Johnny Dynamite & the Bloodsuckers / Sleeveless
[Born Losers Records]

9.8 Note de l'auteur
9.8

Johnny Dynamite - SleevelessCela s’appelle “appâter le badaud”. Johnny Dynamite fait le trottoir, tapine, fait le clown pour attirer l’attention. On s’arrête d’abord parce que son look ferait pâlir Patrick Swayze si celui-ci avait bien voulu tenter un saut de l’ange au son de Born In USA de Bruce Springsteen dans Footloose. Cela aurait eu de la gueule tout en entrainant la paupérisation de la confédération des coiffeurs dans les 80’s. L’Américain s’affiche sans retenue, paradant comme un sosie de John Mellencamp, se joue des codes – probablement même en abuse-t-il délibérément car cela lui permet ne pas trop se dévoiler.

En expédiant le programmatique Bats In The Wood, il avait éveillé l’intérêt de la “cold-sphère” et sans coup faillir, les sites Post-Punk et White Light/White Heat avaient eu vite fait de lever leurs deux oreilles comme le chien de Baskerville à l’arrêt.

Mais l’essentiel est bien ailleurs, au-delà des postures affectées dans lesquelles se noient trop de groupes œuvrant dans un registre semblable, au-delà des blagues potaches qui ne servent que de trompe l’œil, au-delà des compositions qui seront vite estampillées “synthwave” parce qu’il faut bien alimenter les algorithmes du monde 2.0. Avec ses deux acolytes “bloodsuckers”, il transcende une formule dont les canons millésimés ont été figées avant la fin des 80’s. Tout est là, rien ne manque, sans la moindre prétention de faire autrement. Sleeveless, son second album pour le compte du label Born Losers Records qui héberge également Korine après Hearthbreaken (autoproduction – 2020) est indéniablement un exercice de style. Tout comme l’était Gathering Swans (Dais – 2019) de Choir Boy, avec la même réussite et les mêmes effets sur le moral. Soit.

Mais John Morisi est un orfèvre fait preuve d’un talent hors du commun pour composer des chansons exhalant une mélancolie surannée, celle qui colle aux oreilles, hautement toxique et addictive. Si toutes les compositions semblent évidentes, pour autant elles semblent refléter la contrariété des sentiments de leurs auteurs. Ainsi, Angel est une formidable invitation à faire l’amour, mais pour autant malgré toute la tendresse à fleur de peau déployée par Johnny Dynamite, l’âme de sa/son partenaire s’échappe… qu’il est cruel de sa laisser aimer si ce n’est pas totalement, exclusivement ? Ailleurs, l’introduction de The Prey évoque en 3 notes l’ambiance envapée de Twin Peaks lorsque la tête tourne, que l’esprit  lâche prise sous l’effet de stupéfiants qui font oublier le quotidien (Drugged). Can’t Stop My Love est un quant à lui un mid-tempo portée par une scansion retenue avant de s’évanouir dans un final instrumental trop court pour se faire taxer de plagiat sur The Smiths (mais quand même, on appréciera l’influence du jeu de Johnny Marr). Sleeveless est une invitation à se replier sur soi-même, à se réfugier dans nos propres souvenirs, un aller dans le passé qu’on aimerait sans retour pour ne pas connaitre demain.

Tracklist
01. Bats In The Woods
02. Abasement Tapes
03. Triflin’ Kids
04. The Prey
05. Angel
06. Can’t Stop My Love
07. Drugged
08. Fucked Up Paradise
09. It’s Dynamite
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