Les Instantanés d’Imara #19 – F. J. Ossang

 F.J. Ossang par Imara

En cette semaine du 14 juillet, bien que je ne sois pas du genre patriote (j’ai en fait plutôt tendance à considérer le rock’n’roll comme ma patrie), j’ai pensé que ce serait une bonne occasion d’évoquer un artiste bien de chez nous, et dont on parle rarement: F. J. Ossang.

Artiste pluri-disciplinaire et éternel adepte du Do it Yourself, F. J. Ossang est cinéaste, poète, musicien et écrivain depuis plus de quarante ans, ne suivant que ses propres codes et son esthétique entre poésie beat, expressionnisme allemand et punk rock. Malgré l’étendue de ses talents, c’est au F. J. Ossang musicien auquel nous allons nous intéresser aujourd’hui.

Frederic Jacques Ossang naît en 1956 dans le Cantal avant de vivre à Toulouse dans les années 70. Il commence alors à écrire ses premiers poèmes tout en fondant une revue littéraire publiant des textes de poètes comme William Burroughs ou Claude Pelieu. F. J. Ossang se passionne également pour le cinéma, plus précisément les films expressionnistes allemands ou le cinéma muet russe.

A la vingtaine, il est pris de plein fouet par le mouvement punk: la découverte des Sex Pistols et des Clash lui ouvre de nouvelles perspectives, il se lance dans la musique. A noter que Joe Strummer fera une apparition plus tard dans un de ses films, Docteur Chance en 1997.

FJ Ossang forme son premier groupe, DDP (De la Destruction Pure), puis MKB Fraction Provisoire en 1980, avec à la guitare Jack Belsen, Mr. Nasti à la batterie et Gina Lola Benzina aux claviers.

Un EP sous forme de manifeste, MKB Provenance France, sort en 1981 sur Cééditions Tracks, le label d’Ossang. Ce manifeste sur disque contient notamment European Death Winners, un titre qu’on retrouve sur leur premier album, Terminal Toxique en 1982. Les présentations se font sur un post-punk tonitruant et brut aux guitares acérées avec Ossang scandant ses textes, criant haut et fort:

Nous sommes les Messageros Killer Boys, messagers qui tuent. No message. Le message, c’est le médium”. 

F. J. Ossang et son commando punk poétique-industriel remettent le couvert avec un deuxième album aux côtés des punks parisiens arty de Lucrate Milk en 1983. Loin d’une association de malfaiteurs ou d’une quelconque alliance, le disque est en fait un album partagé: Lucrate Milk est sur la face A tandis que MKB est sur la face B. Colocation sur un même LP entre le punk dada free-jazz et le post-punk industriel et sauvage. Des membres de Lucrate Milk jouent par ailleurs dans le premier long-métrage d’Ossang, L’affaire des divisions Morituri, son film de fin d’études à l’IDHEC sorti en 1985.

Les deux groupes contribuent à la musique du film dans lequel on retrouve aussi des titres de Tuxedomoon et de Cabaret Voltaire, fortes influences de MKB.

MKB Fraction Provisoire se rebaptise Messageros Killer Boys et publie un troisième album, Hôtel du Labrador en 1988. Le disque est excellent, en particulier le morceau titre, tout comme Rouge orange incendie ou Loi des fantômes. Le style d’Ossang, qu’il décrit si justement comme du “Noise n’roll” fait ici des ravages. Chez F. J. Ossang, la poésie n’est jamais chiante ni prétentieuse, jamais surfaite. Pas de pose ni de manières: on n’est pas chez Patti Smith.

L’EP suivant, Le chant des hyènes est dans la même veine avec L’été difficile et le titre éponyme, un post-punk minimal presque dansant, que l’on retrouve dans la bande originale de son film Le trésor des Îles Chiennes de 1990.

Entre les deux films paraît l’album Feu! en 1993 avec les services du trompettiste Jac Berrocal, le guitariste Little Drake (collaborateur régulier d’Ossang) et au mixage, Eric Debris de Metal Urbain. Un opus très réussi, plus tendu aux sonorités davantage tournées vers l’électronique. La trompette ajoute un côté film noir à ses textes évoquant sa jeunesse entre Toulouse et Paris, avec des références aux Sex Pistols et à Iggy Pop.

Viennent ensuite une compilation, Frenchies, Bad Indians, White Trash puis un live (MKB Live) et la bande originale de son film Docteur Chance avant que F. J. Ossang ne mette en suspens indéfiniment les Messageros Killer Boys.

Ossang revient brièvement à la musique avec son batteur Mr. Nasti pour l’EP Baader Meinhof Wagen en 2007. C’est plus rock, sauf pour le morceau titre qui renoue avec l’industriel mais c’est tout aussi bon. Et bien sûr, personne n’en parle.

Se consacrant au cinéma et à la littérature, F. J. Ossang a depuis délaissé la musique, à notre regret, ou du moins à mon regret. Les albums des Messageros Killer Boys ont été réédités par de petits labels spécialisés dans l’exhumation de pépites de l’underground français, de même que pour les bandes originales de ses films.

Des rééditions confidentielles d’albums qui le sont tout autant, provenant d’un éternel marginal du paysage culturel français, qui mériterait bien plus de reconnaissance.

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2 Comments

    1. says: Imara

      C’est vrai que leurs disques restent difficiles à trouver, même réédités.
      Je n’en ai que deux à vrai dire, “Hôtel du labrador” et l’EP Baader Meinhof, que je n’ai d’ailleurs jamais revu dans un bac à disques depuis.

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