Pierre III / Discotheque
[Autoproduit]

6.7 Note de l'auteur
6.7

Pierre III / DiscothèqueLa discothèque, voilà un lieu – mais aussi un meuble – qui mériterait d’être doublement sauvée! Parait que les jeunes sont de moins en moins d’humeur à sortir. Il faut croire que la crise d’angoisse de notre courageuse République n’a pas ménagé nos lieux de sorties nocturnes. Voilà la véritable contagion du Covid : la peur d’être, de vivre – et même d’avoir. La constitution d’une tourelle d’albums – vieillerie pour les moins de trente ans ! – accompagnant un bout de nos vies, ça non plus, on nous l’a enlevée : merci le tout-digital et … les déménagements! C’est en tout cas l’avantage du premier album de Pierre III, compositeur, DJ et moitié du groupe pop Housse de Racket dont on avait évoqué l’un des quelques EPs solos : celui de nous faire visiter, à distance et en musique, son antre à disques.

Se mettre en boîte

Il est plus aisé de détecter les influences travaillant l’intériorité d’un artiste avec un premier album. Il faut le concevoir comme une Discotheque à musique libre ; un jeu de pistes ne se nommant pas. Et il semblerait que Pierre Leroux ait été marqué (ceci est un euphémisme) par deux fameux robots – oui, encore eux, toujours eux. Comme avec Grand Soleil et trop d’autres, les Daft Punk d’Homework sont partout chez eux en ce disque. Le premier Contact se fait avec un titre ayant tout de l’excellent Burnin’, et ce ne sera pas le dernier. Pierre III ne cache nullement sa romance avec le duo, citant expressément Da Funk sur Martha, jouxtant le Move Your Body de Marshall Jefferson. C’est toujours plaisant à entendre, mais il faudra un jour que la french touch 3.0. songe à franchir l’intimidante barrière de ce glorieux passé, sous peine de croupir à l’ombre.

C’est quand il n’y a pas de paroles que la musique trouve sa force d’évocation et de mystère, pour ce type de musique. Tout du moins avec Pierre III. Car entre MydMiel de Montagne et Citron Citron, on en a soupé, de ces petites chansonnettes électro-pop minimalistes aux brèves paroles répétitives, évoquant souvent l’absurde mensonge dans lequel on enrobe l’existence et ses affres. Cette synthpop ayant fleuri grâce, à cause et depuis Elie et Jacno ! On la Boucle avec ce morceau évocateur, plein d’espoir pour le prochain horizon, et qu’on ne peut s’empêcher de rapprocher au contemplatif Fresh des Daft (on entendra aussi, plus loin sur Discotheque, les vagues et les mouettes aussi). Ce qui est énervant, par contre, c’est de retrouver ce même désabusement perdant, flagada : « Je suis pas sûr de vouloir regarder / Droit dans les yeux de la réalité« . Un peu avant, on entend et sur-entend « Ce soir, je danse / Demain, je pense » élevé au rang de Mantra. Ce péril jeune est en soi effrayant. Ce n’est pas ce spleen de la place parisienne qui est harassant, mais les flagorneries et automatismes qui entourent son expression, rappelant les fatigués et fatigants François Club et Flavien Berger. Là encore, c’est du déjà-entendu.

House de requête

C’est sur sa malice musicale que doit jouer Pierre. Etc., probablement le plus entraînant des morceaux de l’album, est presque aussi bon qu’un morceau de Junior Jack reprenant complètement les Daft (comme E-Samba), sans pour autant que la piste s’effondre sous le poids de l’emprunt. Mais s’il y a bien quelque chose que Pierre devait absolument prendre du duo, c’est l’absence de chanteur attitré pour privilégier des motifs de voix marquants et étranges. En fait, les talents de composition de Pierre sont trop bons pour être à la hauteur de simples ritournelles synthpop et d’une voix qu’on juge (telle qu’elle se manifeste ici) friable. On aimerait donc qu’il serve ses musiques d’autres voix, ou pas, celles-ci n’étant absolument pas nécessaires, comme le prouvait sa B.O. pour la série Jeune et Golri.

Heureusement, les affections musicales franchissent le seuil de la french touch. Nous serons contents de reconnaître aussi en Pierre un admirateur du Rock It de Herbie Hancock, ayant probablement suivi les débuts de la vague H.I.P.-H.O.P. apportée par Sidney. Moins attendu encore est la présence de la house de Chicago. Nous entendons du MK et du Robin S par-ci, reconnaissons du Crystal Waters et du Inner City par-là. Dee Wee, là, derrière l’étagère. C’est plaisant. On aimerait que Pierre magnifie cela encore, se distinguant alors d’artistes comme Zimmer et Darius, avec lesquels il partage trop. Que sa musique soit gourmande de consistance ; qu’elle soit plus riche de lui, moins pleine des autres. Comme avec le récent Opening Soon de Tonique & Man, on passera un temps agréable dans cette Discotheque, sans pour autant maugréer à ce que l’on n’y reste une nuit blanche.

Tracklist
01. Contact
02. Nonsense
03. J.S.Q.T.S.
04. Montée / Descente
05. Mantra
06. Boucle
07. Dinosaure
08. Martha
09. Réalité
10. Etc.
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