The Supermen Lovers / Requiem for a Bitch | Pigeon
[World Up Records / La Tebwa]

7.7 Note de l'auteur
7.7

The Supermen Lovers - Requiem for a BitchLes jours se rallongent, les jupes s’écourtent : l’été arrive, avec son lot de saloperies. C’est une explosion à laquelle nous assisterons. Celle d’une faune décolletée et d’une flore fatale. Dans notre article sur Gaspard Augé, nous évoquions le fait que de nombreux albums du paysage électro avaient été conçus durant les confinements, périodes difficiles pour tous, mais fructueuses artistiquement pour eux. Ils n’attendent plus qu’à nous éclabousser de rayons solaires.

The Supermen Lovers sont de ceux là. Quoi de mieux qu’un single comme avant-goût d’été ?

50 nuances de disco

Fer de lance et acteurs majeurs du mouvement, nos soldats du disco, au nom piqué à Johnny “Guitar” Watson, sont concentrés en une seule personne aux talents multiples : Guillaume Atlan. Ce dernier perle depuis plus de 20 ans l’histoire de la french touch en titres incrustés de pépites funky et de nappage disco. À ranger entre ses comparses Cassius et Superfunk, notre super-héros charbonne, et pas que sous sa propre bannière : DJ de renom et multi-instrumentiste live (ce qui est suffisamment rare pour être souligné), créateur de labels dont World Up Records, producteur d’artistes comme Natti Fensie et Entschuldigung, et même compositeur de musique de films (La Lutte des Classes, Poltergay). Sans oublier la chiée de remix pour quelques artistes confidentiels tels New Order ou Bart & Baker, entre autres. Excusez du peu. Notre garçon porte plusieurs capes. Discophile et dico du disco, et de toutes ses mutations à travers la pop et l’électro, TSL a de quoi vous faire reprendre des couleurs.

Penser que nos Supermen Lovers seraient un artiste de second tableau, ayant uniquement confectionné Starlight – titre ayant marqué le début du millénaire et des dizaines de nouvel an – serait une erreur grave. Guillaume Atlan est un stakhanoviste, un des rares  (avec Bob Sinclar, Dimitri from Paris ou Breakbot) à avoir établit un trait d’union net entre le disco et la house. Ayant exploré presque toutes les teintes de funk possibles, il continue vaillamment à creuser son sillon, oscillant entre morceaux fédérateurs et d’autres, plus sobres et pointilleux.

Le dernier album remonte à 2011, ce qui se comprend avec un tel agenda. Mais notre gaillard sait nous appâter en divulguant au compte-gouttes des grappes de titres depuis 2012, dont l’ultime arrivage répond au délicat nom de Requiem for a Bitch. Annoncé en 2019, Body Double (clin d’œil à Brian de Palma ?), son 4ème et prochain album, se fait doucement attendre pour l’automne. Quid alors de ce Requiem for a Bitch, oratorio adressée aux allumeuses, ces femmes qui nous veulent tant de mal et nous le rendent si bien ? On se languit d’avance : suivez Daddy au pays du groove.

Le lâcher de bitches

Il arrive souvent que TSL nous gratine de morceaux fou-fou, comme le brillant C’est la vie ou We got That Booty, toujours assortis de clips rigolos et inventifs. Sa manière d’utiliser l’électro-disco est souvent faite pour enjailler les gens, qu’ils soient en boîte ou en tacot. Hymne à la joie dans ses différentes facettes, sa musique n’a pourtant jamais verser dans une hyper-festivité permanente ou inutile, contrairement aux Duck Sauce par exemple (un défaut qu’on aurait pu leur attribuer dans notre chronique, d’ailleurs). Et même quand celle-ci l’est, c’est toujours dans la mesure. Mais avec Requiem for a Bitch, on sent que le confinement a été dur pour les hormones de Guillaume : le temps est venu de lâcher les levrettes.

Eh bien, la testostérone en excès, ça ne lui réussit pas cette fois. Le morceau éponyme est loin d’être son meilleur. On retrouve les sonorités de ses titres, mais pas si inspirées. Rien de honteux en soit : on aime ses envolées de violon violemment disco, même si cela vire ici quelque peu au baroque surfait. Là où le morceau pèche le plus, c’est peut-être le vocal de Yann Destal, le chanteur de Modjo (là encore, un groupe majeur de la « touche française ») : avec une vocalise assez lointaine de sa véritable voix, lorgnant du côté d’un David Bowie aux fraises, les paroles sont d’un vulgaire tel qu’on en est estomaqué.

Pourquoi ? Car depuis que Yann Destal a fait ses adieux aux dancefloors pour se consacrer à une carrière rock solo, il a trouvé la foi. Il se pose à présent comme un intermède entre croyants et athées. Ce n’est pas du rock catholique, mais un peu tout de même. Et quand Yann, qu’on s’imaginait dans les ordres, se met alors à beugler un énorme : « I need to kill the bitch (x3), kiiiiilllll theeee biiiiiiitch! », The Supermen Lovers nous termine. Pas très catholique tout ça, dis donc… On rassurera les féministes : c’est plus la figure de la vamp que convoquent nos sur-hommes, une sorte de Selma Hayek dans Une nuit en enfer, dont la séduction cache la dangerosité redoutable. Le véritable problème, ce n’est pas tant le manque d’inspiration de l’écriture : la house n’est naturellement pas le genre où elle a le plus son importance. Mais tout de même… pour une messe, les deux n’y vont pas de main morte!

D’autant plus que le design sonore des TSL insiste pour mettre la voix du rockeur en avant. On sourit à s’imaginer la manière dont Guillaume a convaincu Destal à le faire sortir de son ascèse : “Oui alors Yann, alors certes euh… ça parle de bitches et de les achever, certes… mais euhh… t’inquiète pas hein, c’est une allégorie des femmes qu’on aime hein… une ode… à la Lady [ndlr : succès interplanétaire de Modjo], si je puis dire, une sorte de… de… requiem, tu vois? t’acceptes…? en plus, y a “requiem” dans le titre… hein?”. Pourtant, le musique reste gentillette, et non sexuelle, ce qui est tout le paradoxe. Voilà la seconde raison de notre surprise. C’est dommage, car TSL a toujours été fripon, mais jamais grivois. Explorer dans sa crudité le potentiel sulfureux du disco aurait constitué une opportunité à saisir. Heureusement, notre joyeux drille contrebalance cela avec un Summer Love… qui sent bon le summer… et la playa.

Péchés et crustacés

Atlan fait ce qui lui plaît, et c’est cela qu’on aime. Alors que l’homélie bandait molle, il se rattrape en tournant à la kryptonite. L’homme sait bien s’entourer, et cette fois c’est avec l’un des duo les plus bizzaroïdes récents, Supermusique, couple mi-électro mi-variété, à mi-chemin entre PNL et Sébastien Tellier (ils ont d’ailleurs signé un solide remix pour Antipop, moitié de Télépopmusik). Bref : Supermusique fait des super sons (étranges, mais curieusement éthérés), aussi bien dédiées à leur super chat qu’aux pizzas super bonnes du dimanche soir. À écouter, donc, mais mollo sur la schnouf…

On craint un peu en entendant les paroles de cette face B. Loin de là l’idée que nous soyons contre les vocaux : on adorait l’harmonie entre paroles et voix de Mani Hoffman dans Starlight ou de Rick Bailey (de Delegation… la classe) pour Take a Chance. D’ailleurs, on aime les voix atones de Supermusique, même si les lyrics ne font pas dans la dentelle. Ils se rattrapent : le titre est riche de par plusieurs phases sonore, dont une avec un accord de synthé parfaitement millimétré pour vous agripper. Très dansant, et, pour le coup, jamais pompeux (pas d’envolée lyrique, une ligne de basse fine), c’est un des meilleurs titres des TSL, qui doit beaucoup à cette superbe arpège. Dans les monceaux de titres qui fusent avec le web 2.0., c’est devenu chose rare qu’un vous laisse une marque, et celle-ci porte la signature de notre artisan du disco 2.0. On reste un peu sur notre faim quand on voit que l’EP ne comporte que 2 titres. Nous en profitons donc pour vous parler de son premier single Pigeon, là encore présentant une autre facette du rigolard Guillaume Atlan.

The Supermen Lovers - PigeonPigeon de la farce

Sorti il y a six mois et accompagné d’un clip, Pigeon est étonnant en bien ; même, disons-le, excellent. Minimaliste et toujours teinté de folie douce, on est plus du tout dans du simili-disco, mais un pur délire aux sonorités bizzaroïdes mais entraînantes. C’est exactement ce que l’on aimerait de Mr. Oizo, si ce-dernier se refusait d’emmerder nos oreilles avec une folie volontairement dérangeante, juste pour garder cette position d'”inesthète” si surestimée. The Supermen Lovers fait bien : ici, l’étrange est maîtrisé. C’est un pur morceau régressif, mais irrésistible, svelte, mais intelligemment couillon. Quant à sa marrante vidéo, elle est au diapason du morceau, où un cadre sup pris d’une hallucination se met à voir tout passant arborer une tête de… pigeon. Une horreur, tant ce volatile est haïssable. Drôle et gentiment kafkaïen, on pense au clip urbain et inquiétant de Da Funk des grands frères Daft Punk, ou même aux bestioles à masque du Supernature de grand-père Cerrone. Des références qui auront parlé au musicien affuté qu’est Atlan, le nouveau clip s’ajoutant à l’univers bigarré des Supermen Lovers.

Avec ce triplet de titres, The Supermen Lovers et sa troupe montrent qu’ils sont capables de fulgurances tout comme de se saloper. Tout artiste côtoie ses hauts et ses bas quand il tente l’excès : c’est le prix d’oser les choses. Avec la palette de bons titres qu’il nous a livrés avec la collection des EP … Disco ces 10 dernières années, on ne s’inquiète aucunement pour l’album. Après un printemps troublé, la saison estivale risque de se dédoubler. Si l’été sera chaud, l’automne s’annonce disco.

Tracklist
  • Single : Pigeon
  • EP : Requiem for a Bitch
    1. Requiem for a Bitch
    [ft. Yann Destal]
    2. Summer Love 
    [ft. Supermusique]
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