[Playlist] – In the Trip #10

[Playlist] – In the Trip #10A l’heure de souffler la dizaine supérieure, c’est le trou d’air. Est-ce la répétition qui engendrerait la lassitude, la morosité ambiante qui jugulerait l’envie, la pression de la quête de la nouveauté qui susciterait le doute… ou bien tout simplement, est-ce juste le creux cyclique des parutions musicales ? Toujours est-il que les découvertes exaltantes sont aussi rares que les bonnes annonces gouvernementales, que les coups de cœur peinent à transpercer l’armure. Alors dans ces conditions, on peut saluer ceux qui réactivent derechef la machine à souvenirs, ravivent la ferveur juvénile. Ainsi, le retour de gloires passées, comme Pulp ou Stereolab, et sans regarder aussi loin en arrière, Chromatics paraissent complètement improbables. Il y a aussi les nouveaux tauliers Fontaines D.C. qui ébranlent les convictions en prenant à contre-pied, les groupes fétiches (Johnny Dynamite, Lurve) qui font chavirer le cœur. C’est alors que la garde se baisse et laisse passer son torrent de découvertes qui évoquent plein de choses mais en apportent d’autres. Finalement, peut-être que tout le monde n’a pas abdiqué, même en Californie ?

01 – PulpSpike Island

Avec eux, tout s’est joué en 1998 avec leur parution de leur sixième album, This Is Hardcore. D’après les dictionnaires de la pop indé, cela faisait déjà vingt ans (!!) à l’époque que Jarvis Cocker présidait à la destinée au groupe de Shelfield. Sauf que Pulp n’avait jamais réussi à franchir le Rubicon. Après cela, il y a bien eu un autre album (aucun souvenir), moult rééditions (inutiles) et puis Jarvis a lancé une carrière solo (réservé aux aficionados). Quelle surprise donc de constater que pour sa reformation, Pulp renoue avec la verve de son insurpassable chef d’œuvre sur le premier single annonçant un huitième album ! On aurait beau être prompt à la critique, il faut admettre, que Jarvis y est flamboyant.

02 – StereolabAerial Troubles

Après avoir assommé son auditoire au gré des rééditions de l’intégralité de sa longue discographie dans des formats divers et toujours augmentés dont la somme finirait par souffrir de son mercantilisme, Stereolab est revenu aux affaires sur scène en 2019. Après autant de rabâchage, on serait donc en droit d’être circonspects à la découverte de nouvelles chansons (enfin). Mais fort heureusement, si Tim Gane et Laetitia Sadier utilisent peu ou prou la même recette depuis trente-cinq ans, leurs compositions gardent toujours leur singularité (ce chant inclassable, cette faculté à embrasser les styles) et de fait, une certaine fraicheur (cette mélodie pouêt-pouêt, ces arrangements) même en 2025.

03 – LurveThe Fall

Eux sont encore jeunes, encore fougueux et ils se font désormais très discrets sur leurs origines russes. Heureusement que Lurve peut désormais compter sur le soutien de l’indispensable pourvoyeur Spirit Goth Records sinon, il y a peu de chances qu’on ait pu découvrir le nouveau single numérique du jeune quatuor. Avec sa mélodie élastique qui embarque la ligne de chant sur un grand huit jusqu’à en avoir le hoquet, ces trépidations rythmiques (oui, oui, il y a bien 2 lignes rythmiques en parallèle), The Fall est un hymne saluant cette jeunesse qui n’a d’autre choix que d’incarner ce que tant d’autres appellent la résilience sans en comprendre le sens.

04 – Johnny Dynamite & The BloodsuckersThe Lure

Durant un peu plus de trois minutes, le temps s’est arrêté, alors que Johnny Dynamite & The Bloodsuckers étreignaient de nouveau notre cœur d’artichaut. Oh, certes, cette nouvelle chanson de l’Américain est un sommet de frustration en répétant à l’envie 3 notes de guitares et la rythmique qui monte sans parvenir à s’emballer, mais il s’en dégage une puissance mélancolique rare. On peut y projeter ses déboires tout autant que ses espoirs, avec le désespoir du désenchantement comme avec la ferveur de la croyance.

05 – House of HarmCan’t Fight the Feeling

Annoncé comme « the next big thing » de la scène new wave / synth-pop à la parution de son premier album (2020), House of Harm avait pêché au moment de confirmer (Playground / 2023). Le trio de Boston, toujours hébergé sur le label italien Avant!, renfile son costume de romantique pour un nouveau single qui laisse la part belle à la voix habitée de son chanteur, entre envolée théâtrale et sincère contrition mue par le doute. On dirait du Tear For Fears en mode gothique.

06 – Close TalkerCrooked Rain

Après une tournée marathon entre le continent américain et l’Europe, Close Talker revient avec une chanson qui aurait mis une bonne dizaine d’années a trouvé sa forme finale. Crooked Rain est un excellent résumé de ce qui fait l’identité du groupe en provenance du Saskatchewan (qui n’est pas l’endroit le plus propice pour faire carrière !) : enraciné dans le folk américain et montrant quelques réminiscences slowcore, la mélodie invite à l’échappée, à la contemplation des grands paysages sur un mode mid-tempo qui s’épargne l’emballage mais se montre profondément irrésistible.

07 – Cruel ReflectionsLLORANDO

Dans une veine très proche de French Police, on découvre Cruel Reflections. Ça laisserait croire au déterminisme géographique, le quatuor de Los Angeles ayant lui aussi des origines hispanophones, comme l’atteste son nouveau single au titre pleureur. Avec une batterie sèche comme une boite à rythme Korg K55, des guitares jangly et une basse qui transperce de part en part la mélodie, ces jeunes gens tatoués au regard sombre convoque les élans dramatiques de Héroes del Silencio en le couplant au fatalisme romantique du The Queen Is Dead de The Smiths.

08 – FloodlightsAlive (I Want To Feel)

Du coté de Melbourne, le soleil est tout aussi implacable, à en croire le premier morceau qui ouvrira le troisième album de Floodlights (non référencé par ici jusqu’alors). Au registre des écorchés vifs, ceux-là sont à ranger à côté de The Twilight Sad, car si le groupe reconnait des appétence art-rock, ils préfèrent coupler des arrangements brinquebalants à un chant âpre et sans concession plutôt que les mécaniques bien huilées. L’attelage ne va pas vite, n’est pas très confortable, se rend fautif de quelques embardées, mais ça permet quand même d’aller loin.

09 – Pleasure CentreFavourite

Merci les algorithmes qui ont proposé Pleasure Centre dans notre fil de découvertes. Sur la foi de ce tortueux single, le second extrait d’un EP 5 titres qui semble constituer la première réalisation du groupe, on peut considérer que si les anglais revendiquent l’héritage du triumvirat fondateur My Bloody Valentine / Slowdive / The Jesus and Mary Chain, le quintette opte pour un son beaucoup plus aéré, privilégiant ici une approche organique, avec une belle dynamique rythmique et un chant féminin singulier qui exprime l’urgence animant ces jeunes gens.

10 – Ruth Radelet, Nat Walker, Adam MillerThe Veil

Après ces explorations au tour du monde, retour aux produits marketés. Car si le trio formé par Ruth Radelet, Nat Walker & Adam Miller n’a pas choisi un patronyme évocateur, ceux-là se fréquentent depuis longtemps puisqu’ils œuvraient déjà au sein de Chromatics. Cette coquetterie stylistique mis à part (qui doit peut-être son origine à des raisons contractuelles, chaque groupe US ayant pour membre un avocat), la chanson composée pour accompagner le film The Lost Records: Bloom & Rage s’inscrit strictement dans la lignée de leurs productions ayant fait le succès du label Italians Do It Better.

11 – Fontaines D.C.Starburster In Heaven (Lady in the Radiator Song)

Pour clôturer ce tour spatio-temporelle, Fontaines D.C. qui ramènent tout le monde au bercail. Fort du succès de Romance, les Irlandais le rééditent en l’agrémentant de 3 titres supplémentaires, entre hip-hop bancal et complaintes au clair de lune. Voilà de quoi démontrer que si on les savait capables des plus belles flamboyances, ils peuvent faire preuve d’une sobriété confondante, dans un registre quasi a capella. Comme quoi la Fée Electricité ne saurait occulter la qualité d’écriture de Grian Chatten.

Écouter aussi :
In The Trip #15
In The Trip #l4
In the Trip #l3
In the Trip #12
In the Trip #11
In the Trip #9
In the Trip #8
In the Trip #7
In the Trip #6
In the Trip #5
In the Trip #4
In the Trip #3
In the Trip #2
In the Trip #1

Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

Écrit par
Plus d'articles de Denis
Death Bells sonne le glas de la douceur printanière
Malgré les coups de butoir de la sécheresse qui provoquent déjà les...
Lire
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *