Akira Kosemura : la musique a des yeux

Akira Kosemura

A seulement 34 ans, le japonais Akira Kosemura s’est imposé comme l’un des compositeurs de musique contemporaine les plus influents et géniaux de notre temps. A la tête de Schole Records, label qu’il a fondé il y a douze ans maintenant, Kosemura a fait entrer les « sons du monde » et la « musique naturelle » dans les auditoriums classiques alignant, à travers ses compositions mais aussi celles qu’il produit, des chefs d’œuvre contemporains où musique électronique, landscape music et musique classique se mêlent dans une stupéfiante harmonie. Après le mystérieux In The Dark Woods et son récent Journal, après Quentin Sirjacq et son magnifique Companion, le patron de Schole Records revient sur ses projets pour 2020 et sur sa conception de la musique. Pour lui, composer signifie retrouver sa place dans la nature et revenir sur l’artificialité à laquelle nous sommes condamnés. Actif pour le cinéma, le jeu vidéo ou les ballets, Akira Kosemura propose une musique qui s’entend comme une philosophie modeste de retour à l’état de nature : composer pour rester à l’écoute des sons du monde et mieux en faire partie. 

English version below.

Vous avez commencé à jouer du piano très jeune et puis… vous avez tout arrêté pour au final, vous y remettre à l’âge adulte et devenir compositeur. C’est assez original. Comment cela s’est-il passé réellement ?

J’ai joué du piano à partir de trois ans. Je l’ai pratiqué jusqu’au collège, en prenant des cours privés. Et puis j’ai effectivement arrêté la musique pendant un moment et j’y suis revenu lorsque je suis arrivé au lycée. J’ai redécouvert l’instrument et je me suis mis à composer tout seul et pour moi.

Dans quel environnement familial avez-vous grandi ? Vos parents étaient-ils musiciens ?

Non, mes parents n’étaient pas musiciens mais ils m’encourageaient à jouer d’un instrument lorsque j’étais petit. J’ai eu mon premier piano à la maison très tôt et je l’ai toujours d’ailleurs. C’est mon compagnon depuis tout ce temps. Maintenant il m’accompagne en tant que professionnel lorsque je travaille. Je n’ai jamais eu qu’un seule prof de piano de toute ma vie. Elle est morte quand j’étais au collège et c’est à ce moment-là que j’ai arrêté de prendre des cours et de jouer. Elle était très stricte, très exigeante et composait elle aussi.

Est-ce qu’il y avait beaucoup de musique chez vous lorsque vous étiez enfant ? De la musique classique ou plutôt de la musique populaire ?

Mes parents n’écoutaient pas tant de musique que cela. Alors oui, à la maison, c’était juste un peu de musique populaire japonaise. En revanche ma mère adorait le cinéma et je m’y suis mis aussi. Je l’ai suivi dans cet amour-là pour le cinéma. Le premier disque que j’ai acheté était une bande originale de film. Les morceaux de John Williams et de James Horner étaient pour moi les plus grands tubes qui existaient quand j’étais gamin.

Si l’on écoute ce que vous faites aujourd’hui, on a du mal à vous imaginer fan de musique noisy, de rock ou de choses comme cela.

Détrompez-vous. J’ai monté un groupe au lycée. J’avais abandonné le piano et je suis devenu chanteur dans un groupe de hardcore qui jouait des choses comme Mad Capsule Markets etc. A cette époque, je n’écoutais que de la musique qui sonne fort, parce que jusqu’alors, tout ce que je connaissais en matière de tubes, c’était les bandes originales de films. J’exagère un peu : j’avais bien noté qu’il y avait bien une infinité de genres musicaux et que certains d’entre eux étaient plus impressionnants que d’autres. J’étais un vrai adolescent.

Quel genre d’enfant ou d’adolescent étiez-vous ? Là encore, vu d’aujourd’hui, on a du mal à vous imaginer comme autre chose qu’un enfant sage avec une vie intérieure très riche… lisant, de la poésie peut-être…Est-ce que vous aviez et avez des hobbies ?  

C’est vrai. Lorsque j’étais enfant, j’adorais regarder des films et lire des livres. J’aimais toutes les histoires de fiction car elles me montraient le monde que je ne connaissais pas et excitaient ma curiosité. J’adore toujours cela et j’ai beaucoup de chance aujourd’hui de pouvoir travailler en tant que compositeur sur des musiques de film.

Aujourd’hui comme hier, je n’ai pas véritablement de hobbies parce que mes centres d’intérêt sont assez restreints et confinés à ce qui relève de mon travail ou le nourrit.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de renouer avec la musique au point de penser que vous alliez en vivre et devenir un musicien ? Est-ce que votre intention de départ était bien de composer pour le cinéma ? J’ai lu que vous étiez fan de John Williams, d’Alan Silvestri et que la BO de Titanic par James Horner avait eu une importance particulière dans votre trajectoire.

J’ai été très malade quand j’étais au lycée, au point de manquer plus de la moitié d’une année scolaire. Je ne pouvais même pas prendre le train. Chaque jour, je me contentais de faire le tour de la maison et de me balader dans le parc. J’avais un magnétophone qui me servait à enregistrer les sons de ce petit monde. Les voix des gens. Le bruit des vélos. Le chant des oiseaux. Les rires d’enfants. Le vent qui souffle dans les branches des arbres… une fois à la maison, j’utilisais ces sons pour les sampler, les éditer, les relier et j’ai enregistré mes premiers morceaux de synthé et de piano pour accompagner tout cela de manière harmonieuse. C’est ce qui a donné mon premier album, It’s On Everything. Lawrence English qui est un artiste fameux et illustrateur sonore et aussi le propriétaire du label ROOM40 a écouté ce que je faisais sur myspace et a proposé de sortir le disque.

Je n’ai jamais vraiment souhaité ou planifié l’idée de devenir compositeur mais il se trouve que j’en étais un avant de le savoir. Oui, en tout cas, j’étais alors un immense fan de James Horner, John Williams et Alan Silvresti. C’était mes héros lorsque j’étais gamin, c’est tout. Leur musique a sûrement influencé ce que je suis devenu mais je n’ai pas dire dans quelle mesure. Aujourd’hui, j’écoute toujours leurs bandes originales avec autant de plaisir.

Vous étiez donc intéressé par les musiques organiques : les bruits de la nature, les sons du monde, les bruits divers. Qu’est-ce qui vous a amené ensuite à écouter et à rejoindre l’école minimaliste, les Glass, Reich et quelques autres ? Comment est-ce que vous avez emprunté la passerelle entre ces matériaux bruts et la composition classique ?

Lorsque j’étais au lycée, j’écoutais pas mal de musiques expérimentales comme celle de Lawrence English, Taylor Deupree, Jóhann Jóhannsson, Mum, Alva Noto, Fennesz et d’autres dont je ne me souviens plus, mais j’étais très impressionné lorsque la musique électronique et les sons organiques étaient mêlés parce que j’y retrouvais la même subtilité dans l’expression des sentiments que ce que je ressentais en regardant des films.C’était pareil avec Reich et Glass. Pour moi, cela a toujours été un mouvement d’exploration de ce que je voulais faire et entendre. J’adore le piano, la musique classique, le minimalisme, la musique landscape, les bruits. Je respecte tous les sons qui constituent et peuplent le monde. Je ne considère pas tant que ça l’objet ou la destination ou la finalité de ces sons. Qu’ils adviennent et qu’ils deviennent une musique répond à mon désir premier et unique.

Vous vous souvenez de votre premier morceau ? Du jour précis où vous êtes devenu autre chose qu’un musicien, quelqu’un capable de créer une nouvelle pièce et d’en faire une chanson achevée ?

J’ai composé ma première chanson complète alors que j’avais autour de 10 ans. C’était une petite variation au piano. Il n’y avait pas de partition, alors je ne pourrais pas la retrouver. Cela reste un souvenir pour moi, une trace.

Très vite, vous avez lancé Schole Records, votre label. Quelle était votre idée de départ car il est assez rare de se lancer dans la création d’un label si tôt dans une carrière ?

Sur myspace, je connaissais pas mal de bons musiciens qui n’avaient encore rien sorti et qui n’étaient même pas encore catalogués dans des catégories, classiques ou autres. Comme Lawrence English avait su me trouver et faire de moi, à travers ce premier album, un vrai musicien au point de changer ma vie et de m’installer dans le rôle de compositeur, je me suis dit que je pourrais faire pareil en établissant de bonnes relations avec ces nouveaux musiciens que j’appréciais et qui traînaient un peu partout.

Cette idée de produire d’autres artistes était donc en vous dès le début ? J’insiste mais c’est plutôt étrange de passer à la production alors même qu’on est soi-même un artiste débutant.

Avec un ami, j’étais persuadé de tenir un bon concept pour établir notre genre de musique et aussi de savoir comment développer une identité graphique marquante. J’étais certain qu’on pourrait lancer une sorte de nouvelle vague et se créer une niche dans le marché du disque. Et cela a plutôt bien fonctionné et continue de marcher très correctement.

D’où vient le nom de Schole Records ? Que signifie-t-il pour vous ? D’emblée, vous avez été accueilli par des critiques très positives comme si les gens attendaient que quelqu’un s’empare de ce mélange de piano classique et d’électronica, des musiques d’ambiance, etc. Cela existait avant mais vous l’avez fait avec un sens poétique et un « naturel » qui douze ans après continuent d’impressionner. Qu’est-ce qui fait que votre vision est singulière ?

SCHOLE est un mot grec qui signifie « temps libre ». Le mot renvoie aussi à une forme de fertilité créative, dont chacun est capable de faire preuve lorsqu’on lui en laisse le temps. J’ai eu ce sentiment, cette émotion au sujet des sons, des bruits et de la musique…. De cette totalité des sons qui composent le monde et qui m’amenait à considérer leur valeur et aussi à percevoir leur beauté en tant que telle. C’est ce que j’ai exprimé sur It’s On Everything. C’est ce « it » qui est toute chose, et que l’on peut éprouver partout et à chaque instant. Ce sentiment tel que je l’ai ressenti alors a servi de fondation au label et il m’a paru évident que je pouvais étendre et diffuser cette approche, partager cette théorie avec d’autres musiciens. Parce que c’était une découverte précieuse pour moi.

Les choses ont été vite et se sont parfaitement enchaînées depuis 2007. Schole Records a réuni un catalogue merveilleux avec une vraie identité musicale mais aussi beaucoup de contrastes. De K Conjog à votre propre travail, il y a un océan de distance mais aussi une approche similaire avec cette attention caractéristique au son comme « être vivant » encapsulant un morceau du monde lui-même. Comment est-ce que vous reconnaissez un compositeur qui va rejoindre l’écurie Schole ?

Je ne suis jamais sûr de rien. Parce que, le plus souvent, quand je trouve un compositeur pour Schole, je me contente de suivre mon instinct. Bien sûr, je peux être certain, à l’écoute, que la musique a des caractéristiques techniques précises mais je laisse toujours passer mes sentiments et mon ressenti en premier. Est-ce que la musique mérite d’être offerte au monde ? Est-ce qu’on peut aider à ça ou pas ? Peut-être est-ce juste une question de compréhension, de bienveillance. Il faut entrer en sympathie avec la musique et l’affaire est jouée.

Vos dix dernières années ont été bien remplies : des musiques de film, des ballets, des pubs, des albums bien sûr. Comment vous faites pour rester créatif ? Est-ce que vous avez une routine de composition ?

Composer, c’est vraiment ce que j’aime faire. Parce que lorsque je compose, je me sens seul au monde, je n’entends rien, je suis concentré à l’extrême et comme réfugié à l’intérieur de mon propre esprit. Cette situation me plonge dans un état de grand calme et de silence. Je ne fais rien de précis pour entretenir ma créativité. Je me contente de vivre et d’être moi-même.

A quoi ressemble votre vie de tous les jours ? Vous faites du sport ? Vous lisez ? Vous allez au cinema ? Vous conduisez les enfants à l’école et faites des choses normales ?

Bien sûr, ma vie est faite de choses normales. J’ai une femme et un fils de 4 ans. Autant dire que c’est assez compliqué de s’occuper de lui. Chaque jour, nous jouons tous les deux et nous nous bagarrons ! Je vais régulièrement au club de gym pour faire de l’exercice et de la musculation et oui, je continue d’aller au cinéma. C’est mon endroit favori au monde : une salle de ciné alors je ne m’en prive pas.

L’une des œuvres de vous que je préfère est Grassland. Est-ce que vous pouvez m’en dire un peu plus sur ce disque ?

Merci. Cela me fait plaisir. Grassland est sorti n 2010. A cette époque, j’avais à coeur de mettre la musique au centre du petit monde que je m’étais fabriqué et ce encore plus que pour les albums précédents. Je voulais aussi achever mon premier grand mouvement en tant que compositeur. Alors, j’ai rassemblé tous mon savoir-faire, tout ce que je savais faire à l’époque en tant que compositeur et j’ai écrit ce que je considérais comme la conclusion de ma première ère de compositeur. J’ai abordé la chose comme une peinture : dessiner le petit monde merveilleux de Grassland avec toute la palette de couleurs que j’avais à disposition.

Il y a un fabuleux pouvoir de suggestion dans votre travail. Cela m’évoque évidemment le cinéma japonais et notamment Akira Kurosawa. On y retrouve ce rythme lent et cette précision dans la respiration. C’est une véritable entomologie. L’éclairage, les gros plans. Est-ce que ce rapprochement est purement une association européenne qui ignore tout de l’art japonais ou est-ce qu’on peut dire qu’il y a des motifs cachés que l’on retrouve dans l’œuvre d’artistes de la même génération au Japon ?

Je ne sais pas vraiment mais oui, parfois. Il faudrait que je prenne le temps de réfléchir à cela un peu plus. Composer des musiques de film m’amène souvent à explorer des manières de faire que je n’utilise pas habituellement, à découvrir des chemins. Mais ma musique reste ma musique. Je suis Akira Kosemura et personne d’autre. La seule musique que je peux composer et celle que je compose effectivement. Parfois cela marche bien, parfois pas du tout. Il n’y a pas de secret là-dedans, juste moi et ce que je suis.

Vous avez réuni au sein de Schole Records un casting de compositeurs très international. Est-ce que vous considérez ces artistes comme les membres d’une même famille ? Est-ce que vous les rencontrer et les faites se rencontrer ? Ou est-ce qu’aujourd’hui cela se résume plutôt à s’échanger des fichiers par mail depuis l’Italie, le Maroc ou les Etats-Unis ?

Bien sûr que nous nous rencontrons parfois. Pas tous mais nous nous croisons à l’occasion ne serait-ce que parce que nous supportons la tournée de l’un ou l’autre. Et oui, nous nous rencontrons. Nous échangeons via skype. J’espère que chaque artiste avec lequel nous travaillons aime Schole et apprécie notre manière de travailler et de collaborer au point que cela stimule sa créativité.

L’école Schole records produit une musique proche des éléments naturels (les bois, la mer, etc). La nature est un élément central de l’inspiration. Cela a toujours été le cas pour la musique mais c’est réellement déterminant chez vous. On imagine que la cause environnementale est présente dans votre manière de voir les choses. Est-ce que vous pensez que cette sensibilité aux choses de la nature rend vos productions modernes et intéressantes ?

Oui, bien sûr. C’est un élément majeur. Comme vous le savez, j’ai toujours été énormément inspiré par la nature dans le monde, et j’y inclus l’homme. Il m’arrive de me demander pourquoi nous avons à ce point besoin de musique. Je pense que c’est tout simplement parce que la grande musique, la belle musique fait partie du monde lui-même et est présente ici et là, partout autour du monde. Nous sommes toujours à l’écoute de la musique du monde, que nous le voulions ou non. Elle nous entoure. Par exemple, si nous écoutons très longtemps une musique aussi harmonieuse soit-elle qui est fabriquée par des instruments artificiels (et toute musique humaine est une musique « artificielle ») nous nous en lasserons au final. Mais si nous sommes assis dans un parc toute la journée et qu’on écoute les bruits de la nature autour de nous, cela ne nous fatiguera en aucune façon. Cela s’explique parce que dans ce cas nous redevons des humains qui ne sont qu’une des composantes du monde naturel. Aucun compositeur ne peut dépasser la nature sur ce plan. On ne peut qu’essayer. Cela dépassera toujours nos efforts de composition d’une musique artificielle.

Est-ce que vous vous considérez comme écolo ? Est-ce quelque chose que vous prenez en compte dans votre vie de tous les jours ?

J’ai le souci de ne pas réduire ma vie à la composition musicale. La vie doit dépasser cela et avoir un petit quelque chose en plus. Tout ce qui m’inspire vient du plus profond de moi et la vie est ce qui me fait grandir et emplit mon esprit. Tout est connecté.

Vous avez 34 ans maintenant. Comment vous définiriez vous ?

Je suis un père, un mari et un compositeur. Tous les matins, je mets 40 minutes pour me rendre à mon studio. Quand le soleil se couche, je fais le trajet inverse et je rejoins ma famille.

Quelle est la place de la nostalgie, de la mélancolie et de la tristesse dans votre vie ?

Je ne sais pas. Peut-être est-ce que ces éléments font partie de moi. Mais chacun éprouve ses propres émotions. Il se trouve que mon métier m’amène à les mettre en avant.

Comment est-ce que vous entretenez votre créativité ? Vous chassez les nouvelles idées ? Vous utilisez de nouveaux instruments ?

J’utilise tout ce qui se produit dans ma vie et oui, j’aime assez me servir de nouveaux instruments et de nouvelles machines. Cela permet d’explorer de nouveaux sons et c’est en plus assez marrant.

Parlons un peu des visuels de votre label. Vous avez accordé une place importante aux vidéos, en réalisant des clips, des petits films. Et il y a bien sur les pochettes des albums qui sont splendides. Est-ce que vous êtes impliqué là-dedans à titre personnel ? Quelle importance accordez-vous à l’identité graphique du label et des artistes ? Est-ce que vous-même pourriez passer derrière la caméra ? Est-ce quelque chose qui fait partie de vos projets ?

La plupart des visuels du label ont été créés par mon partenaire au sein de Schole Records, Shin Kikuchi. De temps à autre, je collabore avec d’autres artistes. Je choisis presque toujours l’artiste ou le produit fini mais je ne fais rien moi-même. L’identité graphique est essentielle pour la musique parce que c’est la première porte d’entrée émotionnelle par laquelle l’auditeur va découvrir la musique avant la première note. Et souvent, le graphisme suggère à l’auditeur la disposition et l’image face auxquelles il va recevoir l’œuvre.

J’adore les films mais je ne suis pas intéressé pour le moment par la réalisation. Je sais combien c’est un métier difficile à travers le métier de compositeur de musique de film. Je ne veux pas devenir une personne qui n’aimerait pas les films et filmer, qui en souffrirait. Je veux rester un fan de cinéma, un amateur de films.

Comment voyez-vous le futur pour le label et pour vous ? Est-ce que vous vous êtes fixé des objectifs précis pour les prochaines années ?

Oui, j’ai toujours un plan, mais c’est un secret parce que c’est ainsi que je fonctionne. J’ai toujours eu un plan. Et je ne parle jamais du futur. Il faudra attendre. Vous verrez bien.

Vous avez collaboré sur une chanson avec Devendra Banhart. Est-ce que le chant et les voix pourraient prendre une place plus importante dans vos créations dans le futur ?

Je ne suis pas un compositeur de chansons alors je ne suis pas sûr de pouvoir ni vouloir composer un album entier avec des chansons. Mais Devendra Banhart est un artiste très talentueux et je suis très content d’avoir pu travailler avec lui. Il adore ma musique. Peut-être est-ce que si j’ai d’autres opportunités de travailler avec des gens talentueux comme lui, je me pencherai sur la question. Mais ma priorité est pour le moment de rester proche de la sensation qu’on a à composer pour et depuis la nature, à continuer d’explorer cette idée d’une musique qui fait partie du monde.

Quels sont vos projets à court terme ? En tant que musicien et en tant que patron de Schole Records ?

J’écris la musique de deux courts métrages, un Anglais et un iranien, en ce moment et je travaille aussi sur l’animation musicale d’un jeu vidéo japonais pour la console Switch de Nintendo. C’est un projet entamé en 2017. Il y aura en 2020 quelques sorties de bandes originales que j’ai composées. Mon prochain LP sera la BO d’une série américaine originale qui s’appelle Love Is. Cela sort le 28 février dans tous les formats.

Pour le label, l’actualité est riche cette année et en début d’année particulièrement avec Jochen Tiberius Koch, le projet commun de Dakota Suite et Quentin Sirjacq, Akisai, Paniyolo. C’est assez difficile de définir un calendrier optimal pour toutes ces sorties car elles sont toutes excellentes.

Akira Kosemura: Music Has got eyes

Aged 34, the Japanese composer Akira Kosemura is one of the most talented and inspired composer of his time. At the head of Schole Records, the label he did found in 2007, he developed what is maybe the richest catalog of contemporary music of the era, hosting major artists such as Quentin Sirjacq, Dakota Suite and others. Mixing landscape music, electronica and piano driven classical parts, Kosemura’s music is highly inspired by natural standards. Challenging the sounds and noises of nature seems to be the unreachable goal the man has in mind.

With emotions at the center of the game, Schole’s standards tend to give feelings a new shape, modern and minimalist, intense and standing as close as possible to human emotion, as part of the world we live in. Dont call this new age or whatever, Kosemura commands us to be watchful and careful to what « our beautiful little world » has to tell and show us. His music is the best thing you’ll hear in your life and the shortest way you’ll find to recover your own emotions. This music is the closest way to the heart. A music with full eyes and ears opened. As music should be.

What’s has always seemed to me quite original in your musical journey is the way you stepped from piano at an early age to… nothing, then rediscovered the instrument later as a composer? When did you first play piano? And in what conditions ?

I have been playing the piano since I was three years old. Until I graduated the middle school, I had been practicing at the private lesson for playing. Then I quit  playing the piano for a while. When I enter college, I started the composing by myself and then I have started playing the piano again.

Can you tell us about your familial background? Were your parents musicians? Did they play an instrument? You were born in Tokyo. Did you play piano at home? Or with a teacher?

My parents are not musicians but they were supportive about my musical life while I was child. I have my own upright piano since I was very child and it is still my partner, now I’ve been using it on my professional work. As I told above, I have only one teacher about playing the piano, but she passed away when I was at the middle school, so I quit the lesson then. She was a very strict teacher and also composer.

Was there much music at your home then? Was it mostly classical music? Or were you surrounded by other kind of popular music ?

My parents listen to the music not so much, so at my home, there was mostly Japanese popular music then. But my mother is really huge fan of the films, so I became the huge fan of it as well influenced by her. My first record I bought by myself is the soundtrack album. Some of John Williams and James Horner were the best hit music for me when I was child.

Considering your work of today, I can’t imagine you had ever any taste for loud or noisy music ! What did you listen to as a teenager ?

Actually, I formed a band when I was at high school. Then I quit the piano so I was a vocalist in the band which played the hardcore music like Mad Capsule Markets etc. At that time, I had been listening the very loud music all the time. Because until then, my best hit music is the soundtrack albums but I noticed that the many kind of the music are existing in the world and I was very impressed of them because I was a teenager.

What kind of a child and teenager were you by the way? Once again, from what you’ve build as an adult I tend to see you as a calm guy with (from the beginning!) a rich interior life… reading books and poetry ! Maybe I am all wrong. What were your hobbies?

When I was child, I loved to watch the films and read the books as well. I loved the story because it showed me the universe I had not ever known so it made me very exciting. I’m still love them and I’m a very lucky person to work for the films as the composer now. I don’t have the hobbies now because my interesting space is very confined and it has already be a part of my work.

Can you tell us how you did rediscover music and when you’ve exactly realized it could be your future to be a musician? Was your initial intention to compose film music? You were a fan of such as John Williams, Alan Silvestri and others…   I’ve read Titanic’s score by James Horner had a real importance in your birth as a composer. Is it real?

When I was at college, I got the sick and I could not go to the college for a half of the year. I could not even take a train, so everyday I walked around my house and some parks. I had a small recorder then so I recorded the sounds of my small world, some kind of the voices of the people, moving of the bicycle or singing birds, laughing of the children, waving the branches in the breeze…After I came back to my home, I used them as the musical samples and edited, connected, and I recorded the piano and synthesizers as the very subtle flavor to mix them. That’s my first debut album It’s On Everything and Lawrence English who is the famous sound artist and a label owner of ROOM40, he listened my music on Myspace and he decided to release it.

So actually, I never expected to be a composer, but I became to be the one. I am a huge fan of the scores of James Horner, John Williams and Alan Silvestri and they are the heros for me as a child, but that’s all. I might be influenced by their music but I’m not sure how it exactly. Of course, I’m still listen to their scores and the music is always so wonderful to me.

At the time of the university, you were also interested in very organic music: sounds of the world, landscape music, noises. What did you lead to listen to the minimalist school, Glass, Reich and others ? How did you establish the bridge between those raw sounds and “classical” composition ?

When I was at the college, I had been listening the kinds of the experimental music. Lawrence English, Taylor Deupree, Jóhann Jóhannsson, Mum, Alva Noto, Fennesz, I don’t remember all but the electronic music blended the organic sounds were very impressed to me because there were the very subtle feelings like watching the good films. Also I listened to the legendary Glass, Reich as well. For me, I just always be exploring the music I really want, and I love the piano and classical music, minimal music, landscapes, noises and respect to the all sounds of the whole world. There is no considerations or aim, to make the music is more primordial desire for me.

Do you remember your first piece of music? I mean the very day, you’ve stepped from just playing and composing in your room to a formal polished track.

I remember my first song was composed when I was around 10 years old. It was a small piano piece but there is no sheet so I cannot play it. Just a remembrance.

You’ve founded Schole Records on the same year. What was the initial plan? It is quite uncommon to launch a label as early in a career, isn’t it?

On Myspace, I knew some good new musicians that did not released anything and also not to be categorized yet then. Lawrence English found me as a new musician and he released my debut album. That event changed my life to be a composer, so I thought I might to be able to build some good relationships with the good new musicians in the same way.

Was there at the beginning the idea to produce other artists? How did you come so early with this plan as you were yourself a debutant?

I had a good plan and concept about the music and artwork with the colleague, so I was sure we can build something new waves in the markets. And that worked very well and it still does.

Where does the name Schole Records come from ? What does it mean for you ?

With your first record, you’ve immediately been rewarded with good reviews as if people were waiting for somebody to initiate this crossover between classical piano, electronica and well…field recordings you’ve suggested. There had been other experiences as such but you’ve done with such a sense of poetry and a kind of “naturel” which still strikes me 12 years from then. What is to you the real singularity of your vision ?

“SCHOLE” is a word from ancient Greek and means “spare moment.” The word “SCHOLE” also indicates a fertile creativeness which everyone is able to develop independently in their free time.

I had a feeling about the sounds, noises and music…all sounds in the world have the worth and beautiful as it is. And I made It’s On Everything. « It » is on everything in the world and we can feel it from the everything anytime. That feeling about making It’s On Everything is the cue to build the music label and I felt I can spread the feeling with the musicians that I could share it with. So it means a lot for me.

Things went quite well and quick from 2007. Schole Records did assemble a wonderful catalog with a real musical identity but also a lot of contrast. From K Conjog to your own work, there is an ocean of distance but a kind of similar approach which is to me mostly a great attention to the sound as a “living being” or at least an organic cell containing a piece of the world within itself. How did you recognize a Schole composer ?

I’m not sure exactly. Because when I find a composer for Schole, I always follow my intuition. Of course I’m sure about what is the music exactly or technically, but I prioritize my feeling, thought and hunch about the music has the worth to be released into the world and whether we can help for that or not. Maybe it’s about the sympathy and that probably makes you feel like that.

Your last ten years have been overbusy from scores, to ballet piece, commercials, LPs, etc. How do you keep creative? Have you got a composing routine? Have you ever experienced a “dry”/blank page anxiety?

Firstly, I like to compose music. Because when I compose music, I will be alone in the world, no hearing anything there, very focusing and into my own mind. That feeling makes me very calm and silent. So I’m not trying anything to keep the creative. I’m living as like to be me.

What’s your every day life like ? Do you practice sports ? Do you read books ? Go to the movies ? Drive kids at school and do normal things?

Of course, I do the normal things every day. I have a wife and son, my son is four years old so it’s very hard to take care of him, every day we play and fight as well.

I sometimes go to the gym to do the workout, also go to the theaters. My favorite place in the world is the movie theater so sometimes I go there.

I’ve always had a crush for Grassland myself. Can you tell us about the context of this particular work ? What was the idea ?

Thank you. I’m glad to hear it. Grassland was released in 2010, at that time, I was thinking about building the small world around me to be more « music » compare with the other albums I’ve released, and also I wanted to finish my first movement of the composer’s life. So I used my all skills which I had at that time and I made the last album of my first movement. I painted the beautiful small world like “Grassland” to use all colors as much as I had.

There is a strong suggestive power in your work. It always makes me think about Japanese cinema, Akira Kurosawa for example. It has the same slow rhythm and a kind of very precise way of breathing. Like entomology you know. Light and sound. Close up. Is it just a stupid European association (Japanese art conception) or do you see secret patterns running through a certain generation of Japanese artists ?

I’m not sure about it but yes, sometimes I need to think about it. Because the scoring work sometimes makes me challenge the other ways I usually don’t use. But my music is my music, I am Akira Kosemura, not anyone else. So the only thing I can do is this is. Sometimes it works and sometimes it does not. There is no secret, just I am.

You’ve gathered under the Schole banner a very international band of composers. Do you try to make composers feel as if they were part of a kind of family ? Do they meet each other sometime ? Share records? Or is it all about transmitting files from Italy, Marocco or USA?

Of course, we sometimes meet each other. Not all but we sometimes hold the tours of the artists and then we meet each other. Or Skype too. I hope every artists like Schole and they enjoy the collaboration with us to inspire their own creative.

Schole school of music often use nature (woods, sea, etc) as an element of inspiration. It has always been a route for music but we can see in this a great care for nature and environmental causes. Do you think this attention to nature is one of the things that make your productions so modern and interesting ?

Of course it does. As you know, I’m always huge inspired by the nature in the world including the humans. I sometimes think about that we really need the music so much? because the best great music is always here and there, around the world. We always listen to the sounds of the world whether we are conscious or not.

For example, if we listen to the music which is a kind of the harmonious sounds with the artificially instruments (all musical instruments are made by the humans artificially) for a long time, we’ll be getting very tired. But, if we are sitting in a park all day and listen to the nature sounds (including the environmental noises) which are always sounding around us, it does not make us tired. Because we’re all humans in a part of the nature so there is no composers who exceeds it. It is something more than the artificial music.

Are you green yourself ? I mean is it something you care about in your own life ?

I care about I should not to make my life to be only composing. The life should have something more, not only composing. And all inspirations come from my deep mind and the life makes growing my mind. It’s connected.

You are 34 now. What kind of life do you live? Are you a family man? A business man? An artist? I still have the tendancy to imagine you as a wise man before your age ! Is that what you would say from yourself ?

 I’m a father, husband and composer. Every morning I take 40 minutes to go to my studio/office and when the sun is down, I go back to my house which my family is.

What is the place of nostalgy, melancholy and sadness in your work?

I’m not sure. Maybe I am the kind of that person. But I think everyone has the own feelings. I just show my own.

How do you keep a fresh mind when composing? How do you bring new ideas ? is it from new instruments, new machines ? Travels ? Experiences ? Readings ?

Everything happens in my life. Also yes, I like to use the new instruments and machines as well, it makes me exploring something new sounds and it is fun.

Let’s have one more word about images? A few of your LPs have been accompanied with videos or short films? Is it something you get involved in yourself ? How important for you is this possibility to “illustrate” or complement the music with those creations ? Could you yourself create a film or a movie ? Is it something you contemplate for the future ?

Most of the artworks were made by my partner in the label, Shin Kikuchi. Also sometimes I collaborate with the other artists. I always choose or direct about the art but I’m not doing by myself. The artwork is very important for the music because it’s the first impression of the music for the listeners before they listen to the music. And sometimes, the artwork makes the listeners planting the image of the music.

I love the films, but for now I’m not interesting in making it by myself. Because I know how hard it is to shoot the film as the film composer. And I don’t want to be a person who hates the films, I always want to be a fan of the film.

How do you imagine the future for you and your label ? Have you fixed yourself any precise goals in the coming years ?

Yes, I always have a plan but it’s a secret because I always do. Not speak about the future. You will see.

You’ve collaborated on a track with Devendra Banhart. Could voices and featurings as this one take more room into your creations in the future? Is an all collaborative “singing” work something you could imagine ?

Actually, I’m not a songwriter so I’m not sure whether I will make song album in the future. But Devendra Banhart is a very talented artist and I am really glad to work with him and he loves my music. Maybe if I have opportunity to collaborate with the talented artist again, I will think about it. But my most interesting in making music is to close to the feeling to be in the nature, feel to be a part of world.

Can you tell us about your next projects and moves? As the boss of Schole Records and as a musician.  

I’m scoring the British film and Iranian short film now and also still working on the Japanese game music for Nintendo Switch since 2017. Also some scoring works which I have done will be released in 2020. My next full length album is the soundtrack album from the American original TV series of « Love Is_ » which will be released in February 28th, 2020 with the all formats of vinyls, cds and streams.

As the label, Schole has many schedules of the releases in this year and early 2020. Jochen Tiberius Koch, Dakota Suite and Quentin Sirjacq, Akisai, Paniyolo. It’s very difficult to manage the schedule of the releases because  they are all good.

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