2025 a livré son verdict, même si certains artistes ont attendu le dernier moment pour publier leurs nouvelles compositions. Et déjà, les premiers mois de 2026 devraient voir apparaître un nombre étourdissant d’albums. Alors, avant le raz de marée annoncé en mars, cette In the Trip a une oreille dans le passé et l’autre tournée vers l’avenir, en essayant de vous faire découvrir quelques newcomers (même si la sélection commence par des dinosaures). En tout cas, les filles sont un peu plus nombreuses qu’à l’accoutumée, et quant aux mecs, ils sont souvent essoufflés. Et tout le monde se réunit volontiers au coin du feu pour attendre le retour des beaux jours.
01 – The Afghan Whigs / Downtown (Still Corners cover)
Il faut chercher dans les tréfonds de notre mémoire pour se rappeler depuis quand on a délaissé The Afghan Whigs. Cela devait être avec Black Love (en 1996) voire éventuellement 1965 (en 1998) car il semblait alors établi que le groupe de Greg Dulli ne parviendrait jamais à atteindre les sommets de Gentlemen (1993), monument du rock indé américain avec ses influences soul. Le groupe de Cincinnati a pourtant repris du service depuis 2011, après une pause de plus d’une décennie. C’est donc une incroyable surprise que de s’apercevoir que le groupe est toujours capable de s’embraser à l’occasion d’un double single de reprises : l’une de Poliça, un groupe dont on n’a pas grand-chose à faire et l’autre des délicats Still Corners. Dans un cas comme dans l’autre, The Afghan Whigs les a faits siennes, portées par le chant puissant et captivant de Dulli.
02 – The Notwist / How the Story Ends
En plus de vingt-ans et une bonne douzaine d’albums, on aura eu le temps d’accompagner l’évolution stylistique de The Notwist. Alors bien évidemment quand le groupe allemand annonce la parution d’un nouvel album, on s’interroge pour savoir quelle facette sera mise à l’honneur. Et à l’aune du premier extrait (X-Ray) de News From the Planet Zero (Morr Music), on a bien compris que les guitares étaient ressorties des étuis et que les quinquas avaient un sacré retour de flamme puisque c’est l’une de leurs compositions les plus binaire depuis les 90’s ! Quelques autres titres sont du même acabit et prouvent qu’ils se sont bien amusés en mettant les potards dans le rouge. A côté de ces cavalcades, les Bavarois font aussi preuve de grâce et de délicatesse, lorsque Markus Archer susurre et qu’une belle orchestration organique enveloppe les mélodies plus posées.
03 – Whitelands / Songbird (Forever)
Tant qu’on prend du plaisir à se faire cueillir par des inconnus, c’est qu’on croit encore un peu en l’Humanité. On se retrouve dans l’émotion de l’autre et en retour, on est prêt à partager. Ces inconnus sont jeunes, anglais et ont profité d’une bonne éducation musicale, entre pop anorak et shoegaze (on imagine qu’ils ont beaucoup écouté les catalogues de Sarah Records, Postcard Records et les premiers Creation). Le deuxième album de Whitelands qui paraît sur Sonic Cathedral compte son lot de tubes qui profitent pleinement d’un chant soyeux, de quelques arrangements bien sentis et d’une énergie joyeuse.
04 – Still Blank / Denial
Repérés il y a quelques mois sur la foi de quelques titres jetés en pâture numérique, Still Blank semblait hésiter parmi les options qui s’offraient à eux. Après quelques mois d’existence officielle, le groupe basé à Liverpool a signé avec un sous-label de Capitol pour sortir son premier album qui a bénéficié de la production de Flood (PJ Harvey, Nick Cave and the Bad Seeds) – excusez du peu ! Et à l’écoute des dix chansons, on comprend que la major ait misé sur ce du duo fille/garçon, tant le résultat est varié, du krautrock-shoegaze (Ain’t Quite Right déjà entendu sur une précédente In the Trip) à la bedroom entêté de Denial ou à des sonorités plus folks. Au jeu des accointances, on pourra citer pêle-mêle, entre références tutélaires et sensibilités communes, Yo La Tengo, Cat Power, Big Thief, Girl In Red et même Mazzy Star.
05 – Telenova / VAPOR // SLOW DANCE
Et encore une formation cool venant d’Australie ! Décidément, il semble plus facile d’échapper à la folie du monde et de tourner les yeux vers les étoiles du côté de Melbourne. L’histoire du groupe a commencé dès 2020, avec la contribution de Chris Walla (Death Cab for Cutie), à l’occasion d’un concours, mais très vite, pour son premier album Telenova s’est recentré autour de la cinéaste, écrivaine et musicienne Angeline Armstrong, accompagné par deux touche-à-tout qui ont déjà dû passer de nombreuses heures derrière la console d’un studio. Après ce beau succès inaugural (au moins de l’autre côté du globe), le trio annonce un second album sur lequel la voix de la belle constitue l’élément central au milieu de compositions électro-pop aux ambiances résolument cinématographiques (d’aucuns diraient trip-pop), qui ne s’emballent jamais pour mieux distiller douceur et quiétude.
06 – Bluhm / Slow Rewind
A ce stade de leur carrière, qui compte pourtant déjà deux albums et une pléthore de singles digitaux, il est fort à parier qu’on oubliera l’existence de Bluhm d’ici quelque temps, parce que le groupe ne se singularise ni dans la forme ni dans le fond. Mais il faut néanmoins savoir apprécier ces pop-songs comme ces friandises alléchantes qu’on dévore avec gourmandise sans retenue quand bien même elles s’avèrent trop sucrées. On peinera à trouver quelque chose d’original dans le parcours du jeune duo de Detroit, qui, comme nombre de ces contemporains, se débrouille par ses propres moyens pour donner vie et diffuser à ses inspirations qui croisent selon leurs propres dires « The Cranberries, Still Corners et The Marías ».
07 – Hater / Angel Cupid
Si le premier extrait de leur quatrième (This Guy ?) laissait craindre que Hater avait ravalé sa fronde, jugulé ses états d’âme et trouvé la quiétude, le nouveau single aux allures menaçantes, Angel Cupid, qui gronde sans s’emballer, sans même se répéter, est un sombre démenti. Cela ne va pas mieux lorsque le jour se couche sur Malmö : les fantômes et les doutes réapparaissent, le trouble s’empare du quatuor dont la mélodie tangue, la fêlure étrangle toujours la voix de la fascinante Caroline Landahl. Voilà une bien sombre célébration de la Saint-Valentin.
08 – Daughter / Not Enough
Peu de fois citée pour siéger au Panthéon des plus voix féminines de notre époque, le chant d’Elena Tonra est pourtant de ceux qui fascinent et touchent au plus profond de l’âme. Après une escapade en solo sous le pseudo de Ex:Re qui filtrait aux confins du folk et du classique, la belle revient avec sa formation initiale Daughter. C’est dans cette configuration à trois qu’on retrouve toute l’intensité qui anime leurs compositions depuis quatre albums. La suite paraîtra toujours sur 4AD.
09 – José González / Against the Dying of the Light
De sa part, on n’attend rien d’autre que de reproduire une nouvelle fois cette chanson folk qu’il maîtrise à la perfection. José González, que ce soit sous propre nom ou en duo au sein de Junip, tient une formule qui, si elle n’est pas originale, lui est propre et se révèle paradoxalement singulière en étant hypnotique sans être redondante. Lorsqu’on découvre ainsi un extrait de son prochain album (toujours sur City Slang), on reconnaît immédiatement son chant délicat qui se love au creux de la mélodie cristalline jouée à la guitare sèche. En ces temps morse, la musique du Suédois est un rayon de soleil, dont la douceur apporte un peu de réconfort.
10 – The Paper Kites / Change of The Wind
C’est déjà le septième album de The Paper Kites en une quinzaine d’années. A petites touches, le groupe australien a délaissé ses inflexions rock pour être désormais un véritable groupe d’americana, avec des guitares en bois, voire même lap steel, et harmonia. If You Go There, I Hope You Find It (Netwerk) raconte le quotidien en lui donnant un éclairage poétique – à moins que ce ne soit de la poésie qui puise son inspiration dans le quotidien -, le tout sans élever le ton, ni accélérer le rythme.
11 – The Reds, Pinks and Purples / New Leaf
Il n’y a pas de raison pour que le changement d’année affecte le rythme des parutions de Glenn Donaldson, l’ultra-méga-giga prolifique Américain qui affirme avoir composé ses six dernières années pas moins de deux cents chansons (!) et n’avoir finalement réalisés que « neuf » albums (!!) dans l’intervalle. Sur le nuancier de The Reds, Pinks and Purples, les teintes sont toujours pastel car le monde va (de plus en plus) mal et que lui, a toujours le vague à l’âme. Aucune raison donc de changer le programme pour son prochain album à paraître prochainement sur Fire Records : c’est la mélancolie qui servira de boussole pour parcourir ces mélodies pop cotonneuses.
12 – Sculpture Club / The Every Boy
C’est tellement beau un garçon qui chiale, quand il se met à trembler, qu’il se livre et se délivre, que ses traits expriment le désarroi et qu’on voit l’enfant qui n’a jamais quitté l’homme. C’est pour cela, cette capacité à montrer ses faiblesses et à les magnifier, qu’on aime tant une bonne partie du catalogue de Funeral Party Records ou de Born Losers Records, qui accueille Sculpture Boy. Le trio de Salt Lake City doit souffrir dans chez les Mormons de l’Utah et de l’Amérique de Donald. On comprend aisément qu’ils se réfugient dans ce qui semble constituer un Eldorado à jamais disparu, du côté de l’Angleterre des années 80’s entre l’urgence des premiers The Cure, pour le chant vacillant et les lignes de basses profondes, et les sonorités ligne claires de The Smiths.
13 – Soft Kill / Feel This High (TNT Version)
Pour ce qui est de suivre le fil de la discographie de Soft Kill, on jette l’éponge quant à y trouver une logique et on va se contenter de repérer les compositions qui se distinguent de la formule que Tobias Grave ressasse au gré de ses états d’âme. Ainsi, parmi les trois (!!) albums et EP publiés dans les derniers jours de 2025, mélangeant nouvelles compositions et relectures alternatives, on s’entiche de cette version de Feel This High tournant au rythme d’un slow poisseux et gothique suffisamment longtemps pour qu’on ait le temps de relâcher les muscles et de se lover dans le creux du cou de son.sa partenaire.
Écouter aussi :
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