[Playlist] – In the Trip #11

Playlist In the Trip #11L’immensité des forêts de sapins offre un beau refuge pour s’écarter du tumulte, prendre enfin le temps d’écouter et de respirer. Mais même si on peut profiter de ce couvert pour transgresser les frontières, sortir même de l’Union Européenne et poser son regard au-delà des sommets vers un ailleurs lointain, impossible de ne pas remarquer ces descentes de cimes qui frappent les conifères comment autant de signes probants de l’agonie de nos forêts, de ce monde qui change et dont on se doit encore de profiter, d’admirer car bientôt ce ne sera plus qu’un souvenir. Voilà ainsi une nouvelle sélection pour accompagner ces longues balades, avec ces longs faux plats qui font monter le cardio, ces ascensions brutales qui imposent le lâcher prise de l’esprit tant le corps souffre, ces pauses à laisser filer les pensées au gré d’une mélodie qu’on est le seul à entendre et ces descentes qu’on espère interminables pour retarder le retour au quotidien.

01 – SPARKLING & DigitalismKeep Running

Ils ont beau chanter en anglais, leur scansion soutenue en cadence (« Im Takt » comme disaient les copains bretons du même nom) révèle l’origine allemande de SPARKLING. Toujours aussi malicieux pour caramboler les mélodies, ces jeunes gars se sont associés au duo techno Digitalism pour défendre leur vision de la pan european kraut-pop sur leur 3eme album pour le compte d’un label italien. Cela ferait une bonne bande-son pour lancer l’intervention de Greta Thunberg au prochain Forum de Davos.

02 – Social OrderShadows

Définitivement, Social Order s’impose comme le grand coup de cœur de ces derniers mois. Si plusieurs “ombres” planent sur ce nouvel extrait d’un impeccable EP 6 titres, disponible pour le moment uniquement en format digital et sans que le groupe de Las Vegas ne bénéficie de l’appui d’une quelconque structure (ça donnerait envie de créer un label, tiens…), elles sont de celles qui réveillent les plus mélancoliques pensées en les conciliant avec une évidence instantanée.

03 – Blood KnowsDog Play

Dans la série des mélodies chewing-gum, de celles qui collent aux oreilles, puis perdent de leur saveur à l’usage mais mettent des siècles à se dissoudre, Blood Knows nous sert une ritournelle sous influence de New Order (et de ses avatars), réhaussée d’une touche de synth-pop bien 80’s et servie par une production trip-hop qui rajoute une couche de vernis désuète parfaitement raccord avec le propos. Déniché par le toujours inspiré label brestois Too Good To Be True, le groupe Australien (si tant est qu’il s’agisse véritablement d’un groupe vu que Leigh Craft compose et semble à peu près tout interpréter sauf le chant) incarne le rôle d’outsider qui nous séduit sans coup férir.

04 – French PoliceSugar Killer

Il ne se passe jamais bien longtemps sans que French Police ne délivre une nouvelle composition. C’est ça le monde à portée de clicks : enregistrement à la maison, diffusion en direct sur les plateformes de streaming, pas de contrat avec un label ou un distributeur (même si Icy Cold les soutient sporadiquement), tout au plus un prestataire pour faire un peu de promo et nul compte à rendre. Exonéré des contraintes matérielles et des contingences financières ou calendaires, le trio de Chicago divulgue ainsi une chanson vicieuse, comme toujours fondée sur une boîte à rythme mais qui parvient une fois encore de prendre la tangente sous le coup d’une double génuflexion chant / guitares.

05 – Cut CopySolid

Que ce retour en grâce des Australiens est réjouissant ! Après s’être montrés bien discrets voire même timorés en se planquant derrière des machines qui avaient finalement pris le pas sur leur sensibilité charnelle (Freeze Melt en 2020), le duo se relance à l’heure de leur septième album (Moments annoncé pur le 05 septembre). C’est du “solid“, du bien rodé, avec une rythmique rampante, qui monte gentiment en crescendo pour nous faire frétiller du popotin (et nous occuper les oreilles pour le reste de la journée).

06 – Nation of LanguageI’m Not Ready for the Change

Depuis New-York, les nouvelles têtes de gondoles de la scène art-pop prétendent être prêt au grand changement… mais n’en font rien, bien au contraire. En effet, Nation Of Language se rappelle qu’outre leurs vénérables synthétiseurs analogiques, ils savent jouer de la guitare comme l’atteste cette belle déflagration. Enfants d’OMD et de Depeche Mode, ils annoncent un quatrième album qui promet de renouer avec l’état de grâce de leur tout premier album (Introduction, Presence – 2020), en réintroduisant une bonne dose d’organique en contrepoint du synthétique. Hauts les cœurs !

07 – Girl in RedHemingway

Depuis ses premières compositions imaginées et enregistrées dans sa chambre d’adolescente, il n’y a aucun doute sur les influences littéraires et romantiques de Girl In Red. Quelques années plus tard, la prolixe Norvégienne, devenue une « icone queer » (dixit wikipédia !), confirme son amour pour les œuvres littéraires de Hemingway sur une chouette ritournelle toute en retenue qui renoue avec une écriture bien plus intimiste que son second album, I’m Doing It Again Baby!, paru en 2024. Et c’est bien dans ce registre que Marie Ulven est une artiste précieuse.

08 – Far CaspianAn Outstretched Hand / Rain From Here To Kerry

Après un petit coup de moins bien (le bancal The Last Remaining Light en 2023), notre super héros Far Caspian retrouve l’excellence de son premier album (Ways To Get Out – 2021). Toujours aussi pertinent pour trouver le mot / le maux juste, il n’oublie jamais de se taire à bon escient, au moment opportun, pour laisser filer les mélodies entêtantes, toujours retenues par un voile pudique. Joel Johnson ravive ainsi nos premiers amours de pop (anorak) sur ce diptyque enivrant qui est un bon résumé d’Autofiction, paru au creux de l’été sur le label Tiny Library Record (il y a même une version CD pour une fois… encore faut-il mettre la main dessus).

09 – The Mary OnettesHurricane Hearts

Cela faisait trop longtemps que les amateurs de pop scandinave étaient sevrés de la part de leurs deux meilleurs dealers : si Shout Out Louds a divulgué quelques nouvelles compositions au compte-goutte, The Mary Onettes étaient silencieux depuis plus d’une décennie, soit une éternité pour ceux qui prônent l’instantanéité comme vertu de la pop music. Heureusement, ceux-ci annoncent leur retour aux affaires avec un double single imparable mais patience encore, puisque l’album, Sworn, ne paraîtra qu’en novembre 2025. Alors, d’ici là, repaissons-nous de cette bluette qui ne s’embarrasse pas de la répétition et nous lâche la main le sourire aux lèvres, comme une jolie fille qui changerait de cavalier d’une danse à l’autre.

10 – Darker LighterShadow Of a Doubt

Parce qu’on a le droit de s’enticher d’artistes de pop US taillée pour les “college radios” à partir du moment où ils ne défendent pas les théories des suprémacistes pro-Trump, le premier album de Darker Lighter tourne pas mal sur la platine. Salar Rajabnik en est l’homme à tout faire : auteur, compositeur, interprète, producteur et héros malheureux de ses propres histoires adulescentes. Dans la droite lignée de Death Cab For Cutie et Bright Eyes.

11 – DECEITSAll We Are (Are Memories)

Dans la suite de leur premier album, DECEITS signe un nouveau classique de genre. Cold-dark-new wave, le genre. Avec une grosse ligne de basse qui se chamaille avec une guitare aigrelette et un chant de gorge nouée, les Américains récitent à la perfection les canons édictés par The Cure. On oubliera sciemment les 3 versions remixées qui agrémentent le EP digital en attendant de savoir si ce nouveau morceau de bravoure annonce bien que la prophétie va se réaliser.

12 – FriendshipTree of Heaven

Des fois, on croise un morceau ensorcelant d’un groupe dont on ne connaissait pas même l’existence jusqu’alors. Cette fois-ci, c’est Friendship, pensionnaire de Merge Records (label hautement estimable pour l’ensemble de son œuvre) et qui semble enregistrer un album au même rythme que les kilomètres avalés d’un bar à l’autre. On pense à mille et une références de rock US, entre alt-rock et slowcore. Ça joue au plus juste, contrairement au chant d’écorché qui part des tripes. La répétition mutante finit de conférer à la chanson une puissance inexorable.

13 – Hotline TNTBreak Right

En comparaison, le son de Hotline TNT dégage une impression aérienne. Après des débuts plus rugueux (les New-Yorkais ont déjà livré en 4 ans au moins 6 albums, un nombre incalculable de singles et EP ayant donnant lieu à pas moins de 7 ou 8 compilations), le quatuor shoegaze lève le nez de ses pompes, collées sur les pédales d’effets. Une petite mélodie jouée sur un clavier brinquebalant vient distiller un peu d’espoir. Au bout de 2mn30, le groupe dont le lign-up s’est stabilisé autour de son leader-chanteur-compositeur Will Anderson tend une chausse-trappe digne du meilleur Nada Surf ou d’une version édulcorée de Built To Spill.

14 – DIIVReturn of Youth

Pour conclure, on ramène le pavillon en berne. DIIV signe avec ce single digital l’une de ses compositions les plus bouleversante (si ce n’est “la plus”). Composé par Zachary Cole Smith, lors de son retour dans son quartier encore fumant après les terribles incendies, Return Of Youth est autant un appel à la mélancolie réconfortante qu’un puissant sédatif pour détourner le regard de ce qu’on va laisser à nos enfants.

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