et algorithmes #4] – Aujourd’hui, Foliage

Foliage

Sans une vidéo décalée mettant en scène Manuel Joseph Walker dans un rôle de pop-star à contre-emploi, probablement serions-nous passé à côté du nouveau single Can’t Go Anywhere signé par Foliage. Et de fait, on n’aurait jamais découvert l’univers de ce jeune Californien, ultra prolifique depuis qu’il a commencé à composer dès ses quinze ans, selon les rumeurs qui le précède. Il se dit même que sa (sur)production est l’un des secrets les mieux gardés des sept dernières années. Le genre de déclaration qui excite la curiosité de nos oreilles de boulimiques, quand bien même sa réelle notoriété au-delà des quelques personnes qui ont croisé sa route est invérifiable. On affectionne toujours ces contes dont est émaillée l’histoire de la pop-music depuis qu’elle existe. Même si maintenant tout un chacun peut mettre en musique et enregistrer ses états d’âme depuis sa chambre, et même mieux, partager ses compositions sans en franchir le pas de la porte, peu importe. Il est toujours aussi réjouissant de s’enticher d’anti-héros du quotidien et de s’exalter quand on découvre un type qui a un tant soit peu de talent pour imaginer des mélodies en clair-obscur.

En la matière, Foliage trouve son inspiration du côté des groupes de jangle-pop des 80’s et s’il n’était pas aussi jeune, on l’imaginerait volontiers se dandiner pataudement en fixant du regard ses godasses au premier rang d’un festival Sarah Records. D’ailleurs, en parcourant sa page Bandcamp, tous les groupes du label de Bristol y passent – à l’exception de Heavenly et Boyracer. Avec ces références allant de The Field Mice en passant par Blueboy via Harvey Williams, passées par le prisme de sa culture de jeune américain nourri au son des college-radios, Foliage s’inscrit dans le sillage des nombreux groupes actuels qui accouplent shoegaze et new-wave, embarquent The Smiths pour revisiter REM – à moins que ce ne soit l’inverse. Straight Out of the Gate placé en ouverture de son album éponyme paru fin 2020 via Dowd Records présente ainsi bien des ressemblances avec Choir Boy. Plus loin, sur certains phrasés sur le fil, l’ombre de Tears For Fears, dans leur prime jeunesse, traversent certaines chansons comme What I Desserve. On n’est pas non plus surpris qu’il se soit retrouvé à faire la première partie Black Marble ou Dent May à l’écoute de ses compositions plus expérimentales et synthétiques. La fragilité du propos et sa simplicité peut évoquer aussi ces artistes japonais faisant preuve d’un bel anachronisme.

Toutefois, et la différence est de taille, Walker fait tout en solo, avec des moyens restreints et en privilégiant le propos à la forme. La formule est une panacée de DIY : une voix de tête délicatement fissurée s’associe à une guitare aigrelette, sur fond de boite à rythmes aux capacités modestes pour donner le souffle de l’authenticité à ses bluettes saisies dans l’instant. C’est bien peu mais cela suffit pour distinguer le talent de Foliage des tâtonnements juvéniles de quelconques poppeux en herbe.

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