[Playlist] – In The Trip #17

[Playlist] – In The Trip #17On risque de réfléchir un bon moment pour trouver de quoi se réjouir. On a déjà oublié les bonnes intentions du début d’année et le mois d’abstinence de janvier et les jeux olympiques avec ses épreuves de disciplines pratiquées par une poignée d’athlètes inconnus sur neige artificielle. Il faut surtout ne pas laisser bourdonner la logorrhée des chaines d’information alarmiste, même plus ouvrir le poste de radios et se laisser bercer par les analystes de géopolitique, fuir les réseaux sociaux que l’intelligence artificielle rend encore plus factice, ne pas chercher la vérité de demain dans les sondages des élections municipales.

Un coup d’œil dehors pour constater que les prémices du printemps pointent (déjà), et on va se balader, courir, rouler avec dans les oreilles cette nouvelle compilation In the Trip qui compte bon nombre de revenants – comme quoi, tant qu’on est vivants, on peut s’exprimer.

01 – Kevin Morby / Javelin

D’aucuns diront que c’est le retour du prophète, du sauveur du folk US. Kevin Morby est devenu au fil des albums, cet artiste qui peut rivaliser avec les plus grands, toujours flamboyant, juste et intègre. Il est vrai que ses productions ne déçoivent jamais – allez, si, on peut chipoter sur la seule bande-originale de fim qu’il ait composé, Music From Montana Story (2023). On sait que ce garçon ne va pas vivre vieux, car ce n’est pas possible de livrer autant ses états tourmentés et de durer dans le temps. On se dit que c’est beau de ne pas le compter parmi les victimes du « club des 27 » ans (Hendrix, Jim Morrison, Kurt Cobain, et quelques autres) ou qu’il n’ait pas trouvé la mort aussi bêtement que Jeff Buckley. Alors, à l’approche de la quarantaine, chaque nouvelle chanson de Morby est un miracle, un sursis dont il faut profiter. D’autant que le premier extrait de son neuvième album, Wide Open Space (Dead Oceans), est un hymne à l’amour dont la mélodie à tiroirs cajole les oreilles et dont l’optimisme revigore le cœur.

02 – Rolling Blackouts Coastal Fever / Sunburned in London

Youpi, Rolling Blackouts Coastal Fever revient enfin quatre ans après trois albums impeccables (publiés par Sub Pop). Quand on lance ce nouvel single de plus de six minutes, on sait déjà que les Australiens n’ont (toujours) pas fait de concession à la facilité. La mélodie tarde à se mettre en place, la structure explose les standards du couplet-refrain, les lignes vocales se démultiplient, les guitares tricotent et si ce n’est cette évidence pop lumineuse, on pourrait évoquer les influences « krautrock » pour cette rythmique qui enivre sans jamais s’emballer, voire même « prog » (gasp !!) pour les volutes fumeuses griffées de solos de guitares en picking. Le mélange du tout est à la fois évident et singulier.

03 – Scott McCloud / Spaceship

Quand on (ré)entend cette voix rocailleuse venant du passé, affluent des souvenirs de concerts dans des rades de province, de voyages en bagnole avec l’autoradio qui crachote ou de trajets dans les transports en commun avec un casque sur les oreilles. Une éternité après la fin du mythique groupe post-hardcore Girls Against Boys, à une époque où régnait la scène de Washington D.C. derrière Fugazi et Dischord Records, et presque dix ans après le troisième album de Paramount Styles, son autre projet bien plus posé, Scott McCloud réapparait pour la première fois sous son propre nom. C’est bien sûr son chant détaché qui marque ses compositions, désormais aux inflexions folk et presque exclusivement acoustique, qui s’inspirent de Lou Reed.

04 – American Football / Bad Moons

Suivre la discographie et l’évolution d’American Football, c’est reconnaitre que le temps n’est finalement pas une notion cardinale, que la temporalité peut s’étirer parce que l’émotion reste intacte. Le groupe de l’Illinois a réussi à produire deux albums : l’un en 1999, l’autre vingt ans plus tard (!!). Le groupe emmené par Mike Kinsella, croisé dans un autre siècle au sein de Cap’n Jazz et Joan of Arc et aussi en solo sous le pseudo d’Owen (dont on recommande toujours le dernier album paru en 2024) est devenu au fil des années – de silence – une référence en matière de rock intelligent et sensible. Bien évidemment, la parution d’un nouveau morceau est un évènement majeur pour les aficionados. Et une invitation à découvrir pour ceux qui ne connaitrait pas encore la capacité de ce groupe à allier puissance et sensibilité, profondeur de champ panoramique et sens du détail au plus proche de l’épiderme.

05 – Shaking Hand / Mantras

Après l’excellent album de Nightbus, qui délivrait une vision moderne du Madchester, le vénérable label melodic a déniché une autre merveille : Shaking Hand. Mais s’ils sont aussi de la cité britannique, ceux-là œuvrent dans un tout autre registre, comme l’atteste le morceau d’ouverture de leur premier album qui fait penser à Pinback. Et comme ces jeunes types aiment bien les sonorités bien rock et les compositions métronomiques, l’album est un bon condensé de Three Mile Pilot et System Officer – les deux autres groupes de Armistead Burwell Smith IV (aussi connu sous le nom de Zach Smith). Ce qui est un sacré compliment.

06 – TRAITRS / Dream Drowning 

Au troisième single extrait de Possessor, le doute n’est plus autorisé. TRAITRS est, sans une once de pondération, un groupe majeur. Si tant en est qu’on ait pu passer à côté de leurs quatre premiers albums, celui-ci devrait être un cinglant rappel à l’ordre. Impossible de se défaire de ce manifeste à la mélancolie, de cette ode au mal-être. Ou alors c’est que ni The Cure ni Joy Division font figures incontournables de références de vos discothèques – ça existe bien évidemment mais alors on n’a pas grand-chose à se dire de nos vies. Mais pour qui aura perçu ne serait-ce qu’une seule fois au goût amer de la désillusion, à la remontée acide de la trahison quand on s’est livré cœur et âme, au vertige qui succède à l’abandon, alors la musique de TRAITRS est celle du lendemain, quand on refuse qu’il n’y ait pas d’avenir, quand on sert les poings et avance parce qu’il n’y a d’autre issue si ce n’est la mort.

07 – False Figure / Flowers In Bloom

Ça anime quelques soirées entre amis, jusque tard dans la nuit, mais, à un moment, on arrive à la conclusion que la meilleure période de New Order se situe peu ou prou alors que les cendres de Joy Division fumaient encore. Et quand on en est là de la discussion, l’esprit embrumé, il reste deux solutions : piocher dans la pile de disques de Factory Records pour un voyage dans le passé, ou tenter de dégoter une « nouveauté » qui confirmerait – si tant est qu’il faille convaincre qui que ce soit – l’importance de l’influence du groupe de Manchester. Dans cette seconde option qu’on défend ici avec bravoure et ferveur, cet extrait du troisième album du trio californien False Figure est une bonne pioche. Pour les moins âgés, ça marche aussi sur d’autres morceaux pour démontrer qu’Interpol a relancé en son temps un style qui n’avait plus droit de cité.

08 – Don’t Get Lemon / Matrimony

Vous avez aimé le dernier album de Nation Of Language en particulier lorsque le groupe new-yorkais délaisse sa pose arty et s’adonne aux pulsations dancefloor ?  Alors vous pouvez jeter votre dévolu sur Don’t Get Lemon. Le trio vient de la luxuriante scène d’Austin, plus réputée pour ses artistes prompts à croiser folk et rock ou à réinventer le rock en post- quelque chose. Mais là, Don’t Get Lemon, déjà auteur d’un trépidant album Have Some Shame en 2024, convertit cette promesse synth-pop en manifeste avec ce single qui devrait se retrouver sur leur troisième album. Emmené par une rythmique irrésistible, le morceau bénéficie d’un chant pulsatif qui donne le change à une avalanche synthétique. A l’heure des lamentations et du repli sur soi, ce Matrimony est une bulle euphorisante.

09 – Apparat / Glimmerine

Apparat délaisse enfin la composition de bandes-son pour donner suite à LP5 (Mute– 2019), avec la publication de A Hum Of Maybe qui permet de confirmer que l’Allemand s’éloigne un peu plus encore du format IDM (intelligent dance music) de ses débuts, lui qui a co-fondé le label Shitkatapult, pourvoyeur de nombreuses références abstract et minimal-tech. Bien évidemment, il y a encore des glitchs et des pulsations électro dans ses compositions, mais l’organique s’invite souvent dans ces compositions aux structures tortueuses. Aussi Sascha Ring chante de plus en plus et de mieux en mieux. En cela, il suit la même trajectoire que Douglas Dare et SOHN.

10 – Nürnberg / Ciemra

Certains tiennent à jour un carnet de voyage, griffonnent ce qu’ils observent ou prennent des photos pour fixer leurs souvenirs. Yury Luhautsou et Aleh Sautin, eux, composent des chansons sous le nom de Nürnberg. Le premier ne cesse même de produire des instrumentaux sous le pseudo Фарфоровые коты (qui se traduit bien évidemment par « farforovye koty »). Mais c’est bien avec son acolyte guitariste que le Biélorusse se montre le plus inspiré, saisissant ses émotions et ses doutes au fil de ce long road-trip engagé depuis déjà quelques années. Loin de chez eux, dans un contexte qu’on imagine inconfortable quand on est un étranger venant de Minsk, ils exhortent leur mélancolie et magnifient la désolation, greffant sans pudeur un déchirant solo de guitare à leur relecture en russe des influences post-punk / new-wave / coldwave.

11 – Beach Vacation / No Contact

Il faut remercier le label défricheur Too Good To Be True pour nous avoir mis entre les oreilles la musique de Beach Vacation. Si le groupe existe depuis 2012, le duo aura mis du temps à sortir d’un cercle très confidentiel et à s’exporter. Il faut dire aussi que le groupe n’a rien à voir avec la scène locale, Seattle étant à jamais associé avec le courant grunge (Nirvana, Soundgarden, Alice In Chains, Pearl Jam, Mudhoney, Tad… le tout avec l’appui de Sub Pop). En l’espèce, les guitares sont en mode mineur et les embrasements sont étouffés par un gros édredon cotonneux. Quant au chant, c’est un murmure tout juste audible pour comprendre la profondeur de la mélancolie de ces gars.

12 – Pan•American / Death Cleaning

Depuis la disparition des mythiques Labradford au début des années 2000, on a pris l’habitude de basculer de la soirée à la nuit avec la musique de Mark Nelson et de son vaisseau Pan•American, même si on a un peu perdu le fil avec la démultiplication de ses collaborations, notamment avec Kramer. Alors, si on reprend le cours de l’histoire, disons que son quatorzième album se recentre sur une approche plus acoustique et contemplative. Quelques notes de guitares tissent un motif, un murmure s’évanouit dans le lointain. Le sommeil nous gagne.

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