
L’hiver presque passé, musicalement parlant en tout cas, voici avec le retour des clips de la semaine revenir la saison des sorties qui va de nouveau battre son plein, apportant son lot de nouveautés dont certaines passeront entre nos oreilles expertes et enthousiastes et les autres devront se contenter d’un petit entrefilet. Ainsi va la vie des albums qui sortent toujours aussi nombreux, pas toujours complétement passionnants mais à notre échelle témoignant la plupart du temps d’une belle aventure qui se concrétise, naissante, renaissante, changeant de cap ou confirmant ses intentions.
Broken Social Scene – Not Around Anymore
Il y a des groupes comme ça, ils font tellement partie de votre vie qu’on ne voit pas le temps qui file. Remember The Humans qui sortira le 8 mai prochain n’est que le 6ème album du collectif canadien Broken Social Scene en 25 ans d’une carrière impeccable, son premier en 9 ans et pourtant, c’est comme si Hug Of Thunder était sorti avant-hier. Groupe majeur, il incarne depuis des années cet entre-deux quasi idéal, cette façon d’oser des structures complexes et exigeantes héritée du post-rock et des diverses aventures musicales de ses membres sur des mélodies d’une évidence jamais prise en défaut, d’oser le tube sans jamais tomber dans la facilité. Not Around Anymore en est un nouvel exemple avec son faux rythme et sa mélodie cachée, ses cuivres rutilants et ses guitares fofolles, sa ligne de basse tirant de façon assez géniale sur le dub sur lesquels les chœurs piaillent comme des oisillons à peine sortis du nid au son de la voix suave et lascive de Kevin Drew. Ça ressemble de loin à un gros WTF et quand on s’en approche d’un peu plus près, c’est en réalité une pièce d’orfèvrerie à laquelle chaque membre du collectif vient apporter sa pierre, un édifice qui prend forme au fur et à mesure que le morceau se développe. Ce merveilleux tube qui ne dit pas son nom est une des premières grandes claques de l’année et laisse, on l’espère, présager d’un nouveau grand disque.
Ô Lake – Heima
C’est ce vendredi qu’est sorti Home, 3ème album du pianiste rennais Sylvain Texier sous le nom de Ô Lake après les très beaux Refuge en 2019 et Still en 2023. Un album conçu en toute transparence, le musicien partageant sur ses réseaux la genèse de ces 9 nouveaux morceaux dont la plupart est déjà connue, du moins comme ici en version « live à la maison ». Comme toujours, on retrouve cette touche si sensible d’Ô Lake, cette façon unique qu’il a de faire sonner son piano d’une manière absolument humaine et boisée, soignant tout autant la mise en image, que ce soit celle du disque ou celle de ces vidéos d’une simplicité confondante et somptueuse, mettant en valeur le geste précis et délicat du pianiste. Rangé par commodité dans le tiroir « néo-classique », la musique d’Ô Lake trahit en réalité des influences bien plus nombreuses et variées comme en témoigne cet Heima qui a tout d’une petite ritournelle pop. Une légèreté qui ne traversera pas tout l’album, marqué une fois de plus par le deuil, celui cette fois de la programmatrice rennaise Stéphanie Cadeau fauchée en plein cœur de la capitale bretonne par une foutue trottinette en juin 2024 et à laquelle le très beau Gaïa rend hommage.
Cléa Vincent – Draskapha
Toujours au piano, on ne sait pas trop que penser du nouvel ep de Cléa Vincent, Speakeasy. Pas du mal bien sûr, mais si on apprécie beaucoup la parisienne, c’est autant pour ses ritournelles pop impeccables que pour sa voix douce et sucrée et sa façon toujours très pertinente et plein l’allant de jouer avec la langue française. Or, ici, c’est un peu moins l’un et plus du tout les deux autres. Speakeasy est un disque exclusivement instrumental qui se veut comme une nouvelle étape dans le parcours de la musicienne, centré autour de son instrument de prédilection mais qui ne sert que de point de départ à l’écriture de pièces musicales richement arrangées, toujours avec goût (le très beau Bienvenue au Speakeasy). Seulement, la frontière est parfois ténue avec le Speakeasy-listening d’un intérêt parfois un peu relatif et le EP nous embarque on ne sait trop où, entre ascenseur doré, sonorisation pour grand magasin chic et BO de comédie romantique des années 1980. Là où nous emmènent justement les jolies vidéos pleines de suite dans les idées signées Roberto Cicogna, celles de Mellow Mood tout en couleurs saturées puis à présent de Draskapha enveloppée dans un sobre noir et blanc à l’esprit très Nouvelle Vague. Cléa Vincent a toujours été libre et le prouve encore, quitte à prendre le risque de s’éloigner quelque peu de son public un peu moins transi.
Would-Be-Goods – Tears For Leda
Difficile de parler de retour tant le mythique groupe britannique qui sortit ses premiers singles et albums sur le non moins mythique label Él n’a presque jamais lâché la rampe, du moins entre 1987 et 2008. C’est tout de même 18 ans après que Would-Be-Goods sortira le 13 février Tears Before Bedtime, son 6ème album seulement, sur le désormais incontournable Skep Wax. Le groupe mené par Jessica Griffin ressemble toujours à un véritable who’s who de l’indie pop anglaise, s’assurant comme toujours les bons services de Peter Momtchiloff (Heavenly, Talulah Gosh) à la guitare, Debbie Greensmith (Thee Headcoatees entre bien d’autres) à la batterie et Andy Warren (The Monochrome Set, Adam and the Ants) à la basse. Un line-up de rêve pour une musique toujours aussi libre, galerie de portraits incroyables et farfelus comme le mythe grec de Léda convoqué ici dans une chanson pop garage tout à fait charmante.
Special Friend – Breakfast
Après l’original, non pas la copie mais les enfants spirituels de ces hérauts indie pop qui reprennent avec brio et aisance un flambeau jamais vraiment éteint mais franchement ravivé depuis quelques années. Ce Breakfast, exécuté à la perfection en moins de deux minutes, extrait du troisième album de Special Friend à sortir le 20 mars chez Howlin’ Banana, Skep Wax de nouveau et les toulousains de Hidden Bay, est une nouvelle fois la preuve que ce style immuable traverse les générations sans prendre une ride. Mais cette génération est sans doute moins à cheval sur les étiquettes et Clipping s’annonce à la fois être un album plus produit et arrangé que les deux précédents baignés d’ambiances lo-fi manifestes mais qui se tournera aussi dans d’autres directions, plus krautrock (la rythmique métronomique n’a jamais fait défaut chez Special Friend) ou ténébreuses du côté du slowcore.

