Half Japanese / Why Not?
[Fire Records]

8.1 Note de l'auteur
8.1

Half Japanese / Why Not? L’un des groupes les plus fous et improbables de l’histoire. Voilà ce qu’on retiendra des Half Japanese lorsqu’ils disparaîtront de la surface du globe, laissant derrière eux une invraisemblable quantité d’albums bricolés et géniaux, de chansons fragiles et impeccables, une traînée de poudre longue et dangereuse rappelant leur esprit subversif et la liberté qui les animait. Né discographiquement en 1977 (en 1975 officiellement), le Half Japanase a fêté l’an dernier ses 40 ans d’existence, ce qui n’est pas rien. Organisé autour des frères Fair, le groupe n’a pas perdu la main et livre avec cet album l’un de ses meilleures productions depuis… 15 ans au moins.

Why Not? s’appuie sur une écriture solide et rigoureuse. Contrairement aux apparences, les chansons de « punk DIY » ou de « folk déglingué » telles qu’elles s’affichent ici ne fonctionnent pas tant sur leur capacité à brouiller les pistes que sur la clarté de la mélodie qui les soutiennent. C’est ce qui ressort de la plupart des morceaux ici : la limpidité, la simplicité mélodique et l’efficacité redoutable. Cela saute aux oreilles dès l’initial The Future Is Ours, chanson formidablement optimiste et désespérée où le chanteur enfile les perles à la Obama (« yes we can… do it ») sur l’avenir radieux qui nous attend sans qu’on sache vraiment s’il y croit lui-même. The Face (le visage du loup-garou qui hurle….) est un bijou pop et noisy à la fois où Half Japanese plonge dans son habituel bestiaire de monstres et de créatures fantastiques. Le jeu de guitares est frénétique, la rythmique imparable, le chant post-moderne tendu entre répétition déraillée à la Pere Ubu et spoken post Velvet. Leur précédent album fonctionnait parfaitement bien déjà mais celui-ci se situe un cran au-dessus car les chansons sont meilleures et toutes au niveau.

Why Not? se balade gentiment entre les genres, subtil et référencé. Half Japanese est le chaînon manquant entre le post-punk psychédélique à l’anglaise (Television Personalities, Jazz Butcher) et le rock expérimental américain (Pere Ubu, The Feelies). Jad Fair est aussi joueur que Lawrence et quasiment aussi doué pour trouver les gimmicks qui tuent. On a parfois l’impression que les chansons se traînent (Amazing) mais ce faux rythme témoigne partout plus d’une envie de laisser filer le temps, d’une attitude laid-back prononcée et qu’on retrouve chez Pavement ou Dinosaur Jr que d’une paresse réelle. Les Half Japanese ont vieilli et se posent de plus en plus en vieux sages, délivrant leurs oracles du haut d’une montagne d’excès entourée de déchets d’un monde passé, enfantin et vierge. C’est dans cet univers régressif et pur qu’ils donnent leurs meilleurs titres hantés par leurs vieilles obsessions. Le groupe est joueur : il ressemble à un cross over entre The Wedding Present et Daniel Johnston, une bizarrerie sublime qui célèbre l’artisanat local et l’électricité produite par une éolienne fixée au sommet d’un mobil-home. Difficile de décerner des distinctions quand tout ou presque (et notamment la première moitié de l’album) relève du prix d’excellence. A Word To The Wise est une bonne chanson de The Fall, chantée par Bob Dylan. Bring on the Night est moins réussie et Zombie Island Massacre plus intéressante que séduisante.

L’album accuse un petit coup de moins bien au début de sa seconde moitié. Le rythme ralentit mais les compositions ne perdent pas en intérêt, à l’image de l’excellent Better Days où Fair se fait prêcheur d’amour. Les textes renvoient à la prolongation des idéaux hippies, à leur désillusion, comme si le groupe entreprenait de plus en plus souvent de survoler les ruines des rêves que sa génération avaient formulés il y a bien longtemps. Qu’en reste-t-il ? Où sont-ils ? Est-ce la vieillesse qui les a fait changer, la trahison ou tout simplement l’usure ? Les rêves d’hier, quand ils disparaissent, laissent des traces de poussières et d’étincelles, des images mentales que la pop recompose et délivre, comme une vache rumine, en retour de pêche. Les Half Japanese reprennent la route de l’espace avec le sublime Spaceship To Mars, un magnifique titre instrumental, poétique et planant. Le final est grandiose et questionne à sa façon ce qu’il y aura ensuite. Why’d They Do It? est prophétique et sent la fin du monde. Comment les choses arrivent…. Comment elles n’arrivent pas. Le Half Japanese convoque une fanfare d’enterrement et de célébration. La marche est splendide. Comme souvent, l’amour rachète tout et zou, c’est reparti pour un tour. Magic fonctionne bien et Falling encore mieux. Le Half Japanese est resté un groupe d’enfants, d’adolescents, un groupe qui n’a pas changé et joue toujours sur des instruments-jouet.

Syd Barrett veille sur la génération perdue. Le loup-garou hurle à minuit. Le loup-garou hurle à minuit, quand la lune est pleine. Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. On répète : le loup-garou hurle à minuit.

Half Japanese – Spaceship To Mars

Half Japanese – Demons Of Doom

Tracklist
01. The Future is Ours
02. The Face
03. Why Not ?
04. Amazing
05. Demons of doom
06. A word to The Wise
07. Bring On The Night
08. Zombie Island Massacre
09. Better Days
10. Spaceship To Mars
11. Why’d they do it ?
12. Magic
13. Falling
Écouter Half Japanese - Why Not?

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