Les Instantanés d’Imara #31 – The Beatles en reprises

J'aime pas les Beatles par ImaraDes allergiques aux Beatles, j’en connais. Il n’y a pas de mal à être réfractaire aux Fab Four. En ce qui me concerne, j’aime bien les Beatles mais je conçois parfaitement qu’on puisse ne pas les aimer. Ils ont tant été vénérés que cela peut rebuter. Un phénomène culturel qui dépasse l’entendement et qui peut laisser perplexe. Déjà, ces hordes de jeunes filles qui s’époumonaient à la vue de ces quatre garçons ne cessent d’interroger. Ils ne payaient pourtant pas de mine, ces gars-là. Ils avaient de bonnes chansons, mais n’étaient pas franchement beaux, alors pas de quoi s’extasier. En même temps si les midinettes avaient du goût en matière d’hommes, ça se saurait. De toutes façons, ce genre de réactions me laisse pantois. Comment peut-on crier et perdre ses moyens à la vue d’un être humain, aussi doué soit-il ? Parce que son physique est agréable à regarder? Allons…! Vraiment, je n’ai jamais compris et je ne comprendrai jamais ce genre de réactions plus qu’excessives.

Musicalement, tout le monde n’est pas sensible à leurs voix. Certains diront qu’ils sont trop pop..mais les jolies mélodies et les idées ne sont pas une tare. Les Beatles ont aussi contribué à dénaturer le rock, à force de concepts et de recherches: Sgt. Pepper est un grand album… de pop. Enfin, si l’on veut. Aucun titre ne se ressemble dessus, c’est en fait plein de choses à la fois. D’autres diront qu’ils sont trop sages. Admettons. Face aux bad boys manufacturés d’en face (les pierres qui roulent), ils paraissent un peu gentillets. Mais n’oublions pas que c’est Helter Skelter, un titre des Beatles, qui a incité Charles Manson à commettre ses crimes. Sans oublier la pochette de la compilation américaine Yesterday and Today où on les voit en blouse de boucher avec des poupons décapités et des morceaux de viande… En fait, la musique, c’est un peu comme la bouffe: parfois, on n’aime pas certains aliments, mais cuisinés autrement ils passent mieux et on finit par les apprécier. C’est également le cas avec cet assortiment de reprises des Beatles qui feront aimer les quatre de Liverpool même aux plus insensibles.

Wilson PickettHey Jude

On commence par du lourd. Hey Jude, morceau écrit par Paul McCartney pour réconforter le fils de John Lennon, a surtout d’intérêt sur scène, lorsque Paul et le public chantent nananana à l’unisson. Dans sa reprise, Wilson Pickett condense le morceau à quatre minutes et en fait une superbe ballade soul qui ne manque pas de force, comme toujours chez Wilson. Les “nanana” de la fin sont remplacés par un saxophone, un solo de guitare de Duane Allman et Jimmy Johnson, (musicien de studio et guitariste habituel de Pickett) ainsi que des chœurs féminins brefs et discrets. Tout le contraire de la version des Beatles qui s’étend sur sept minutes inutiles. Mieux que l’originale, ça va sans dire.

Siouxsie & The BansheesDear Prudence

A leurs débuts, Siouxsie and the Banshees interprétait sur scène puis sur leur premier album (The Scream, 1978) Helter Skelter, un autre titre issu de l’Album Blanc. La prêtresse du punk anglais livre une version personnelle de Dear Prudence et la défait de toute réminiscence hippie pour en faire un charmant manège enchanté gothique, avec de surcroît, Robert Smith des Cure à la guitare. Encore une reprise qui enterre l’originale, ça commence à faire beaucoup.

The DamnedHelp

Face B de leur cultissime single New Rose, cette reprise de Help à toute vitesse par les Damned donne un bon coup de pied aux quatre de Liverpool. A la même époque, Joe Strummer chantait “No Beatles, no Rolling Stones in 1977”. Il ne croyait pas si bien dire: qui a besoin des Beatles et des Stones quand on a The Clash et les  Damned ?

Otis ReddingDay Tripper

Reprise musclée et nerveuse des Beatles où le riff de la chanson est jouée avec des cuivres. Pas de temps mort pour Otis Redding, il se donne à fond comme si sa vie en dépendait. Une des premières déconstructions du répertoire des Fab Four, à l’état brut.

The Wedding PresentGetting Better

Groupe de Leeds aimé par les amateurs de rock indé anglais, The Wedding Present fait une reprise agitée de Getting Better, morceau issu de Sgt. Pepper. Ça tape fort, ça va vite, droit au but et ce n’est pas sans rappeler The Fall. Bref, du tout bon.

The FallA day in the life

The Fall, justement. Les rares morceaux de ce groupe culte mené par l’irrascible Mark E. Smith ayant trouvé le chemin des charts sont des reprises: Mr. Pharmacist (The Otherhalf) et Victoria (Kinks), sortis à la fin des années 80.

Plus curieusement, ils ont repris à la même époque A day in the life, le morceau qui clotûre Sgt. Pepper. Une reprise réussie, avec un subtil piano au début et des choeurs féminins. Elle reste assez proche de la version des Beatles, mais avec cette originalité qui caractérisait The Fall, en particulier le chant sardonique de Mark E. Smith, qui essaie même de monter dans les aigus.

The HeadcoateesI (don’t) wanna hold your hand

Le répertoire des Headcoatees, pendant féminin des Headcoats de Billy Childish (voir les instantanés n.23) est constitué d’un bon nombre de reprises, à l’instar de leurs homologues masculins. Les sauvageonnes de Medway reprennent ici

I wanna hold your hand avec culot et impertinence pour en faire une version marrante où tout devient négatif: “Oh please don’t say to me you gotta be my man(..)And when you touch me I feel rotten inside..don’t wanna hold your hand”. Ces “punk girls” (le titre de l’album où l’on trouve cette version) ne sont pas là pour se faire marcher dessus, et elles ont bien raison.

SparksI wanna hold your hand

Curieuse reprise des Beatles de la part des frères Mael, et probablement la seule reprise qu’ils n’aient jamais enregistrés. A l’opposé de la version irrévérencieuse des Headcoatees, Russell Mael se drape de sophistication et nous fait son Bryan Ferry autour d’arrangements avec une flûte traversière nous replongeant dans l’ambiance des séries télé des années 70, sans oublier les choeurs féminins dramatiques. Dommage que Sparks n’aient pas fait d’autres reprises à l’exception de cette curiosité…

Telly SavalasSomething

Tiens donc, Kojak chante des chansons? Quand il n’interprétait pas son fameux personnage de la série des années 70 de flic chauve à la sucette, le greco-américain Telly Savalas, poussait parfois la chansonnette.. L’écoute de cette composition de George Harrison pour l’album Abbey Road est agréablement surprenante. Dans cette version lounge de 1974 aux arrangements feutrés, il sonne comme un Leonard Cohen de salon produit par Lee Hazlewood. 

The FeeliesEverybody’s got something to hide

Entre la fin des années 70 et le début des années 80, les fans de rock furent copieusement gâtés. Les Feelies, originaires du New Jersey, se forment en 1976 et jouent au CBGB, pépinière de nouveaux talents. Ils sortent leur remarquable premier album Crazy Rythms en 1980. Leur rock tendu, élaboré mais sans être pompeux situé entre le Velvet Underground et Television fait des merveilles, comme sur cette reprise parfaite de Everybody’s got something to hide. 

Fats DominoEverybody’s got something to hide

Avec cette reprise inattendue, l’icône de la Nouvelle-Orléans se réapproprie la chanson avec sa bonhommie naturelle pour un résultat festif et boogie-soul. Lady Madonna, composition de Mccartney influencée par Fats Domino, fera aussi l’objet d’une reprise par Fats lui-même.

Roky EricksonI’ve just seen a face

I’ve just seen a face est une petite chanson country enjouée issue de l’album Help qui fait un peu penser à Buddy Holly. Roky Erickson, autre grand rocker texan, reprenait de temps à autres cette chanson mineure des Beatles, à laquelle il insufflait la fragilité et l’émotion qui caractérisait aussi sa musique, comme on peut l’entendre sur ce live de 1981 au Whisky A Go Go, accompagné des Explosives, son meilleur backing band avec les Aliens.

The James Hunter SixIt won’t be long

Repéré par Van Morrison, James Hunter est un anglais dont la musique est resté bloquée au début des sixties. Sa voix et les arrangements de ses chansons renvoient aux grandes heures du rhythm n’ blues de Ben E. King et Arthur Alexander: c’est saisissant. Sur It won’t be long, il ajoute une dose de ska à son rhythm n’ blues jazzy pour un résultat impressionnant plus qui sonne plus vrai que nature.

The JamAnd your bird can sing

Le trio de Paul Weller propose une variation mod de ce morceau de 1966. L’originale était curieusement plus abrasive, ici elle devient power-pop. Plutôt qu’un retour en arrière, The Jam en font une relecture rétro-futuriste: le son des Who en 1965 mais avec les préoccupations et les inquiétudes d’un jeune de son temps.

The InmatesMeet the Beatles

Les Inmates émergent à la fin des années 70 avec deux albums: First Offence (1979) et Shot in the Dark (1980). Ces petits frères de Dr.Feelgood s’inscrivent dans la continuité du quatuor de Canvey Island et jouent un rock à base de blues sec et musclé. Ils sont également doués pour les reprises comme sur Dirty Water (Standells) et surtout leur fabuleuse version de Some Kind of Wonderful (The Soul Brothers Six) sur laquelle Bill Hurley s’avère être un bien meilleur chanteur que Mick Jagger. (Oui, vous avez bien lu). Les Inmates préfèrent d’ailleurs les Stones aux Beatles, mais ils vont mettre tout le monde d’accord un soir de 1987 à Paris, lors d’un concert à l’initiative du journal Libération pour les 20 ans de Sgt. Pepper. La set-list ce soir là est intégralement composée de chansons des Beatles et le concert fait l’objet d’une captation pour un album live. A l’écoute, le constat est sans appel: les Inmates sont en grande forme et livrent un set du tonnerre où ils règlent leur compte aux Fab Four du début à la fin. Mention spéciale à leurs versions survoltées de I saw her standing there, She’s a woman et Sgt.Pepper. Alors, Beatles ou Rolling Stones ? Inmates.

The ResidentsThe Residents Play The Beatles

Étrange et dérangeante mutation des Fab Four: loin d’un simple medley, les Residents créent un monstre de Frankenstein, soit une chanson à partir de bribes de morceaux des Beatles piochés ici et là, dans la continuité de leurs travaux de déconstruction des tubes des sixties entamé avec l’album Third Reich n’roll. En ce qui concerne leurs expériences sur les Beatles, on est plus chez Josef Mengele que dans le laboratoire de Dexter..enfin, musicalement parlant, bien sûr.

Yellow Magic OrchestraDay Tripper

Sortes de cousins japonais de Kraftwerk en moins rigides, le Yellow Magic Orchestra est un des groupes précurseurs de la synth-pop et de la techno et a compté parmi ses membres Ryuichi Sakamoto. Cette reprise de Day Tripper fait néanmoins davantage penser à un Devo nippon en moins frénétique, ce qui n’est pas mal non plus.

Gary U.S BondsIt’s only love

Gary U.S Bonds, interprète des tubes Seven Day Weekend et Quarter to Three au début des années 60, traverse le désert à l’aube des années 80. Bruce Springsteen, fan déclaré de ce chanteur de rhythm n’ blues, le prend sous son aile pour le faire sortir de l’oubli. Il produit et arrange deux albums pour lui, Dedication (1981) et On the Line (1982).

Sur la première de ces deux collaborations, Gary reprend un titre mineur des Beatles, It’s only love. Le résultat, certes un peu daté est tout de même honorable et ressemble au Willy DeVille de l’album Coup de Grâce, sorti à la même période. Ce qui n’est guère étonnant, puisque DeVille est le jumeau bénéfique (musicalement parlant) de Springsteen.

Dead KennedysBack in the USSR

Reprise live furibonde, ironique et hyper speed dans le pur style Dead Kennedys. Simple et efficace, pas besoin du Dr. Folamour pour larguer cette bombe.

Prince BusterAll my loving

Comme les artistes de soul ou même de jazz, certains musiciens de ska reprennaient aussi des morceaux des Beatles en leur temps. La preuve avec cette très sympathique version ska de All My Loving par Prince Buster, auteur du classique One Step Beyond popularisé par Madness.

Weird Al YankovicPac-man (Taxman)

Weird Al Yankovic est très apprécié aux Etats-Unis depuis le début des années 80 pour ses parodies de chansons à succès, qu’il améliore la plupart du temps grâce à son humour décalé.

En 1982 , il détourne Taxman, composition de George Harrison à charge contre un receveur des impôts (un sujet qui inspirera également Les Inconnus pour leur Rap-tout vampires) et en fait une chanson à la gloire du jeu-vidéo Pac-Man sur fond d’accordéon (sa marque de fabrique).

Qui s’écoute aussi bien que l’originale. Les jeux vidéos, voilà une thématique qui manque au rock’n’roll.

Screamin’ Jay HawkinsMonkberry Moon Delight

Bon, il s’agit d’un titre de McCartney en solo et non avec les Beatles, mais il aurait été bien dommage de ne pas l’inclure dans cette liste. Sorti en 1971 sur l’album RAM, Monkberry Moon Delight est une chanson surréaliste inspirée par Screamin’ Jay Hawkins…qui la reprend quelques mois plus tard. Avec sa voix à faire trembler les murs, la mélodie qui aurait pu servir de matière à samples aux rappeurs et son talent hors-pair, il écrase le scarabée Mccartney avec une classe folle. Meilleure reprise d’un quart des Beatles.

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