Tout fout le camp de nos jours. Cela vaut autant pour la société que pour mon humble personne. Figurez-vous que j’en suis venue à regarder une émission de télé-réalité de mon plein gré. Eh oui. Sans chantage, sans torture, ni même aucune contrainte visant à faire à plaisir un membre de mon entourage. L’émission en question ? The Osbournes, diffusée entre 2002 et 2005 sur MTV, dans laquelle on suit le quotidien d’Ozzy Osbourne et sa famille.
MTV, chaîne américaine partiellement responsable du déclin du rock’n’roll dans les années 80 et coupable d’avoir privilégiée l’image à la musique n’a cependant pas commis que des méfaits. Les rares bons points que l’on peut accorder à MTV sont deux dessins animés: Daria (1997), traitant du quotidien d’une lycéenne intelligente et sarcastique, ainsi que Beavis & Butt-head (1993), sur deux adolescents stupides amateurs de hard rock au ricanement incessant. (A noter que le personnage de Daria est d’abord apparu dans Beavis & Butthead)
Dans le cartoon du même nom, Beavis et Butt-Head sont donc fans de heavy metal et fredonnent de temps à autres des riffs de hard rock, dont des titres de Black Sabbath: Iron Man et Electric Funeral, provenant de l’album Paranoid (1970). Les deux larrons commentent également de nombreux clips diffusés sur MTV, entres autres ceux d’Ozzy Osbourne qu’ils apprécient. Ce dernier a même écrit un titre apparaissant sur la bande originale du long-métrage adapté de la série, Beavis and Butthead Do America.
Venons-en à Ozzy. Ozzy Osbourne est né à Birmingham en Angleterre le 3 décembre 1948. Il est issu d’une famille pauvre comptant six enfants. Dyslexique, il abandonne l’école à quinze ans et occupe quelques emplois pour subvenir aux besoins de sa famille. Il fut plombier et employé dans un abattoir avant de se lancer dans la petite délinquance. Un jour, il entend les Beatles à la radio et c’est le coup de foudre: il décide de devenir musicien.
En 1968, le bassiste Terrence “Geezer” Butler le recrute pour devenir chanteur de son groupe. Aux côtés du batteur Bill Ward et du guitariste Tony Iommi, ils forment Black Sabbath. Leurs deux premiers albums, Black Sabbath et Paranoid, sortis en 1970, puis Master of Reality l’année suivante deviendront des classiques du heavy metal. Et ce sont des albums qui s’écoutent bien même à défaut d’aimer ce style.
The Osbournes S1 EP1
Ozzy Osbourne est au heavy metal ce que Iggy Pop est au punk-rock: son fondateur, son héros, et une figure tutélaire pour les groupes à venir.
Durant six albums, Ozzy se fera autant connaître pour son chant particulier que pour ses frasques. Il quitte Black Sabbath en 1978 suite à des problèmes de drogue. Emporté dans une spirale d’excès, Ozzy se remet plus ou moins en selle et se lance en solo grâce à son épouse Sharon, fille de son ancien manager. Ozzy devient par la suite un personnage important dans le monde du hard rock, admiré et respecté par les métalleux du monde entier. Mais c’est en 2002 que le grand public fait sa connaissance grâce une émission TV qui connaitra un grand succès.
Dans The Osbournes, on suit la vie quotidienne du déjanté Ozzy Osbourne et de sa famille qui l’est tout autant. Loin de son image de “Prince des Ténèbres”, Ozzy est ici un sympathique père de famille un peu à côté de ses pompes, traînant en jogging et grommelant des insultes à tout va.
Sa femme Sharon, tient sa famille d’une main de fer mais avec une certaine bienveillance. Leurs enfants Jack et Kelly sont deux ados dissipés au caractère bien trempé.
L’émission relève du sacrilège pour un bon nombre de fans qui déplorent un certain voyeurisme. L’idole écornée, désacralisée, démystifiée. Le prince des ténèbres porte des survet’ et a du mal à allumer sa télé. La légende du heavy metal est…un type normal. Quoique. Les bien-pensants, quant à eux, critiquent le langage grossier et les manières de cette famille peu conventionnelle. Ces mêmes qui auparavant encensaient le Cosby Show, une série correspondant parait-il davantage à leur modèle de famille idéale.. A ce propos, un épisode montre la réponse cinglante de Sharon à une lettre de cet infâme Bill Cosby, méprisant la famille Osbourne et leur programme.
Pourtant cette émission est bien plus intéressante et sympa à regarder qu’elle en a l’air. The Osbournes est en fait un croisement entre la sitcom et le documentaire. Comme si on avait laissé une caméra tourner chez eux, dans leur intimité. L’émission n’a d’ailleurs jamais été scriptée, à la demande des époux Osbourne. C’est aussi ce naturel et cette spontanéité qui rendent cette famille si attachante. Ils sont authentiques et apparaissent tels qu’ils sont, ne cherchant ni à plaire, ni à “faire bien” ou à être des modèles. The Osbournes, c’est La Famille Addams qui rencontre Malcolm (mais sans la critique sociale de cette dernière, puisque qu’ils sont riches).
Le générique de l’émission, tout en ironie, s’inspire de l’esthétique des années 50 avec une chanson d’Ozzy (Crazy Train) revisitée par le crooner Pat Boone. Jouant avec le cliché de la parfaite famille nucléaire américaine d’après-guerre, ce générique évoque aussi celui d’une autre série mettant en scène une famille dysfonctionnelle: Mariés, deux enfants, qui s’ouvrait sur Love and Marriage de Frank Sinatra.
Le ton est donné dès le premier épisode, et c’est très amusant à voir. Cela commence avec l’emménagement des Osbournes dans leur luxueuse demeure de Beverly Hills et on y suit parallèlement Ozzy faisant sa promotion sur le plateau de Jay Leno, célèbre présentateur américain. La rockstar y est désopilante et se montre dès lors comme le meilleur personnage, souvent déconnecté et parfois dans l’incompréhension, ce qui donne lieu à des situations cocasses: Ozzy râle contre la télé qu’il peine à allumer (et contre toutes formes de technologies modernes), peste contre son chat qui le gêne pour cuisiner, insulte l’océan (!) qui l’empêche de faire un feu de camp, tente de se maintenir en forme avec difficulté (on le voit notamment faire du vélo d’intérieur devant la télé)…
Dans une séquence d’anthologie, Ozzy s’oppose à Sharon, et à juste titre: celle-ci voulait que Ozzy termine son concert..avec des bulles ! Lui, le Prince des Ténèbres ! Mais il lui voue un amour qu’il montre parfois de manière surréaliste: dans un épisode, il fait une dépense insensée de 600 dollars pour ses chocolats préférés afin de fêter son retour.
Au fil du temps, on suit cette famille pas comme les autres dans leur vie quotidienne: voyages d’affaires en jet privé, enregistrements d’albums, répétitions de concerts du père, mais aussi querelles et tendresse familiale. Sharon, la matriarche aime profondément Ozzy et ses enfants, un amour qu’ils montrent à leur manière..bien qu’ils semblent parfois faire preuve d’un certain laxisme envers leurs enfants. Jack, quinze ans, sort en boîte tous les soirs et passe le reste du temps sur son ordinateur. Kelly, en pleine crise, en fait voir de toutes les couleurs à ses parents. Réaction de Sharon: “She’s so dramatic, I love her”.
Les chiens ne font pas des chats, leurs enfants se lancent dans la musique: Jack souhaite fonder son propre label, et Kelly devient chanteuse. Le résultat est désastreux pour celle-ci: ses chansons sonnent comme les affreuses bouillies pop pseudo-rock pour midinettes que Disney Channel et les films pour ados de l’époque infligeaient à ses jeunes et malléables téléspectateurs.
La famille a aussi une ribambelle d’animaux de compagnie tout aussi indisciplinés, constituée d’adorables chiens et chats déféquant dans toute la maison.
Les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus, que ce soit la nounou, le gardien de sécurité, Rob l’ami orphelin de Jack recueilli par la famille, le coach sportif d’Ozzy, le père de Sharon ou encore l’insupportable Jason Dill, plus squatteur que skateur. Évoquons aussi les voisins des Osbourne, dont le tapage nocturne donne lieu à des scènes mémorables de conflits de voisinage, montrant une famille plus unie que dans n’importe quelle sitcom mièvre (sauf Malcolm)
L’émission aborde aussi des thèmes communs à beaucoup d’adolescents: la recherche d’identité, les piercings et tatouages (au grand dam de la mère), les premières amours, l’indépendance, ainsi que des sujets plus durs, comme l’addiction aux drogues ou le cancer.
Cependant, face à ce succès MTV décide de rendre l’émission plus trash et plus vulgaire dès la deuxième saison, misant davantage sur les frasques des ados Osbourne, ce qui ne fait que la desservir. Mais lorsque qu’elle se focalise sur les parents, elle reste encore très divertissante, et on éprouve toujours de la sympathie à suivre cette drôle de famille.
Les émissions de télé-réalité sont des pourritures audiovisuelles qui devraient disparaître de la surface de la Terre. The Osbournes est l’exception qui confirme cette règle.
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