Marilyn Manson / Heaven Upside Down
[Loma Vista Recordings]

8 Note de l'auteur
8

Marilyn Manson - Heaven Upside DownSuspicion : Marilyn Manson donnait l’étrangeté d’un individu trop dépendant de son image, jusqu’à s’y perdre et croire en l’illusion. Nous n’étions pas très loin de la petite Linda Blair dans L’Exorciste : à force de convoquer la planche Ouija, l’appel démoniaque martelait l’esprit, l’envahissait puis le soudoyait… Pourtant, que ce soit sur Antichrist Superstar ou Mechanical Animals, la possession, le non-moi, cachait souvent une fêlure divulguée en soubresauts, une parcelle terrestre à ne surtout pas exprimer de façon concrète. C’était le problème et la qualité Manson : problème car le double maléfique prenait vraiment trop d’importance, qualité car il y avait là, en grattant bien, une leçon bowienne consistant à se réinventer en purs fantasmes extraterrestres. Mais inversement à Bowie, Manson ne cassait jamais son image. Elle devenait totalement aliénante, s’insinuant dans le privé, régissant l’ensemble d’une discographie de moins en moins attrayante car soumise à du factice, du chiqué, de la mascarade même pas drôle.

Ce fut en acteur que Manson consentit à baisser la garde. Chez Asia Argento et Quentin Dupieux, le démon redevenait fragile, paumé, parfois attendrissant. Derrière le look, un quidam anxieux en forme de triste gargouille. Encore fallait-il appliquer ce désœuvrement en termes musicaux. Pas évident. D’autant plus que l’indus ne permet pas le dévoilement intime (le genre, très limité, n’outrepasse guère le cri primal et les réminiscences metal).

Heaven Upside Down n’est pas le strip-tease attendu de Marilyn Manson. L’auteur s’y abrite derrière le mur du son, la rage, l’effroi, le gothique EC Comics. Toute une panoplie Manson qui ne décevra pas les fans, mais qui, en bonus 2017, entretient soudainement une légitimité avec l’époque.

Car si Manson accentue ses liens avec Depeche Mode, s’il ose le profil bas, ce sont les charges hardcore qui plaisent ici le plus. À trop s’enquiller des albums à la façon de, jusqu’à la chronique pépère et le cynisme courtois, on en venait à se demander quel recoin musical pouvait dorénavant surprendre. La pop ? Pas vraiment. L’électronique ? Cette histoire ne dépasse dorénavant plus les années 90. La surf ? Cette bonne blague. Le psychédélisme ? Non, on déconne, là…

Et donc, pourquoi pas l’indus et le metal ? Du moment que les artistes phares de la scène ne trahissent jamais leurs aspirations premières, qu’ils restent fidèles au genre tout en le travaillant ou l’explosant. Du moment qu’ils arrivent à nous communiquer une violence légitime.

Tel aujourd’hui Nine Inch Nails, Marilyn Manson ne change rien à son périmètre. Comment alors expliquer ce fait suivant : nous avons impérativement besoin de ces artistes, ici et d’urgence, pour une correspondance inattendue. Peut-être que le mascara d’hier ne collait pas aux nécessités de ce dévoilement propre aux années 90 et début 2000 (de Morrissey à Eels, de Portishead à Jeff Buckley). Maintenant, c’est l’inverse : la soi-disant générosité semble tellement factice, étudiée dans des vieux Inrocks ou Rock’n’Folk, que l’on préfère le viscéral d’un groupe indus à une énième (et gentillette) formation surf / pop / électro / moisissure.

Tracklist
01. Revelation #12
02. Tattooed In Reverse
03. WE KNOW WHERE YOU FUCKING LIVE
04. SAY10
05. KILL4ME
06. Saturnalia
07. JE$U$ CRI$I$
08. Blood Honey
09. Heaven Upside Down
10. Threats of Romance
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