Myd / Mydnight
[Ed Banger Records]

7.6 Note de l'auteur
7.6

Myd / MydnightÇa y est. La rentrée a montré son nez. C’est donc l’occasion de prolonger notre été avec Myd par la pensée. L’artiste est probablement le dernier artiste (en date) né de l’écurie Ed Banger Records a avoir fait son petit effet avec (le très Empire of) The Sun en 2021. Le label est bien connu pour avoir favorisé l’éclosion de la génération 2.0 de la french touch. Pour autant, ce que le DJ prend de celle-ci se situe moins dans sa musique, toute en pop acidulée, que dans son esthétique – celle de son personnage, sorte de Dude épars, égaré dans un monde tournant plus vite qu’un disque. Le titre de son premier album était parlant : Born To Be a Loser. Avec Mydnight, son second, Myd habite toujours sa musique, mais nous fait mûrir son personnage, et pas que de rires.

Mydnight (S)express

C’est le Midi. Sur Our Home, porte d’entrée, on est calfeutré dans un univers de vacances d’adultes et de plaisirs juvéniles, légers ; rien d’amoral ici. Les filles sont là, les enfants jouent au loin ; nous sommes entre gens biens. Il y en a pour tous les goûts, et on nage en plein yaourt grec. On retrouve ce petit quelque chose des compil’ ensoleillées des années 2000, avec du Phats & Small mais aussi Duck Sauce et Junior Senior. Cette époque où le grillage de la house était parfois enlevé ; ce petit truc des fonds d’albums de Martin Solveig, quand l’électro voulait tendre la main à d’autres genres (la funk, du jazz, etc.). Avec Myd, c’est plus dans les accents indie rock pop, sonorités partagées par des groupes et artistes comme Metronomy, Parcels, Cola Boyy ou encore les frenchies de Casablanca Drivers et Lewis OfMan. C’est grand public, tout en restant pointu ; Myd fait quelques pas vers la discothèque, tempo (plus) battant, sans jamais se renier.

La musique est relevée, entraînante, sans impératif catégorique à la danse. C’est la tête qui hoche, au moins. Et pourtant, il y a cette petite pointe d’intranquillité, même dans la détente acquise – ce sentiment de fin inéluctable des choses, de joyeux fatras auquel notre nature ne nous autorise à participer pleinement, malgré l’envie, et la faim légitime qui en résulte. Par où commencer ? pour trouver sa place ? C’est là que l’on retombe sur la sensibilité de Myd ; ce sentiment hagard, flottant à la Big Lebowski. Alors oui, l’album n’est pas le plus précurseur du monde. C’est une musique de son temps, épicurienne, avec sa goutte de mélancolie. Mais plus honnête que les albums de Barry Can’t Swim, Romy ou Jamie XX, qui nous salute. Le personnage de clown gentiment patibulaire se dissipe graduellement. Une main féminine se glisse dans notre paume blanchâtre, pendant qu’on risque un orteil dans l’eau ; confiance et certitudes prennent le pas : le royaume est bien ici.

Myd-figue myd-raisin ?

Il est minuit ; c’est l’heure d’être funky. Le club de plage revêt ses néons violets. Mydnight est bien dosé, club mais point trop brutal, comme ces artistes qui se situent à l’intersection entre l’électro et autre chose de plus pop, tel Digitalism. Pendant que les jeunes font la bringue au Gatsby, la marmaille crie de joie, se mélange aux grands ; pour les grands-parents, c’est la trêve enfin acquise, regard de joie commune du balcon pour ceux qui dansent au loin. Et bien que Myd fasse des pieds-de-nez à la Justice le temps d’un interlude ou convoque le souvenir oublié d’un séjour à l’Ibifornia de Cassius, c’est plutôt outre-Manche que son oreille se dresse. Sur A.M.E.R.I.C.A., on déboule comme Priscilla, Folle du désert, à la recherche d’un Lollapalooza halluciné ; mais c’est bien plus sur les terres musicales anglaises qu’on erre : on pense alors furieusement aux Chemical Brothers, quand la couche électro se rajoute. C’est moins dans le sillage français qu’anglais – celui du Calvin Harris lo-fi des débuts, de Fatboy Slim et Basement Jaxx – que s’inscrit l’électro de Myd(night).

On semble vouloir tirer à la ligne avec tous ces noms, à ramener notre science. Sweatin’ a ce petit côté Brat ou Dua Lipa dans la Jungle. On se sent So High qu’on pense à son écoute aux remixes d’Axwell pour Mambana, au bon Grant Nelson mais aussi au vieux Junior Jack (son E Samba), dont on réclame des nouvelles. Mais l’exercice est vain, car même si l’on saisit les quelques influences et clins d’œil explicites, ces références précédemment citées semblent bien digérées. L’album se situe dans la prolongation du premier opus, gardant ce côté “duper” tout en se départant (en partie, et la juste part) de ce truc “rigolo” qui pourrait tourner à son désavantage, à la longue. Certes, l’album ne révolutionnera l’électro ; plus lucidement, on pourra lui reprocher de ne pas être traversé de fulgurances, critique que pouvait partager le dernier album de Carlita, qui passe une tête ici. Mais l’album est varié dans ses ambiances, constant dans sa qualité, preuve qu’il se pense seul. Qui plus est, facile à l’écoute, sans être fait de facilité. En découle une honnêteté appréciable. On sourit alors ; on a de la chance, c’est gratuit aussi…

Tracklist
01. Our Home
02. Song for You
03. All that Glitters is not Gold (& Trueno & Channel Tres)
04. Make Me Feel Alive
05. Be Someone New (& Bethanie Home)
06. A.M.E.R.I.C.A.
07. 9am (& Calcutta)
08.Yeah, It’s Mydnight, Let the Music Roll
09. Sweatin’
10. So High
11. In My Head (& Carlita)
12. Since You’ve Been Gone
13. The Wizard
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