Clips de la semaine #23 : Lola Sauvageot, DIIV, Youth Valley, Alcalá Norte, Simple Minds, Bristish Birds et Velocity Girl

La rentrée passée, voilà qu’il faut se remettre à suivre tout un tas de promesses d’albums à venir livrées sous forme de singles et de clips plus ou moins bricolés. Une sélection forcément partielle tant les nouveautés fusent de partout qu’on ne sait plus vraiment où donner de la tête et des oreilles. Une perpétuelle quête de la nouveauté qui interroge toujours un peu (quand est-ce qu’on se pose pour profiter pleinement de tous ces si bons disques déjà sortis) mais prend vite le dessus face aux évidences et à la curiosité.

Velocity Girl - I Can't Stop Smiling 

Lola Sauvageot – Les Cigognes

On ne fait guère de mystère autour de l’amour musical que l’on porte à la havraise d’adoption Lola Sauvageot. Rarement en France une jeune artiste avait aussi fièrement porté l’étendard d’un rock féminin bourré de sensibilité, de poésie mais aussi de riffs inflammables, de mélodies subtiles et de refrains emballant. Alors que l’on osait espérer un premier album pour la fin de l’année, c’est d’un second EP, Les Flammes, qu’il faudra se contenter l’automne venu, le 6 novembre. On s’en satisfera d’autant que pour patienter, Les Cigognes et son très beau clip animé à l’encre de chine, réalisé par Clothilde Evide est une nouvelle illustration d’un talent d’une rare évidence.

DIIVKid

Que les choses soient claires : notre préférences ira toujours aux groupes qui refusent de stagner, de refaire sempiternellement le même album et préfèrent prendre des risques, aussi minimes et mesurés soient-ils. Après un premier extrait tonitruant, The Fountain, sorti en plein été pour tenter de climatiser le monde avec sa tempête électro s’élevant en fin de morceau, voici que DIIV ouvre une nouvelle piste de ce sera ZIRP!, le cinquième album de la bande de Brooklyn qui sortira le 30 octobre. Presque bien peignés, costard-cravatte de yuppies de rigueur, ils livrent un Kid d’abord surprenant de douceur et de clarté, plein de synthés, de guitares débranchées et de voix toute douce vous susurrant à l’oreille. Le naturel revient sans trop de surprise au galop mais l’effet est réussi: DIIV étonne, tant mieux, mais ne parvient pas complétement à convaincre, dommage. Le titre manque clairement de profondeur et d’accroche. Pas grave, l’expérience montre que ces singles extraits d’albums plus conséquents prennent parfois plus de sens au contact de leurs voisins; c’est tout ce qu’on souhaite à ce gamin pour le moment un peu trop sage.

Youth Valley – Sunday Oh Monday

On les avait découverts trop mimi au détour d’un clip so cute qui illustrait une sacrée ritournelle pop, ce Young Sad Lovers en forme de premier single canon. La suite, le premier album Lullabies For Adults s’écrivait déjà au son de guitares distordues et bruyantes portant des chansons à la grâce assez folle pour un premier album particulièrement mature. Il faut donc croire que les grecs de Youth Valley sont bien décidés à ne pas s’arrêter de grandir car cet étonnant Sunday Oh Monday, second extrait de As Passive Agressive As It Gets qui sortira le 2 octobre sur le label d’Athènes Fine! Records, bande fièrement les muscles ; ces gars vont manifestement à la salle, soulever ampli et flight cases pour durcir leur son. Bonne ou mauvaise chose, là encore on attendra l’album dans son intégralité pour se faire une idée d’ensemble mais on apprécie quoiqu’il en soit la démarche. Sunday Oh Monday est une plongée au cœur des plus sombres des clubs post-punk athéniens, là où vampires et corbeaux vont se cacher de l’éblouissante clarté du jour pour danser des heures durant sur des chansons aux guitares acérées, aux basses cold comme des cadavres sur lesquels on découvre un Joseph Powell possédé, nous terrassant de ses « fuck » plein de morgues.

Alcalá NorteEl Endemoniao

Il y a bien sûr des tas de trucs géniaux avec la musique (on ne serait pas là sinon) mais l’un des plus cool est assurément ces obsessions nouvelles qui viennent de temps en temps vous agripper comme ça, sans rien avoir demandé à personne ET QUI NE VOUS LÂCHENT PLUS ! Alcalá Norte est assurément celle du moment. Quatre gars et une fille tout droit sortis du quartier populaire et ultra bariolé de Ciudad Lineal à Madrid qui s’étend le long de la Calle Alcalá, une emblématique artère de l’est madrilène de plus de 10 km qui relie Sol en plein hypercentre touristique à l’aéroport en passant au milieu par ce quartier au centre commercial bien défraichi : Alcalá Norte. Mené par ses fantasques leaders, le chanteur Álvaro Rivas impressionnant ici dans son imitation de Borat et l’inénarrable batteur Jaime Barbosa tout droit sorti d’une bande de hardos des années 1980, le groupe déroule un post-punk de haute tenue, frontalement engagé et à forte personnalité. El Endemoniao est le troisième extrait de leur second album et comme il est tout aussi ravageur que les deux premiers avec ses airs de cousins espagnols des bretons de Baston, on va tout simplement vous donner rendez-vous aux environs de novembre (le groupe prend à malin plaisir à ne rien dire de plus sur ce second album) pour faire en sorte que cette obsession devienne aussi la vôtre.

Simple MindsBeginner Boys

Il y a quelques jours, Jim Kerr partageait en interview reprise sur les réseaux une jolie anecdote, celle de son petit fils qu’il raccompagnait de l’école et à qui il demandait si sa journée c’était bien passée. Pas vraiment lui répondit-il. Il avait été embêté par des copains qui le prenait pour un gros mytho quand il leur expliquait que son papy était une rock-star ; alors imaginez s’il leur avait dit que sa mamie, Chrissie Hynde, en était une aussi ! C’est peut-être en pensant à ce petit fils visiblement fier de son papy (il y a de quoi) qu’il a écrit Beginner Boys, n-ième tube épique de Simple Minds et premier extrait de Sacrosanct qui sortira le 29 janvier. En 2026, l’indie-police a été mise à terre depuis bien longtemps et on assume pleinement ce goût pour le rock héroïque des écossais, bien sûr parce qu’il a bercé notre vie dès la fin de l’enfance mais surtout parce que contrairement à nous, il n’a pas pris une ride. Il suffit d’écouter ce refrain imparable pour comprendre qu’en avril prochain, de Lyon à Bordeaux, d’Amnéville à Nantes en passant par Paris, il résonnera tout autant que les plus fameux tubes du groupe dans des zeniths et arénas remplies de fans fidèles qui suivent avec attention la carrière d’un groupe qui ne s’est jamais reposé sur ses lauriers, son back catalogue et un best-of qui s’arrêterait au début des années 1990. Quatre ans après le déjà salué ici Direction Of The Heart, Sacrosanct, 18ème album de Simple Minds est bien parti pour nous embarquer une fois de plus.

British Birds – Scary Movies

Il ne faut pas 10 ni 5 mais seulement 1 minuscule seconde pour comprendre où Bristish Birds va nous embarquer avec ces Scary Movies tonitruants. La faute à cette basse énorme comme seule les swinging sixties londoniennes pouvaient en produire. Rajouter à cela cette batterie binaire, ces voix sous champi et des guitares bien sales sous acides et vous obtenez l’une des plus délicieuse pastilles rétro du moment. Coincée dans son bled de Chorley au cœur d’un triangle excusez du peu composé de Manchester, Liverpool et de la délicieuse Blackpool, le quartet psyché égaye la party et se prépare à sortir le 16 octobre Murmurate, Oscillate, son troisième album mais le premier qui trouvera refuge sur une structure de renom, le désormais incontournable Skep Wax à l’autre bout du pays.

Le Scopitone de la semaine

Velocity Girl – I Can’t Stop Smiling

Dans les années 1990, la pop indépendante américaine tout en n’hésitant pas à surfer sur la vague noisy britannique cherchait à s’en démarquer en l’adoptant à ses propres codes. A ce petit jeu, la scène de Washington D.C. était sans doute l’une des plus intéressantes, foisonnant de super-groupes d’un soir et de collaborations magiques (à l’échelle underground évidemment), menée par ce groupe devenu culte, lui qui avait touché le graal en signant sur Sub Pop, Velocity Girl. Jouant à fond les codes College Rock pour jeunes démocrates dynamiques tout droit sortis des universités progressistes de la côte est, le groupe n’a jamais vraiment percé de ce côté-ci de l’Atlantique bien qu’auteur sur le label Slumberland d’un tube absolument iconique, le merveilleusement noisy et sautillant My Forgotten Favourite. Tenant de cet héritage, Sub Pop s’est lancé dans les rééditions des trois albums du groupe et c’est le second, le bien nommé ¡Simpatico! qui s’est offert cette année une seconde jeunesse richement augmentée de tous les singles et faces B de l’époque dont ce I Can’t Stop Smiling et sa vidéo qui expriment à merveille une certaine idée des USA indé des années Clinton, prospères et sans doute bien plus insouciantes qu’aujourd’hui.

Illustration: Velocity Girl fête déjà Noël dans son clip

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