Urusei Yatsura / Can You Spell Urusei Yatsura Lost Songs 1993-2000
[Autoproduit]

9 Note de l'auteur
9

Urusei Yatsura - Can You Spell Urusei Yatsura Lost Songs 1993-2000En un peu moins de dix ans d’existence, le groupe Urusei Yatsura aura livré trois albums, quelques tubes et une série de EPs que pas grand monde ne connaît. Son passage en terre indie pop aura été bref mais brillant, si l’on considère qu’en arpentant la discographie du quatuor écossais en long, en large et en travers, il faut être sacrément fort pour croiser un mauvais morceau ou un truc qui n’accroche pas instantanément l’oreille. Composé de deux frère et soeur, Ian et Elaine Graham, et d’un duo de chanteurs/guitaristes/compositeurs aussi brillants, étincelants que rivaux, Fergus Lawrie et Graham Kemp, Urusei Yatsura ressemble à une bagnole de course lancée à plein régime et dont deux gars en furie, pleins d’envie, de hargne et de références pop, se disputent la conduite. Lawrie et Kemp s’aiment et sont les meilleurs copains du monde, jusqu’au moment où ils n’en peuvent. C’est l’histoire du rock dans toute sa splendeur. Alors, ils se séparent et s’en vont chacun de leur côté. Ces gars là ont lu tous les livres, ils ont fait ce qu’il fallait et ne feront plus jamais de musique de la même façon. C’était un temps béni.

Urusei Yatsura sonne parfois comme Pavement, d’autres fois comme un Ride bad ass, avec des voix canailles et électrisées et une sécheresse qui rappelle la concision des Américains de Television. Comme Lawrie le déclarait en interview l’été dernier, Urusei Yatsura n’a jamais prétendu réinventer quoi que ce soit ou opérer une révolution artistique. Le groupe a toujours été modeste, ce qui lui a permis de s’en tenir au plan originel : faire du rock bruyant et qui ne joue pas six notes et six minutes quand il en faut trois pendant deux minutes trente. C’est la leçon de base, la seule règle qui vaille.

Urusei Yatsura est surtout un groupe noise, grunge, punk, incisif et précurseur qui surfe sur un tombeau de références conquérantes mi-asiatiques, mi-pop : comics, SF et fantasy. Urusei Yatsura est le groupe des ados brillants et rejetés par la société, le groupe de ceux qui veulent une revanche, prennent le reste de l’humanité pour des cons et savent que le monde est en train de se jeter dans l’abîme. Ca aurait dû faire pas mal de monde mais à l’époque, ils n’étaient pas encore préparés à suivre le mouvement et n’avaient surtout pas internet pour s’échanger les bons plans. Ils étaient où les geeks en 1995 ?

Ce n’est ni plus ni moins que ce que s’échine à montrer cette nouvelle compilation (disponible seulement en numérique, quand aujourd’hui n’importe quel gogo sait presser des CDs ou des vinyles) qui regroupe rien moins que 15 morceaux sublimes, disséminés par le groupe tout au long de sa carrière : Urusei Yatsura était mieux que bon! Ici, on trouve principalement des faces B, tirées des EPs originaux du groupe ou de quelque édition spéciale japonaise, sortie à l’époque où le groupe avait encore de l’ambition. On en possède un certain nombre mais il faut avouer que placés sur des rondelles de quelques minutes, enfouies dans les hauteurs de l’étagère, on ne les avait pas recroisés depuis un bail. Les titres de Can You Spell Urusei Yatsura sont pourtant énormes et meilleurs les uns que les autres. Ils sont puissants, entraînants et mélodiques, accrocheurs et bien fichus. C’en est désespérant, tant on se dit que sur au moins une planète alternative sur 2, ce groupe aurait touché le firmament et été considéré comme l’un des plus doués de sa génération. Qui était meilleur qu’eux à l’époque ? Difficile à dire quand on réécoute Lawrie sur Vent Axial et ses cinq minutes de fureur. Burriko Girl, juste après, est doux comme un agneau velvetien et c’est un enchantement.

On n’a même pas besoin de faire l’article, tant l’excellence des morceaux parle d’elle-même. Urusei Yatsura a précédé les Strokes et The National. Il faut l’entendre pour le croire. The Wedding Present ? Ok, mais non. Ecoutez  Down Home Kitty, c’est une tuerie et si vous n’êtes pas convaincus, Silver Krest qui ressemble à un truc que faisait Stephen Malkmus quand il savait encore écrire des chansons. Tout y est : l’attitude, le détachement, la souplesse d’exécution et la classe à Glasgow. Ces quinze morceaux ne sont que des foutues faces B, des machins que quelques milliers de personnes seulement ont entendus avant. A croire que les critiques rock avaient la tête ailleurs. Sucker qui se balade originellement à côté de Kewpies Like Watermelon, la seule chanson avec Hello Tiger! peut-être dont quelques uns se souviennent peut-être encore quand on évoque le groupe, est une chanson fantastique.

Ces mecs là ne se sont même pas faits massacrer par un elfe comme ils le craignaient. Ils ont juste disparu. Graham Kemp a l’air décidé à laisser filer les quelques milliers de trucs inédits qu’il a à la maison. Après une compilation de BBC Sessions dont on a déjà parlée, ces Lost Songs sont le plus beau cadeau que le groupe pouvait nous faire. On reviendra très vite sur le Paper Birch de Lawrie qui n’est pas mal non plus… mais Urusei Yatsura est un classique d’avant les classiques. What’s Wrong With Me ?

Tracklist
01. Still Exploding
02. Vent Axial
03. Burriko Girl
04. Got The Sun
05. Nu Style
06. Everybody Hang Out
07. Hail 2 The New Poor
08. Down Home Kitty
09. Silver Krest
10. Kozee Heart
11. Sucker
12. Pampered Adolescent
13. Thread
14. What’s wrong with me
15. Nova Static
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