Greenfinch / Greeny Lo-fi
[Greenfinch Prod]

8.7 Note de l'auteur
8.7

Greenfinch - Greeny Lo-fiA force de l’écouter, en voiture, en lisant, en baisotant, on a encore failli oublier d’écrire sur le formidable nouvel album du beatmaker français Greenfinch. Greeny Lo-Fi est sorti au début de l’été et nous accompagne depuis trois ou quatre mois maintenant comme l’ami véritable qu’il est devenu.

Avec ce disque économe, en 11 plages et seulement 31 minutes, le Valenciennois signe son album le plus sensible, précis et mélancolique. Greenfinch (traduction de son nom véritable, Verdier, Cyril de son prénom) n’en est pas à son coup d’essai. Son précédent LP, Sublimes Défaillances, avec lequel on l’a découvert en 2022, était un disque merveilleux qui suivait lui-même, deux disques de pure beatmaking qu’on a découverts par la suite à rebours, et dont l’écoute aide à comprendre à quel point le jeune homme (autour de 35-36 ans) a progressé et évolué jusqu’à aujourd’hui.

Venu de la musique classique et du jazz, en passant par un décroché chanson française…. et metal, Greenfinch n’a pas eu l’occasion encore de faire parler de lui en dehors des cercles hip-hop et rap dans lesquels ses compositions prospèrent. Son premier album est sorti il y a seulement quatre ans et le bonhomme a fait depuis un chemin non négligeable, en collaborant avec quelques pointures de l’underground comme le Belge Scylla, le rappeur Furax, ou encore Kool Shen. Ce joli CV lui a valu des abonnés en plus et une belle réputation dans le milieu du beat français, l’un des plus relevés en Europe et au Monde comme on ne cesse de le dire depuis des années.

Mais Greenfinch, comme Senbeï, Slumb ou Al’Tarba, fait partie des types qui débordent, parce qu’ils ont un parcours atypique, le cadre de ces productions « genrées » pour lorgner du côté d’un beatmaking perçu comme plus noble, parce qu’assimilé, par les critiques et les journalistes, à de l’illustration sonore ou à du drame instrumental. C’est ainsi qu’on peut et qu’on doit recevoir son nouveau disque Greeny Lo-fi, une composition pleine et entière qui, par sa densité et la force des collabs, constitue un LP convaincant et aussi envoûtant que n’importe quel album de jazz, de soul ou de pop à ailes. Le disque s’ouvre sur Very Mellow Piano, une prod chaude et chaleureuse, grésillante et rétro qui, portée par un sample de piano bleu, aurait pu accueillir sans mal un King Krule crooner au chant. Au lieu de ça, Greenfinch se contente de « laisser le charme agir » et d’ouvrir l’album comme on ouvrirait les bras, en nous servant un verre et en nous indiquant le canapé. Walking Love prolonge cette introduction bienveillante en ralentissant le tempo au maximum avant que l’incontournable CW Jones ne vienne emporter This World Dont Seem The Same, vers les sommets. La production est gentiment rétro, jazzy et soyeuse, caractéristiques qu’elle reprend pour servir le flow bluesy et classique du rappeur de Chicago, Will Is Chillin’ sur Flip A Coin.

L’environnement posé par Greenfinch lorgne vers une Amérique mythologique, prospère et multiculturelle mais aussi vers une sorte de mélancolie liée à l’enfance et au temps qui passe. Sur les deux minutes et trente secondes du beau A King’s Loneliness, on ressent, entre le beat et la trompette en sourdine, la tristesse et la perte de repères qui accompagnent la solitude. En construisant ses plages, Greenfich utilise principalement des samples qu’il superpose, juxtapose en profitant des espaces laissés entre eux, des effets d’écho et des frottements pour provoquer une émotion. Riding On A Summer Night mêle ainsi des cuivres jazzy, une rythmique africaine et un fond de voix soul pour une ambiance irréelle et un peu lounge. Sur le très beau Christmas Haze, les chants de Noël (tirés peut-être d’une comédie musicale des années 50 ou d’un film de Capra), sont nimbés d’une aura trip-hop qui nous renvoie aux textures cotonneuses de l’époque Grand Central. L’ambiance est installée prestement et effacée au bout de deux minutes trente qui passent comme un rêve, en laissant derrière elles les traces d’une joie enfantine et d’un regret éternel. Idiocratie sonne comme du (bon) Smokey Joe & The Kid, avec au chant un Yoshi Di Original qui se paie un peu facilement Marlène Schiappa et le personnel politique. On préfère à ce dernier titre le très bon featuring du Canadien Exodus Bey sur 4 U, et le sublime instru Enitsuj (Justine à l’envers… pour les perspicaces) dont les trois minutes sont les plus belles et poétiques du disque. Le disque se referme sur un Bye Bye avec Le Bon Nob, rappeur exigeant et à l’ancienne qu’on avait perdu de vue depuis plusieurs années et qui se rappelle ici à notre bon souvenir avec un texte magnifique.

Greeny Lo-Fi est un disque qui évite la tentation du spectaculaire et du percutant pour privilégier des ambiances cosy, jazzy, sophistiquées et émouvantes. C’est un vrai disque de beatmaker varié et virtuose qui réussit à créer un climat de confiance empli de bienveillance, d’humanité et de grâce, sans céder sur le rythme et les beats. A l’échelle du rap français, un petit prodige d’équilibre et de bien-être…

Tracklist
01. Very Mellow Piano
02. Walking Love
03. This World Don’t Seem The Same
04. Flip A Coin
05. A King’s Loneliness
06. Riding On A Summer Night
07. Christmas Haze
08. Idiocratie
09. 4 U
10. Enitsuj
11. Bye Bye
Ecouter Greenfinch - Greeny Lo-fi

Liens
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

More from Benjamin Berton
Senbeï célèbre son amour du Japon sur Ningyo et c’est magnifique…
L’album sort le 26 janvier mais les planètes s’alignent déjà depuis le...
Lire la suite
Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *