Brian McBride a rejoint les étoiles (of the lid)

Brian McBrideC’est ainsi : nous fuyons devant le temps et nos héros qui ont pour beaucoup un temps d’avance, parfois court d’ailleurs, ne peuvent y échapper. Nul doute que la rubrique nécro de Sun Burns Out est amenée à être de plus en plus alimentée par ces tristes nouvelles qui baliseront le reste de nos vies de fans de musique; il faudra bien s’y faire. Si l’égalité face à la mort ne fait pas l’ombre d’un doute, certaines disparitions, pour ce que les concernés nous auront laissés de leur vivant marqueront plus que d’autres, la durée du deuil de fans trahissant l’amour profond que l’on portait à Jean-Louis, Sinead, Andy… Pour d’autres, moins connus, moins populaires, un entrefilet ou une news seront l’occasion de rappeler qu’à chacun sa façon de se construire son Panthéon et qu’il est des disparitions moins médiatiques qui coûtent tout autant, sinon plus, comme celles de Matthew Fletcher d’Heavenly en 1996, de Keith Girdler, iconique chanteur de Blueboy en 2007, de Nick Talbot (Gravenhurst) en 2014 ou de la douce Mimi Parker il y a 10 mois à peine.

Brian McBride est parti le dimanche 27 août à l’âge (bien flippant) de 53 ans. C’est par une simple ligne et une magnifique photo signée Steve Molter que son ex-acolyte Adam Wiltzie a annoncé sobrement la nouvelle sur les réseaux sociaux. Débatteur patenté, un sport national dans les lycées et universités US, c’est pourtant un groupe référence de l’ambiant mutique qu’il va fonder à Austin en 1993 avec Adam Wiltzie, Stars Of The Lid. En 7 albums et une poignée d’EP essentiels de 1995 à 2007, en puisant tant chez Talk Talk que chez Brian Eno ou Badalementi, le duo va créer une musique qui, certes, nécessite quelques subtils efforts d’attention mais à chaque fois récompensés par les extraordinaires sensations de plénitude qu’elle procure. Entre drone, ambiant voire space rock, jouant à l’infini sur les textures de guitares, de claviers puis sur la fin de cordes, de bois et de cuivres, Stars Of The Lid s’impose en chef de file d’un mouvement qui s’avèrera passionnant en mobilisant dans son centre de gravité un paquet de noms ici chéris, de Labradford à Bedhead en passant par Windsor For The Derby ou Windy & Carl et, tout en étant fidèle à son label de toujours, l’autre référence qu’est Kranky, il s’autorisera quelques apartés européens essentiels comme les brillants Avec Laudenum sur le mythique label bruxellois Sub Rosa ou Maneuvering The Nocturnal Hum sur l’anglais Earworm.

C’est dans les années 2000, avec The Tired Sounds Of Stars Of The Lid en 2001 puis Stars Of The Lid And Their Refinement Of The Decline en 2007, alors qu’Adam Wiltzie est déjà parti s’installer à Bruxelles que le duo atteindra son apogée monumentales qu’aucune sortie solo de l’un ou l’autre ou au sein de leurs nouvelles entités, Bell Gardens pour McBride et A Winged Victory For The Sullen pour Wiltzie ne parviendra à dépasser. Deux albums majeurs qui repoussent les limites de cet étonnante connivence entre feedback, drone et instruments classiques, salués ces dernières heures par de nombreux musiciens reconnaissants comme Matthew Cooper (Eluvium) ou le toulousain Sylvain Chauveau.

Alors comme toujours dans ces cas là, se (re)plonger dans les arabesques sonores que contribuait à dessiner Brian McBride restera sans aucun doute la meilleure des façons de lui rendre hommage et de l’accompagner, une fois de plus, le nez en l’air dans la nuit noire, dans son infini voyage au cœur des étoiles.

Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

Ecrit par
More from Olivier
Cosmopaark / And I Can’t Breathe Enough
[Howlin’ Banana / Flippin’ Freaks]
Plus jeune, on s’est juré de ne pas regarder (trop) en arrière...
Lire la suite
Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *