[Playlist] – In the Trip #2

In the Trip #2Portons le regard au loin et regardons de quoi les prochains mois seront faits. Peut-être traverserons-nous un été sans souffrir de la canicule, probablement-nous enflammerons-nous pour des sportifs inconnus pratiquant des sports olympiques dont on ne connait pas mêmes les règles.

En attendant, le printemps fait son peine-à-jouir et avant de pouvoir découvrir le nouvel album de Fontaines D.C., les Irlandais plongent en apnée dans un lieu interlope qui sent l’alcool jusqu’à la nausée. Grian Chatten y manque d’air mais nous harangue sans pareil au fil d’une chanson en forme de chausse-trappe mélodique.

Foals a toujours rêvé de suivre la même destinée que Radiohead. Rien de surprenant donc de voir son charismatique leader-chanteur prendre la tangente en solo. Yannis (Philippakis) & The Yawn livrera ainsi un premier EP à l’été crédité de feu Tony Allen, le mentor de l’afrobeat. Les prodiges de l’IA ? Un titre enregistré avant son décès en 2020 ? Mystère. En attendant, ça groove comme à l’époque d’Antidotes (2018).

On avait laissé Girlfriends and Boyfriends sur les contreforts d’une synthwave chic et apprêtée. Après un changement de line-up et en particulier de leur batteur, les Canadiens ont suivi un régime aux hormones. Leur nouvel album Lost in the Noise ressemble toujours à du U2 (pour les mélodies emphatiques) mais en mode « patator » (pour la rythmique). C’est limite dégueulasse mais finalement super chewing-gum.

Oh Jonny, ton dernier album était un sacré chaos émotionnel. The Drums y passait du sublime à l’anecdotique. Mais pourquoi donc Jonathan Pierce n’a-t-il pas intégré The Impossible au tracklisting final de son sixième album (2023) ? Ça existe encore les directeurs artistiques ou il ne reste que des stagiaires chez Anti- ? Bon, bref, l’Américain vient de rajouter 5 fucking songs à la version streaming de son dernier album.

Dans le genre loser magnifique, en voilà un qui pourrait rivaliser. Johnny Dynamite and The Bloodsuckers creuse son sillon jusqu’au tombeau de l’anonymat. Oh certes, l’Américain au look « so 80’s » s’est fait un nom parmi les rockers mièvres actuels. La preuve de son immense talent éclate encore avec ce single digital, affublé de tous les oripeaux de la synthwave, mais qui foutrait autant les poils joué sur une guitare sèche au coin du feu.

« Darksoft is a singer-songwriter that makes dreamy alternative rock ». Voilà ce qui est précisé sur le compte Bandcamp de cet inconnu basé à Portland. C’est bien peu mais largement suffisamment pour qu’on s’entiche de ce Then and Now rêveur, doucereux et sacrément addictif. Gros coup de cœur printanier. Après des autoproductions, son prochain album paraitra sur Spirit Goth qui abrite déjà les voisins de paliers Castlebeat, Cool Heat ou Cathedral Bells.

Autre découverte fortuite, Don’t Get Lemon est un trio en provenance d’Austin. A la première écoute, cela parait aussi sympathique que simpliste. On pense bien évidemment à Electronic ou Pet Shop Boys. Mais le fait est que ces sonorités revivalistes, au creux desquelles on finit par entendre des mélodies secondaires en arrière-plan, distillent un sacré spleen nostalgique qui dure. Pas besoin de regarder par la fenêtre pour savoir qu’il pleut malgré un arc-en-ciel.

Au contraire, le retour de Drab Majesty se veut guilleret avec sa mélodie ouvertement sautillante (si on n’en dissèque pas les composantes toujours très dark). Deb DeMure ne saurait tarder à revenir d’outre-tombe, toujours affublé de bandages de série Z. L’adolescence semble être une éternité pour lui – mais c’est plutôt chouette en musique.

Dans la même lignée des artistes qui se réfugient dans un monde parallèle où la confiture à la fraise remplace le vrai sang, Haunt Me est un beau spécimen. Darius Davila se prend pour un vampire dans les clubs texans parce que c’est beaucoup moins flippant que de fréquenter la réalité de ses concitoyens. Il y a rencontré une bande de corbeaux maquillés qui s’appellent Past Self. La musique est une échappatoire pour ceux qui refusent d’affronter le monde adulte.

Eux, au contraire, font office de patriarches. Formé en 2010, The KVB est un couple sur scène et à la ville qui ressasse la même bande-son, comme d’autres passent leur temps-libre à jouer au bridge. Parfois, c’est redondant, mais parfois, la flamme se ravive et le désir point de nouveau.

Poussez le son, le barde Douglas Dare est de retour ! Épaulé par Rival Consoles, sa voix d’ange déchu se love au creux des infrabasses et un tapis roulant de cliquetis. La mélodie circulaire confine à l’ensorcèlement.

En optant pour un pseudo aussi bateau que Fears, le risque de confusion est grand. D’ailleurs, c’est en pistant un homonyme que l’on découvre finalement la musique de l’irlandaise Constance Keane avec cette chanson dans une veine proche de Cranes, tout aussi minimaliste et fragile mais moins ampoulé. Un petit moment cotonneux en apesanteur.

Comme on nourrit un amour de longue date pour les groupes post-rock qui n’oublient pas d’introduire de la chaleur humaine dans leurs compositions, American Football figure en bonne place dans notre discothèque. Et évidemment, quand l’un de ses membres poursuit en solo, on suit la piste. Il y a peu de chose qui distingue la musique d’Owen de celle du groupe US devenu culte à force de silence si ce n’est la force d’assumer une bonne dose de délicatesse et de douceur.

Celui-ci, on l’a gardé pour la fin, parce qu’on est bien embêté avec une telle pétarade. Objectivement, il serait de bon goût de fustiger MJ Lenderman qui fait une reprise sans vraiment le dire du Knockin’ on Heaven’s Door de Dylan parce qu’elle m’oblige à avouer que j’ai beaucoup écouté la version de Guns N’ Roses. Pour garder bon teint, on soulignera que l’embardée électrique sonne comme Built To Spill et que Sparklehorse ou Vic Chesnutt en ont fait autant. Paix à leurs âmes.

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