Sweat Like An Ape! / Spells That Rhyme
[Platinum Records]

6.8 Note de l'auteur
6.8

Sweat Like An Ape! - Spells That RhymeEn pleine vague afro-caraïbo-punk sur le rock français, il ne manquait plus que le retour opportun des Bordelais de Sweat Like An Ape! pour porter l’estocade et consacrer ce « nouveau genre », venu de nulle part et qui aura contaminé à défaut de convertir, avec Cannibale et quelques autres, l’Hexagone à de nouvelles sonorités. Le rock est-il amusant ? Peut-il être dansant et punk à la fois ? Doit-on pleurer ou danser ? Ce sont autant de questions qui se posent désormais et pour lesquelles on n’a pas de réponse définitive. On était au début plus que sceptiques quant à cette mode avant, comme bien d’autres, de lui trouver quelque chose d’original et de laborieusement convaincant. Les Sweat Like An Ape ! ont pour eux une véritable constance d’intentions depuis leurs débuts puisqu’ils n’ont jamais évolué que dans ce registre.

Leur troisième album ne fait pas autre chose que d’en remettre une couche avec une efficacité assez redoutable si on aime ce genre-là. Rubin Steiner est à la production et donne (on l’imagine) une très belle lisibilité au son, réprimant justement les instants trop « confus » ou festifs pour une certaine sécheresse dans l’expression qui est plutôt à l’avantage du groupe. Spells That Rhyme est en effet marqué par une forme de sobriété rock qui lui va bien et met en avant les qualités de composition du groupe ainsi que l’intensité de leur jeu de guitares. Pour le reste, on assiste tout de même à un déferlement de riffs bizarroïdes et avec lesquels on a appris à se familiariser peu à peu. C’est le cas sur l’enlevé My Silent House qui nous rappelle Frankie Goes To Pointe à Pitre jusqu’à ce que le chant se mette en place. Le tempo est vif et partout emballé, renvoyant à une urgence dont on ne cerne pas trop la destination mais qui donne le sentiment que quelque chose d’important se trame ici. Sweat Like An Ape ! prend son temps pour installer ses ambiances fiévreuses et cela joue à son avantage sur le titre d’ouverture Wolf à la belle construction étagée. Le chant nous rappelle une version atrophiée et cabotine d’un Armand Gonzales post-Sloy, ce qui a pour effet de nous séduire alternativement ou de nous agacer (Witch, Shift).

L’ensemble est tout de même de très bonne facture et dégage une énergie contagieuse en même temps qu’un ample mouvement vers l’avant. On signalera l’ambitieux Watching Jarvis Dance, hommage discret (probable) au chanteur de Pulp et à ses déhanchements légendaires. Le morceau retrouve l’incandescence psychédélique des premiers instants du groupe de Sheffield et est une vraie réussite. On peut en dire autant du classieux Sweety, très blues du delta et qui lorgne vers les influences américaines du quatuor. L’idée qu’on est face à une version antillaise et à moustache du Jon Spencer Explosion nous traverse l’esprit. Sweat Like An Ape ! marque des points quand il abaisse la marque sous les deux minutes comme c’est le cas avec Spell. L’affaire se conclut dans le bayou en Louisiane avec le poisseux et très réussi Swamp Monster, titre taillé pour faire le spectacle sur scène et qui met des fourmis dans les jambes. La narration est habile et le morceau s’enflamme sur sa seconde moitié pour une exploration territoriale appliquée et amusante. Le titre est à l’image de l’album et du groupe : efficace sans jamais être décisif, plaisant sans jamais emballer tout à fait, pertinent mais certainement pas important. C’est donc une demie-réussite seulement si l’on s’en tient au titre qui promettait quelque chose d’habité et renvoyait à la possession rythmique du vaudou sudiste… .

Avec Spells That Rhyme, Sweat Like An Ape ! poursuit sa progression et sa recherche sonique. Son univers gagne en cohérence album après album mais manque toujours de ce petit plus, créatif ou narratif, qui fait la différence entre les groupes attachants et ceux qu’on adore.

Tracklist
01. Wolf
02. My Silent House
03. Witch
04. Groom of Doom
05. Watching Jarvis dance
06. Sweety
07. Shift
08. Spell
09. The Swamp Monster
10. Dancing With Druids
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