
Satané Jack Lang ! Non content d’être un douteux personnage, il a fallu en plus qu’il nous colle ce sempiternel tapage annuel à chaque solstice d’été : la fête de la musique. Une idée qui n’était même pas la sienne qui plus est, et qu’il a simplement officialisée au grand dam des introvertis et des véritables mélomanes. La fête de la musique, c’est comme la fête des mères, la fête des pères ou la journée de la femme: la musique, on l’aime, on l’écoute et on la chérit toute l’année et pas à une date imposée (et c’est pas chez Sun Burns Out qu’on dira le contraire).
Les naïfs et/ou les optimistes imaginent des scènes de liesse générale où chacun joue de la musique à sa fenêtre, le genre de scènes que l’on verrait dans un dessin de Sempé ou une couverture du New Yorker. Mais le monde réel étant loin de l’élégance et de la poésie d’un dessin d’humour des années cinquante, nous avons droit chaque année aux guitaristes du dimanche nous refourguant les mêmes tubes de classic rock usés et re-usés jusqu’à la corde, aux bars mettant de la musique de merde deux fois plus fort qu’en temps normal et aux DJ’s de pacotille nous crachant les tubes d’il y a quinze, vingt, trente, voire quarante ans qui étaient déjà nuls à l’époque, le tout au bonheur de quidams affirmant que “ah quand même, nos tubes c’était de la bonne musique”.
Et dès 17h, le vacarme commence et les rues se bondent, au désarroi du travailleur souhaitant se reposer ou même du simple passant tentant de rentrer chez lui, dont la peine s’accentue quand il (ou elle) habite dans un quartier animé. Il faut donc se frayer un chemin au milieu de groupes à peine nés au jeu plus qu’approximatif (l’idée reçue du punk -“jouer sans savoir jouer” a ses limites) et de badauds s’ennuyant pour qui ça fait une sortie, avant de pouvoir enfin regagner son précieux chez-soi et de dire ouf..!
Enfin, cela vaut pour les habitants de quartiers calmes, de villages, ou si votre logement est bien isolé. Pour les autres, la corvée se fait encore sentir. Si on échappe enfin aux fêtards pénibles et exubérants dont le seul but et de boire-boire-boire, on subit encore les retentissements de ce rassemblement désagréable. Ce fourbe de Jack Lang a tout prévu: si l’Unesco fixe sa journée internationale de la musique au 1er octobre, ce sagouin a choisi le 21 juin, le solstice d’été, la nuit la plus longue de l’année pour nous imposer cette maudite soirée. En pleine chaleur. Et à moins de vivre en Bretagne ou d’avoir la clim’, cela implique de devoir ouvrir la fenêtre (le ventilateur seul n’étant pas toujours suffisant) et de devoir supporter ce brouhaha constitué de toutes les abominations précédemment évoquées. Et comme on peut s’en douter, ne comptez pas sur la télévision pour trouver un refuge à ce tintamarre. La boîte à images impose des concerts retransmis plein de ringards et de fades nullards que les médias nous vomissent déjà toute l’année.. Finalement, la vraie fête de la musique c’est de se mettre confortablement dans son lit ou dans son fauteuil et d’écouter un disque qu’on aime, au casque. Loin de la foule agitée et débridée, loin du bruit.

En entête La fête de la musique par Karambolage, un programme d’Arte
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