Warpaint / Radiate Like This
[Heirlooms / Virgin Music Label & Artist Services]

7.2 Note de l'Auteur
7.2

Warpaint - Radiate Like ThisLe moins que l’on puisse dire, c’est que les quatre musiciennes de Warpaint ont une opinion assez précise et lucide d’elles-même : nommer leur quatrième album Radiate Like This démontre une sacrée finesse d’analyse pour décrire un album aussi… lumineux. Pourtant, les choses n’étaient pas gagnées d’avance quand, quelques temps en arrière, on les avait laissées lessivées après le nouveau succès mondial de Heads Up, leur troisième album : tournée gargantuesque, début de hype les entrainant dans la plupart des festivals en vue à travers le monde dont le très people Coachella, à domicile, premières parties américaines de Depeche Mode et tout un tas d’autres bonnes raisons de perdre la tête. Six années et un premier break dans leur plus si jeune carrière débutée en 2004 et accueillie à sa juste valeur dès la sortie de leur premier album en 2010. Six années à travailler sur des projets solos annexes, TT pour Theresa Wayman ou Jennylee, nom sous lequel la bassiste Jenny Lee Lindberg vient de sortir Heart Tax, son second album. Restait alors la question de savoir comment elles allaient s’en remettre, petit coup de pression supplémentaire d’une fanbase mais aussi d’une profession toujours prompte à être aussi impatiente qu’exigeante ; peut-être plus d’ailleurs avec un groupe 100% féminin, toujours la même histoire. Rien d’étonnant cependant quand, débarqué de nulle part, on sort un très bon premier album, puis un excellent second et un tout aussi excellent troisième : il ne s’agit plus de confirmer mais bien d’assumer un statut qui devrait finir logiquement par les mener un jour aux plus gros caractères des affiches de tous ces festivals qu’elles écument de nouveau.

L’entrée dans Radiate Like This se fait tout en douceur. Inutile de chercher les équivalents de New Song, So Good ou Disco/Very : pour faire danser les foules lors de leurs futurs concerts, ça n’est pas dans ce nouvel album que les californiennes iront puiser. Seul Champion puis Hips en ouverture semblent porter avec timidité les habits du hit potentiel même si aucun single n’a véritablement été extrait de l’album. Mais la tranquillité de Radiate Like This ne fait rien d’autre que de nous renvoyer au reste de la discographie du groupe, certes marquée par quelques hits impeccables mais qui ne sauraient occulter la véritable teneur des albums précédents. Depuis ses débuts, Warpaint égrène une musique particulièrement sensible et sensuelle en affirmant des personnalités féminines très marquées. Probablement ont-elles compris que la lutte contre le sexisme dans le rock devait passer par l’expression d’une identité propre et non pas par le fait de singer les mecs : Warpaint n’est clairement pas une de ces histoires de punk-rockeuses riot grrrrrl véhiculant elles aussi un certain nombre de stéréotypes éculés. En quittant Rough Trade qui les accompagnait fidèlement depuis le début et en créant leur propre structure, Heirlooms, elles revendiquent une prise de contrôle sur l’ensemble du processus artistique visant à limiter non seulement les intermédiaires mais aussi les interférences en tous genre. C’est donc libres, telles qu’on les a toujours imaginées en fait, qu’elles s’avancent avec cet album solaire et lumineux.

Fidèles à leur personnalité musicale rapidement forgée et dorénavant immédiatement identifiable, elles reprennent avec l’aisance et le talent qui sont les leurs les marqueurs forts de leur musique : voix le plus souvent chorales et rythmique portant un groove incroyable, avec sa batterie chaloupée et cette basse d’une profondeur abyssale qui vous attrape le ventre comme les petits papillons de l’amour. Il suffit de suivre la ligne de basse de Hard To Tell You, la bouleversante quiétude de la fin instrumentale de Like Sweetness ou les discrets mais toujours efficaces steeldrums de Melting pour s’en convaincre : Warpaint n’a aucun souci pour vous prendre par les sentiments et jouer le jeu d’une séduction musicale qui ne peine pas à mettre tout le monde à genou. Flirtant régulièrement avec des tendances plus mainstream, elles n’hésitent pas à métisser leur rock avec des éléments plus soul ou r’n’b qui adoucissent considérablement leur musique en arrondissant les angles et lissant les contours. C’est le cas de Stevie dont le simple titre irradie le morceau de toute la grâce de celui qui l’a probablement inspiré. C’est propre, mais jamais trop : la production, bien que soignée, reste néanmoins très sobre et ne vient pas altérer la qualité de compositions immédiatement identifiables.

Malgré tout, au fil des écoutes, il est vrai on ne peut plus agréables, on sent bien que quelque chose ne fonctionne pas complétement : il ne se passe pas grand-chose. Le souffle torride comme le désert de Mojave qui parcourt Radiate Like This s’avère plutôt tiède, refroidit par des intentions peu discernables et un irrépressible sentiment d’une musique taillée pour un public bo-bo, au sens premier du terme : un peu bourgeois et carrément bohème, du genre à s’acoquiner dans les festivals à la mode où la présence importe finalement plus que l’affiche, secondaire. Warpaint n’a pas vendu son âme mais l’a quelque peu égarée dans le désert et peine visiblement à remettre la main sur ce qui faisait le sel de ses albums précédents : une spontanéité apportant de la fraicheur et une dynamique bien plus contrastée. Pastel et uniforme comme sa pochette, baigné d’une lumière aveuglante au point de ne plus en distinguer les détails, Radiate Like This est sans doute un peu trop l’album que l’on était en droit d’attendre et comme Warpaint n’avait visiblement pas l’intention de nous surprendre, tout le monde s’en contentera. Peu importe la taille de la police sur l’affiche, c’est sans doute ce qui sépare encore les bons groupes des grands groupes.

Tracklist
01. Champion
02. Hips
03. Hard To Tell You
04. Stevie
05. Like Sweetness
06. Trouble
07. Proof
08. Altar
09. Melting
10. Send Nudes
Liens
close
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

Mots clés de l'article
, ,
Ecrit par
More from Olivier
Beachy Head, deux fois la tête dans le sable
Des projets parallèles des membres de Slowdive, ceux de Christian Savill, le...
Lire la suite
Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.